L'essentiel
- Le concubin survivant reste étranger à la succession légale : sans testament, les biens du défunt reviennent à ses enfants, à ses parents ou à ses frères et sœurs.
- Ce qu'il reçoit par testament est taxé à 60 % après un abattement de 1 594 € (article 777 et article 788 du Code général des impôts).
- L'assurance-vie reste l'outil le plus efficace : pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €.
- Pour le logement, le choix se fait à l'achat : quotes-parts en indivision, clause de tontine ou société civile immobilière.
- Le PACS, complété par un testament, supprime les droits de succession entre partenaires.
Quels droits a le concubin survivant ?
L'article 515-8 du Code civil définit le concubinage comme une union de fait, stable et continue, entre deux personnes qui vivent en couple. Cette situation produit peu d'effets patrimoniaux : chaque concubin reste propriétaire de ses biens et la loi ne lui accorde aucune vocation successorale. Au décès de l'un, ses héritiers légaux recueillent l'ensemble de son patrimoine, y compris sa part de la maison achetée à deux, selon l'ordre légal des héritiers.
Le survivant se retrouve alors en indivision avec les enfants, les parents ou les frères et sœurs du défunt. Aucun droit au logement ne le protège s'il est copropriétaire : les héritiers peuvent demander le partage et la vente du bien. Pour un couple de Chartres propriétaire depuis vingt ans, la situation peut être brutale. Toute la protection repose donc sur des actes volontaires, préparés du vivant des deux partenaires.
Le testament : transmettre, dans la limite de la réserve
Le testament permet de léguer à son concubin tout ou partie de ses biens. En présence d'enfants, le legs est limité à la quotité disponible : la moitié du patrimoine avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois enfants ou plus (article 913 du Code civil). Sans descendant, la liberté est totale : depuis 2007, les parents ne sont plus héritiers réservataires, même s'ils bénéficient d'un droit de retour sur les biens qu'ils ont donnés.
Le coût fiscal reste le principal obstacle. Entre personnes non parentes, les droits de succession atteignent 60 % de la part reçue, après un abattement de seulement 1 594 €. Un legs de 100 000 € coûte ainsi 59 043,60 € de droits au concubin légataire. Le testament protège donc mieux lorsqu'il est combiné avec l'assurance-vie ou le PACS. Nous recommandons la forme authentique, reçue par le notaire, ou au minimum un testament olographe déposé à l'étude et inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés, qui garantit qu'il sera retrouvé au décès.
L'assurance-vie : l'outil le plus adapté au concubin
Les capitaux d'assurance-vie versés au bénéficiaire désigné échappent en principe à la succession civile. Pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, le concubin bénéficie d'un abattement de 152 500 € ; au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis de 31,25 % (article 990 I du Code général des impôts). Pour les primes versées après 70 ans, seules les primes au-delà d'un abattement global de 30 500 € sont soumises aux droits de succession, à 60 % pour un concubin, et les intérêts produits restent exonérés (article 757 B).
La clause bénéficiaire doit désigner le partenaire de façon précise : nom, prénoms, date de naissance, plutôt que « mon concubin ». Elle se met à jour à chaque changement de vie. En présence d'enfants, des primes manifestement exagérées au regard des revenus et du patrimoine peuvent être réintégrées dans la succession (article L. 132-13 du Code des assurances). Notre guide sur la clause bénéficiaire d'assurance-vie détaille les rédactions à privilégier.
Acheter à deux : indivision, tontine ou SCI
L'acte d'achat fixe la situation du couple pour longtemps. En indivision, chaque concubin possède une quote-part qui doit refléter son financement ; au décès, cette part revient à ses héritiers. Une convention d'indivision peut organiser la gestion du bien et prévoir une faculté d'acquisition de la part du défunt au profit du survivant (article 1873-13 du Code civil), qui devra toutefois en payer le prix.
La clause de tontine va plus loin : le survivant est réputé seul propriétaire depuis l'origine, et le bien échappe aux héritiers. Le fisc taxe néanmoins la moitié transmise comme une succession, à 60 % entre concubins, sauf pour une résidence principale commune d'une valeur inférieure à 76 000 € (article 754 A du Code général des impôts).
La société civile immobilière permet enfin d'acheter par l'intermédiaire de parts sociales. Les statuts organisent la gérance, l'agrément des nouveaux associés et le sort des parts au décès. Une technique répandue consiste à acquérir les parts en démembrement croisé : chaque partenaire détient l'usufruit d'une moitié des parts et la nue-propriété de l'autre moitié, en miroir de son partenaire, de sorte que le survivant conserve la jouissance de l'ensemble. Ce montage demande une analyse fiscale préalable.
Le logement du couple au décès
Lorsque le couple est locataire, l'article 14 de la loi du 6 juillet 1989 transfère le bail au concubin notoire qui vivait avec le locataire depuis au moins un an à la date du décès. Il est prudent de signer le bail à deux noms dès l'entrée dans les lieux : chacun est alors cotitulaire et conserve le logement sans formalité.
Lorsque le couple est propriétaire, la loi n'accorde au concubin aucun droit d'occupation comparable à celui du conjoint marié ou, pour un an, du partenaire pacsé (article 515-6 du Code civil). Le testament peut léguer au survivant un droit d'usage et d'habitation ou l'usufruit de la part du défunt, ce qui réduit l'assiette taxable puisque seule la valeur de ce droit est imposée. L'assurance-vie peut financer les droits correspondants ou le rachat de la part des héritiers.
