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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Assurance-vie

Clause bénéficiaire d'assurance-vie : bien la rédiger et éviter les pièges

La clause bénéficiaire décide seule de la destination du capital au décès. Précise et tenue à jour, elle protège vos proches ; imprécise, elle crée des litiges et renvoie le capital dans la succession.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le capital d'une assurance-vie revient aux bénéficiaires désignés en dehors de la succession (article L132-12 du Code des assurances) : la clause bénéficiaire est donc l'acte qui décide de sa destination.
  • La clause type « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers » convient à beaucoup de familles, mais une famille recomposée, un enfant vulnérable ou un patrimoine important appellent une rédaction sur mesure.
  • Tant que le bénéficiaire n'a pas accepté, vous modifiez librement la clause, par avenant ou par testament ; une fois acceptée, elle devient irrévocable et vos rachats exigent son accord.
  • Les primes échappent aux règles du rapport et de la réduction, sauf si elles sont manifestement exagérées au regard de vos facultés au jour de chaque versement (article L132-13 du Code des assurances).

Pourquoi la clause bénéficiaire est-elle si importante ?

Le capital versé au décès de l'assuré appartient directement au bénéficiaire désigné. Il échappe à la succession et au partage légal entre héritiers, et il bénéficie d'une fiscalité propre, détaillée dans notre guide sur la fiscalité de l'assurance-vie au décès. La clause bénéficiaire est donc, en pratique, un acte de transmission aussi important qu'un testament.

Lorsque la clause est absente, ou qu'aucun bénéficiaire désigné n'est en vie au décès, le capital réintègre la succession. Il est alors réparti entre les héritiers selon la loi ou le testament, et soumis aux droits de succession dans les conditions ordinaires. Une clause complète, qui prévoit des bénéficiaires de rang successif, évite ce retour dans la succession.

La clause type : ce qu'elle prévoit et quand l'adapter

La plupart des contrats proposent une clause standard : « mon conjoint non séparé de corps ou mon partenaire de PACS, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, à défaut mes héritiers ». Elle protège le conjoint en priorité, puis les enfants, et la mention « vivants ou représentés » permet aux petits-enfants de recueillir la part d'un enfant prédécédé.

La qualité de conjoint s'apprécie au jour du décès : la personne mariée avec vous à cette date recueille le capital, et un ex-époux divorcé en est écarté. À l'inverse, un ex-conjoint désigné par ses nom et prénom reste bénéficiaire après le divorce tant que la clause n'est pas modifiée. Pensez à revoir vos contrats à chaque étape de vie : mariage, PACS, naissance, divorce ou décès d'un proche.

Lorsque la clause désigne « mes héritiers », le capital leur revient en proportion de leurs parts héréditaires, et ils le conservent même s'ils renoncent à la succession (article L132-8 du Code des assurances). Dans une famille recomposée, la clause type donne tout au conjoint, au détriment des enfants d'une première union : c'est souvent là qu'une rédaction sur mesure s'impose.

La désignation nominative : précise, complète et à jour

Une désignation nominative identifie chaque bénéficiaire sans ambiguïté : nom de naissance, nom d'usage, prénoms, date et lieu de naissance, et si possible adresse. L'assureur doit pouvoir le retrouver au décès, parfois des décennies plus tard. Une formule vague, comme « mon filleul » sans autre précision, ouvre la voie aux contestations.

Exprimez la répartition en pourcentages dont le total fait 100 %, plutôt qu'en montants : la valeur du contrat évolue et un montant fixe peut devenir impossible à servir. Prévoyez toujours un bénéficiaire de second rang, à défaut du premier, et précisez le sort de la part d'un bénéficiaire prédécédé ou qui renonce.

Une association, une fondation ou un ami peuvent être désignés. Pour un enfant mineur ou une personne protégée, le capital est versé à son représentant légal ; une rédaction adaptée peut organiser sa gestion, comme nous l'expliquons dans notre guide consacré à la protection d'un enfant en situation de handicap.

