Par où commencer : ce que la loi prévoit déjà pour votre famille
La loi organise la transmission de vos biens et la représentation des personnes qui ne peuvent plus agir seules. Ces règles par défaut conviennent à certaines familles et se révèlent mal ajustées pour d'autres : un couple non marié, une famille recomposée, un enfant en situation de handicap, un parent âgé isolé, un patrimoine concentré sur la maison familiale. Protéger ses proches consiste d'abord à mesurer l'écart entre ce que prévoit la loi et ce que vous souhaitez.
Quelques questions permettent de faire le point. Qui hériterait aujourd'hui, et dans quelles proportions ? Votre conjoint ou votre partenaire pourrait-il rester dans le logement ? Qui gérerait vos biens si la maladie vous en empêchait ? Vos enfants mineurs auraient-ils un tuteur de votre choix ? Les réponses dépendent de votre statut conjugal, de votre régime matrimonial et de la composition de votre patrimoine. Les guides sur l'ordre des héritiers sans testament et sur la réserve héréditaire et la quotité disponible posent ces bases.
Les solutions se distinguent par le moment où elles jouent. Certaines produisent leurs effets au décès : testament, donation au dernier vivant, assurance-vie, mandat à effet posthume. D'autres s'appliquent de votre vivant, lorsque vous-même ou un proche perdez la capacité de gérer vos affaires : mandat de protection future, habilitation familiale, curatelle, tutelle. Une démarche complète associe souvent les deux, car la même personne a besoin d'être protégée à chaque étape de sa vie.
Protéger son conjoint, son partenaire de PACS ou son concubin
Le conjoint marié est héritier. Lorsque tous les enfants sont issus du couple, il choisit entre l'usufruit de la totalité de la succession et le quart en pleine propriété ; s'il existe un enfant d'une autre union, il reçoit le quart en pleine propriété (article 757 du Code civil). Il peut habiter gratuitement le logement pendant un an (article 763), puis demander, dans l'année du décès, un droit viager d'habitation sur ce logement (articles 764 et 765-1). Il est exonéré de droits de succession.
La donation au dernier vivant élargit ces droits : le conjoint choisit, au décès, entre la quotité disponible en pleine propriété, un quart en pleine propriété et trois quarts en usufruit, ou la totalité en usufruit (article 1094-1). Il peut ensuite limiter ce qu'il prend à ses besoins réels et laisser le surplus aux enfants. Un testament peut produire des effets voisins ; notre comparatif des solutions pour protéger le conjoint survivant aide à choisir.
Le partenaire de PACS hérite seulement si un testament le prévoit. La loi lui accorde le droit d'occuper gratuitement le logement commun pendant un an ; au-delà, le testament lui transmet des biens en franchise de droits de succession, dans la limite de la quotité disponible s'il existe des enfants. Le concubin est un tiers pour la loi successorale : ce qu'il reçoit par testament supporte 60 % de droits après un abattement de 1 594 €. L'assurance-vie et l'achat avec clause d'accroissement deviennent alors essentiels ; le guide concubinage : protéger son partenaire les compare.
Le testament : répartir vos biens selon vos choix
Le testament attribue vos biens aux personnes de votre choix, dans le respect de la part réservée aux enfants, ou au conjoint en l'absence de descendants. Il sert aussi à désigner un tuteur pour vos enfants mineurs (article 403 du Code civil), à léguer un bien à une association, à nommer un exécuteur testamentaire, à organiser une transmission en deux temps ou à priver le conjoint de son droit viager au logement, ce dernier point exigeant la forme authentique. Il reste modifiable jusqu'au dernier jour.
La forme compte autant que le contenu. Le testament olographe, écrit en entier, daté et signé de votre main (article 970), est gratuit mais exposé à la perte, à la contestation et aux formulations ambiguës. Le testament authentique, dicté au notaire en présence de deux témoins ou d'un second notaire (article 971), est conservé à l'étude et inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés. Le guide sur les formes de testament détaille leurs conditions ; celui consacré à la rédaction du testament avec le notaire décrit le rendez-vous, le coût et la modification.