PACS ou mariage : changer de cadre pour protéger davantage
Le PACS exonère totalement le partenaire survivant de droits de succession (article 796-0 bis du Code général des impôts), sans lui donner pour autant la qualité d'héritier : associé à un testament, il permet de transmettre la quotité disponible sans impôt. Le partenaire bénéficie aussi d'un abattement de 80 724 € sur les donations et de la jouissance gratuite du logement commun pendant un an après le décès.
Le mariage ajoute la qualité d'héritier, la donation au dernier vivant, la pension de réversion et un droit viager au logement. Les différences sont détaillées dans notre comparatif PACS ou mariage. Le PACS peut être conclu à l'étude : voir PACS devant le notaire.
Donner de son vivant et régler l'éventuelle séparation
Les donations entre concubins supportent les mêmes droits de 60 %, sans abattement. Seuls les présents d'usage, cadeaux modestes au regard des revenus et faits à l'occasion d'un événement, y échappent. Le financement par un concubin de la part de l'autre dans un achat peut être analysé comme une donation indirecte : l'acte d'acquisition doit donc indiquer l'origine des fonds de chacun.
La protection prévue pour le décès doit aussi fonctionner en cas de rupture. Des quotes-parts exactes, une convention d'indivision et, pour les apports inégaux, une reconnaissance de dette facilitent la sortie. Les solutions sont décrites dans notre guide sur la séparation de concubins propriétaires. Nous recevons les couples à Chartres ou en visioconférence pour bâtir cet ensemble.
Exemple chiffré
Claire et Julien, concubins sans enfant
Julien décède en laissant un patrimoine de 250 000 € : sa moitié de la maison achetée avec Claire (160 000 €) et 90 000 € d'épargne. Il n'a pas d'enfant. Comparons trois organisations.
- Sans testament
- Claire ne reçoit rien ; les parents ou les frères et sœurs de Julien héritent et deviennent indivisaires de la maison
- Testament universel en faveur de Claire
- (250 000 − 1 594) × 60 % = 149 043,60 € de droits
- Épargne placée en assurance-vie avant 70 ans, testament pour la maison
- Assurance-vie : 0 € ; maison : (160 000 − 1 594) × 60 % = 95 043,60 €
- PACS et testament
- 0 € de droits de succession
Le testament seul transmet le patrimoine mais en coûte plus de la moitié. La combinaison PACS et testament, ou à défaut assurance-vie et testament, change l'équilibre de façon décisive.
Questions fréquentes
Un certificat de concubinage donne-t-il des droits dans la succession ?
Le certificat ou l'acte de notoriété de concubinage prouve la vie commune, ce qui sert notamment pour le transfert d'un bail ou certaines prestations sociales. Il ne crée aucun droit successoral et ne modifie pas le taux de 60 %. Seuls un testament, une assurance-vie, une clause d'acquisition bien rédigée ou un PACS protègent réellement le partenaire.
Mon concubin peut-il rester dans notre maison si je décède ?
Il y reste comme copropriétaire de sa propre part, mais vos héritiers deviennent ses coïndivisaires et peuvent demander le partage. Pour lui garantir le logement, plusieurs solutions existent : legs de l'usufruit ou d'un droit d'habitation, clause de tontine à l'achat, SCI avec démembrement croisé des parts, ou PACS accompagné d'un testament. Le choix dépend de la présence d'enfants et de la valeur du bien.
Nous avons chacun des enfants d'une précédente union : que faire ?
Les droits de vos enfants limitent ce que vous pouvez léguer à votre partenaire. L'assurance-vie, le legs d'un usufruit sur le logement et une convention d'indivision prévoyant une faculté de rachat de la part du défunt permettent d'équilibrer les intérêts.
Faut-il un testament authentique ?
Le testament olographe, entièrement écrit, daté et signé de votre main, est valable. La forme authentique, reçue par le notaire en présence d'un second notaire ou de deux témoins, sécurise le texte et le rend plus difficile à contester, ce qui compte lorsque le légataire est un concubin face à la famille du défunt. Dans les deux cas, l'inscription au fichier central garantit qu'il sera retrouvé.
Le prêt immobilier est-il un sujet de protection ?
Oui. Au décès d'un co-emprunteur, l'assurance emprunteur rembourse le capital à hauteur de la quotité assurée sur sa tête. Une quotité de 100 % sur chacun des deux concubins permet au survivant de conserver le bien sans dette, pour un coût d'assurance plus élevé. Ce choix se fait avec la banque, en cohérence avec les quotes-parts inscrites dans l'acte d'achat.
Premier rendez-vous
Un mariage ou un PACS en préparation ?
Nous vous présentons les régimes et les conventions qui protègent chacun de vous.
7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.
Sources
- Service-public.gouv.fr, droits de succession : abattements et taux
- Service-public.gouv.fr, droits de donation
- Impots.gouv.fr, bénéficiaire d'une assurance-vie
- Notaires de France, transmission du bail d'habitation au décès du locataire
- Article 14 de la loi du 6 juillet 1989 (Légifrance)
- Article 754 A du Code général des impôts (Légifrance)
- Justice.fr, règles de l'héritage lorsque le défunt a des enfants