Démembrer la clause : usufruit au conjoint, nue-propriété aux enfants

La clause démembrée attribue l'usufruit du capital au conjoint et la nue-propriété aux enfants. Comme il porte sur une somme d'argent, l'usufruit devient un quasi-usufruit : le conjoint peut utiliser le capital librement, à charge de restituer son équivalent aux enfants à son propre décès. Cette dette de restitution est déduite de sa succession.

Pour que ce mécanisme fonctionne, la créance des enfants doit être prouvée. Nous recommandons d'établir une convention de quasi-usufruit au moment du versement du capital, qui constate le montant dû et peut prévoir des garanties ou un emploi des fonds. L'administration fiscale admet que la dette de restitution née d'une clause démembrée reste en dehors du dispositif anti-abus de l'article 774 bis du Code général des impôts.

Sur le plan fiscal, le capital est réparti entre usufruitier et nus-propriétaires selon le barème de l'article 669 du CGI : le conjoint est exonéré et chaque enfant applique son abattement personnel sur la valeur de sa nue-propriété. Au second décès, la dette de restitution, déduite de la succession du conjoint, réduit à son tour l'assiette des droits dus par les enfants.

L'acceptation par le bénéficiaire : une décision lourde de conséquences

Le bénéficiaire peut accepter sa désignation de votre vivant, avec votre accord. L'article L132-9 du Code des assurances prévoit deux formes : un avenant signé par vous, le bénéficiaire et l'assureur, ou un écrit signé par vous et le bénéficiaire, notifié ensuite par écrit à l'assureur. L'acceptation ne peut intervenir qu'au moins trente jours après que vous avez été informé de la conclusion du contrat.

Une fois acceptée, la désignation devient irrévocable. Vous ne pouvez plus modifier la clause au détriment du bénéficiaire acceptant, et tout rachat, même partiel, ou toute avance exige son accord. L'acceptation convient donc à des situations précises, par exemple pour garantir un engagement pris envers un enfant dans le cadre d'un partage familial, et se décide après conseil.

Modifier la clause, la rédiger par testament, la confier au notaire

Tant qu'aucun bénéficiaire n'a accepté, vous modifiez la clause à tout moment, par avenant adressé à l'assureur ou par testament. Le testament doit alors viser clairement le contrat concerné. La désignation testamentaire préserve la confidentialité et permet d'articuler l'assurance-vie avec le reste de la transmission, dans un acte conservé à l'étude et inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés.

Beaucoup de souscripteurs indiquent simplement dans le contrat « selon les dispositions déposées chez Maître Coudière, notaire à Chartres ». Informez alors l'assureur du nom et des coordonnées de l'étude. Découvrez comment nous accompagnons la rédaction d'un testament chez le notaire.

Pour une personne sous curatelle, la modification de la clause se fait avec l'assistance du curateur ; sous tutelle, elle suppose l'autorisation du juge des tutelles ou du conseil de famille. Un mandataire de protection future ou une personne habilitée agit dans les limites de sa mission.

Les primes manifestement exagérées

L'article L132-13 du Code des assurances soustrait l'assurance-vie aux règles du rapport et de la réduction qui protègent les héritiers réservataires. Il réserve une exception : les primes manifestement exagérées eu égard aux facultés du souscripteur. Un enfant écarté peut alors demander que ces primes soient réintégrées dans la succession pour calculer sa réserve héréditaire.

Depuis un arrêt de chambre mixte de la Cour de cassation du 23 novembre 2004, le caractère exagéré s'apprécie au jour de chaque versement, au regard de l'âge du souscripteur, de ses situations patrimoniale et familiale et de l'utilité du contrat pour lui. Le 19 décembre 2024, la deuxième chambre civile a écarté l'atteinte à la réserve de ces critères d'appréciation. Ce sont les primes, et non le capital, qui sont réintégrées.

En pratique, un versement important effectué à un âge avancé, qui absorbe l'essentiel du patrimoine sans utilité d'épargne pour le souscripteur, présente un risque réel. Nous vérifions avec vous la proportion des primes au regard de votre patrimoine et de vos revenus avant tout versement significatif.