Rédiger un legs demande de la précision : légataire universel, legs à titre universel et legs particulier ont des effets différents, et la fiscalité varie avec le lien de parenté, de l'exonération totale du conjoint et du partenaire jusqu'au taux de 60 % dû par un ami. Le guide sur le légataire universel et le legs particulier en présente les règles. Lorsque la succession comprend une entreprise ou des biens délicats à gérer, un mandat à effet posthume confie leur administration à une personne de confiance pour une durée limitée.
L'assurance-vie : transmettre un capital en dehors de la succession
Le capital versé au décès de l'assuré à un bénéficiaire désigné reste en dehors de la succession (article L132-12 du Code des assurances). Il échappe donc au partage entre héritiers, sous réserve des primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur, que les héritiers peuvent faire réintégrer (article L132-13). Cette souplesse en fait l'outil privilégié pour protéger un concubin, un enfant vulnérable ou un proche éloigné.
La fiscalité dépend de l'âge auquel les primes ont été versées. Pour les versements effectués avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du Code général des impôts). Pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique aux primes, les intérêts produits restant exonérés (article 757 B). Le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés dans tous les cas. Le guide sur la fiscalité de l'assurance-vie selon l'âge des versements détaille le calcul.
La clause bénéficiaire décide de tout. La formule type « mon conjoint, à défaut mes enfants » convient mal à une famille recomposée ou à un patrimoine important. Une clause démembrée, une désignation nominative précise ou une clause déposée chez le notaire apportent davantage de sécurité ; le guide sur la clause bénéficiaire réunit les points de vigilance.
Protéger un enfant mineur ou un enfant vulnérable
Au décès d'un parent, l'autre exerce seul l'autorité parentale et administre les biens reçus par l'enfant, sous le contrôle du juge pour les actes graves. Si les deux parents disparaissent, un tuteur est désigné : le dernier vivant d'entre eux peut le choisir par testament ou par déclaration spéciale devant notaire (article 403 du Code civil). Vous pouvez aussi confier la gestion des biens que vous léguez à un enfant mineur à un tiers administrateur de votre choix (article 384). Le guide sur l'enfant mineur héritier décrit ces règles.
Un enfant en situation de handicap appelle des précautions propres. Il bénéficie d'un abattement spécifique de 159 325 € sur les droits de succession et de donation, qui s'ajoute à l'abattement de 100 000 € entre parent et enfant. Les parents peuvent souscrire un contrat de rente-survie, conclure pour lui un mandat de protection future qui prendra effet lorsqu'ils ne pourront plus veiller sur lui, ou prévoir une libéralité graduelle ou résiduelle qui organise la destination des biens après lui. Le guide protéger un enfant en situation de handicap rassemble ces solutions.
Pour avantager un enfant vulnérable au-delà de la quotité disponible, ses frères et sœurs peuvent renoncer par avance à demander la réduction de la libéralité. Cette renonciation anticipée à l'action en réduction est établie par un acte reçu par deux notaires et signée séparément par chaque renonçant, en présence des seuls notaires (article 930 du Code civil). Elle suppose un accord familial mûri, que l'entretien avec le notaire permet de vérifier.
Anticiper sa propre perte d'autonomie
Lorsqu'un adulte perd la capacité de gérer ses affaires sans l'avoir anticipé, sa protection passe par une mesure judiciaire : sauvegarde de justice, curatelle ou tutelle. Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, saisi sur certificat médical circonstancié, choisit la personne chargée de la mesure et contrôle sa gestion. La famille reste associée, mais le choix final appartient au juge.
Le mandat de protection future vous permet de désigner vous-même, pendant que vous êtes en pleine capacité, la personne qui gérera vos biens et veillera sur vous. Reçu par notaire, il autorise le mandataire à accomplir aussi les actes de disposition, comme la vente d'un bien, les donations restant soumises à l'autorisation du juge (article 490 du Code civil) ; le notaire contrôle ensuite les comptes chaque année (article 491). Le mandat prend effet sur certificat médical, après visa du greffe du tribunal judiciaire.