Au décès : comment le bénéficiaire est retrouvé et payé

L'assureur doit rechercher le bénéficiaire lorsqu'il a connaissance du décès, et il consulte chaque année les données de décès de l'état civil. Toute personne qui pense être bénéficiaire d'un contrat peut interroger l'AGIRA en joignant l'acte de décès. Après réception de l'ensemble des pièces demandées, l'assureur dispose d'un mois pour verser le capital ; au-delà, des intérêts de retard majorés courent de plein droit (article L132-23-1 du Code des assurances).

Lorsque nous réglons la succession, nous recensons les contrats du défunt, informons les bénéficiaires et établissons, si nécessaire, la déclaration fiscale propre aux capitaux taxés au titre des primes versées après 70 ans. Lorsque la rédaction de la clause prête à discussion, nous aidons bénéficiaires et héritiers à en établir le sens avec l'assureur, pour que le capital soit versé sans retard.

Exemple chiffré

Clause démembrée au profit du conjoint et de trois enfants

Au décès de Paul, son contrat vaut 300 000 €, alimenté avant ses 70 ans. La clause attribue l'usufruit à son épouse Anne, âgée de 72 ans, et la nue-propriété à leurs trois enfants par parts égales.

Valeur de l'usufruit d'Anne (72 ans : 30 % selon l'article 669 du CGI)
90 000 €, exonérés
Valeur de la nue-propriété (70 %)
210 000 €
Part de chaque enfant
70 000 €
Abattement de l'article 990 I par enfant, au prorata de la nue-propriété (70 % de 152 500 €)
106 750 €
Prélèvement dû par chaque enfant
0 €
Créance de restitution des enfants au décès d'Anne
300 000 €, déductible de sa succession

Anne dispose des 300 000 € sa vie durant ; à son décès, les enfants recueillent l'équivalent sans nouvelle taxation sur cette somme. Une convention de quasi-usufruit signée dès le versement du capital sécurise la créance.

Refaire le calcul avec vos chiffres : assurance-vie au décès

Questions fréquentes

Puis-je changer de bénéficiaire sans prévenir la personne désignée ?

Oui, tant qu'elle n'a pas accepté sa désignation. Vous adressez un avenant à l'assureur ou rédigez un testament qui vise le contrat. Cette modification se fait sans formalité à l'égard du bénéficiaire initial. Veillez simplement à ce que l'assureur connaisse l'existence de la nouvelle désignation : s'il verse de bonne foi le capital à l'ancien bénéficiaire, faute d'en avoir été informé, ce paiement le libère (article L132-25 du Code des assurances).

Mon ex-épouse est-elle encore bénéficiaire après notre divorce ?

Tout dépend de la rédaction. Si la clause désigne « mon conjoint », la qualité s'apprécie au décès et l'ex-épouse en est écartée. Si elle la désigne par ses nom et prénom, elle reste bénéficiaire tant que vous n'avez pas modifié la clause. Le divorce est donc le moment de relire tous vos contrats, comme nous l'expliquons à propos de l'assurance-vie dans le partage du divorce.

Le notaire peut-il conserver ma clause bénéficiaire ?

Oui. Vous pouvez rédiger la désignation dans un testament conservé à l'étude, ou indiquer dans le contrat que les bénéficiaires sont désignés par des dispositions déposées chez nous. Le testament est inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés, que tout notaire chargé d'une succession consulte. Informez l'assureur du nom de l'étude pour qu'il puisse s'adresser à nous au décès.

Puis-je désigner mon concubin comme bénéficiaire ?

Oui. L'assurance-vie est même l'un des outils les plus utiles pour protéger un concubin, qui n'hérite pas sans testament et supporte des droits de succession de 60 %. Sur les primes versées avant 70 ans, il bénéficie de l'abattement de 152 500 € de l'article 990 I du CGI. Désignez-le par ses nom, prénoms, date et lieu de naissance, et prévoyez un bénéficiaire de second rang.

Mes enfants peuvent-ils contester l'assurance-vie qui profite à mon conjoint ?

En principe, le capital échappe au rapport et à la réduction. Ils peuvent en revanche soutenir que les primes étaient manifestement exagérées au regard de vos facultés au jour des versements, ou que l'opération déguise une donation. Des versements proportionnés à vos revenus et à votre patrimoine, et un contrat qui garde une utilité pour vous, limitent ce risque.

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Sources

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