Lorsque rien n'a été prévu et que la famille est unie, l'habilitation familiale offre une voie plus légère que la tutelle : le juge autorise un proche (ascendant, descendant, frère ou sœur, conjoint, partenaire ou concubin) à représenter ou à assister la personne, sans compte de gestion annuel. Pour la vente d'une maison ou d'un appartement appartenant à une personne protégée, le guide tutelle, curatelle et biens immobiliers décrit les autorisations nécessaires et le rôle du notaire.
Quel outil pour quel objectif : le tableau comparatif
Chaque outil répond à un besoin précis et la plupart se combinent : un couple marié avec enfants signe souvent deux donations au dernier vivant, adapte ses clauses d'assurance-vie et conclut deux mandats de protection future. Le tableau situe chacun selon son objet, le moment où il produit ses effets et sa forme.
| Outil | Objectif | Prise d'effet | Forme | Point d'attention |
|---|---|---|---|---|
| Testament | Répartir ses biens, désigner un tuteur, gratifier un proche | Au décès | Olographe, authentique, mystique ou international | Respect de la réserve des enfants ; révocable à tout moment |
| Donation au dernier vivant | Augmenter les droits du conjoint marié | Au décès | Acte notarié | Révocable ; révoquée par le divorce sauf volonté contraire |
| Assurance-vie | Transmettre un capital hors succession | Au décès de l'assuré | Contrat et clause bénéficiaire | Fiscalité selon l'âge des versements ; primes exagérées réintégrables |
| Mandat à effet posthume | Faire gérer la succession par une personne choisie | Au décès | Acte notarié | Intérêt sérieux et légitime ; durée limitée |
| Renonciation anticipée à l'action en réduction | Avantager un enfant au-delà de la quotité disponible | Au décès | Acte reçu par deux notaires | Consentement de chaque enfant renonçant |
| Mandat de protection future | Choisir qui gérera ses biens en cas d'inaptitude | De son vivant, sur certificat médical | Acte notarié ou sous signature privée | Pouvoirs plus larges et contrôle du notaire en forme notariée |
| Habilitation familiale | Permettre à un proche de représenter une personne vulnérable | Décision du juge | Requête au juge des contentieux de la protection | Réservée aux proches ; adhésion de la famille |
| Curatelle ou tutelle | Protéger une personne vulnérable sous le contrôle du juge | Décision du juge | Requête avec certificat médical circonstancié | Autorisation du juge pour les actes graves |
Comment se déroule l'accompagnement à l'étude
Le premier rendez-vous sert à reconstituer votre situation : état civil, régime matrimonial, enfants de chaque union, donations déjà consenties, contrats d'assurance-vie, biens immobiliers, parts de société. Apportez votre livret de famille, votre contrat de mariage ou votre convention de PACS, vos titres de propriété et les derniers relevés de vos contrats. Nous calculons ensuite ce que recevrait chacun de vos proches, avec et sans les dispositions envisagées, et les droits qui seraient dus.
Le testament authentique et la donation entre époux sont inscrits au fichier central des dispositions de dernières volontés, que le notaire chargé de la succession interroge systématiquement. Les émoluments de ces actes sont fixés par le tarif national des notaires, reconduit jusqu'au 29 février 2028 par l'arrêté du 25 février 2026 : 135,83 € TTC pour un testament authentique, 135,84 € TTC pour une donation entre époux, à laquelle s'ajoute un droit fixe d'enregistrement de 125 €. Le détail figure sur notre page tarifs.
Ces dispositions méritent d'être relues à chaque événement familial : naissance, mariage, divorce, décès, vente d'un bien, départ à la retraite. Pour un premier échange, vous pouvez prendre rendez-vous à l'étude, 7 rue Vintant à Chartres, ou en visioconférence ; certains actes, comme les procurations, peuvent être signés à distance, tandis que le testament authentique exige votre présence devant le notaire et les témoins.