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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Protection de la famille

Protéger un enfant en situation de handicap : testament, rente survie et protection juridique

Assurer à votre enfant des ressources durables, désigner ceux qui veilleront sur lui et prévoir le sort des biens après lui : le notaire vous aide à construire ces protections de façon cohérente.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un enfant atteint d'une infirmité qui l'empêche de travailler dans des conditions normales de rentabilité, ou d'acquérir une formation normale s'il est jeune, bénéficie d'un abattement de 159 325 € sur les donations et successions, qui s'ajoute à l'abattement de 100 000 € entre parent et enfant (article 779 du CGI).
  • Le contrat de rente survie garantit à votre décès un capital ou une rente viagère à votre enfant, et ses primes ouvrent droit à une réduction d'impôt de 25 %, dans la limite de 1 525 € de primes par foyer, majorée de 300 € par enfant à charge.
  • Le mandat de protection future pour autrui, obligatoirement notarié, vous permet de désigner dès aujourd'hui la personne qui représentera votre enfant majeur lorsque vous ne pourrez plus le faire.
  • Une libéralité graduelle ou résiduelle organise la transmission en deux temps : votre enfant profite des biens sa vie durant, puis ils reviennent à la personne que vous avez choisie, par exemple ses frères et sœurs.

Les questions à se poser avant de choisir les outils

Chaque situation est singulière : le degré d'autonomie de votre enfant, son lieu de vie, ses ressources propres, la présence de frères et sœurs et leur disponibilité, votre patrimoine. Avant de choisir un outil juridique, nous prenons le temps de comprendre ce que vous souhaitez pour lui : qui gérera son argent, qui veillera sur son quotidien, où il vivra, et qui recevra les biens après lui.

Les réponses conduisent généralement à combiner plusieurs dispositifs : un testament pour répartir le patrimoine, une assurance-vie ou une rente survie pour garantir des revenus, une mesure de protection anticipée pour organiser la représentation, et parfois un accord avec les frères et sœurs.

Le testament : répartir le patrimoine en tenant compte du handicap

Votre enfant est héritier réservataire, comme ses frères et sœurs. Par testament, vous pouvez lui attribuer en plus tout ou partie de la quotité disponible, pour compenser des besoins durables. Vous pouvez aussi préférer attribuer un bien précis, comme un logement adapté, ou désigner un légataire chargé d'une mission envers lui. Notre guide sur la rédaction d'un testament chez le notaire explique les formes possibles.

Sur le plan fiscal, l'article 779 du Code général des impôts accorde un abattement de 159 325 € à l'héritier, légataire ou donataire atteint d'une infirmité physique ou mentale, congénitale ou acquise, qui l'empêche de travailler dans des conditions normales de rentabilité, ou, s'il a moins de 18 ans, d'acquérir une instruction ou une formation de niveau normal. Cet abattement s'ajoute à l'abattement de 100 000 € en ligne directe.

L'administration contrôle de près la réalité de l'incapacité et son lien avec la capacité de travail. Un certificat médical isolé suffit rarement : réunissez dès maintenant les décisions de la maison départementale des personnes handicapées, les justificatifs de parcours et les éléments médicaux utiles.

Rente survie et assurance-vie : garantir des revenus durables

Le contrat de rente survie verse, à votre décès, un capital ou une rente viagère à votre enfant, ou à un parent jusqu'au troisième degré, atteint d'une infirmité qui l'empêche de travailler dans des conditions normales de rentabilité ou d'acquérir une formation normale. Les primes ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu égale à 25 % de leur montant, retenu dans la limite de 1 525 € par foyer fiscal, majorée de 300 € par enfant à charge (article 199 septies du CGI).

Les rentes viagères constituées par les parents en faveur de leur enfant handicapé bénéficient d'un traitement favorable dans le calcul des ressources retenues pour l'allocation aux adultes handicapés, dans les limites fixées par l'article L821-3 du Code de la sécurité sociale et ses textes d'application.

Une assurance-vie classique peut compléter ce dispositif. Le capital échappe à la succession et bénéficie de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans. Lorsque votre enfant est protégé, le capital est versé à son représentant, qui le gère sous le contrôle du juge. Consultez notre guide sur la clause bénéficiaire pour une rédaction adaptée.

Libéralité graduelle ou résiduelle : prévoir l'après

Beaucoup de parents souhaitent que les biens reçus par leur enfant reviennent, après lui, à ses frères et sœurs ou à une association qui l'a accompagné. La libéralité graduelle (articles 1048 à 1056 du Code civil) impose à votre enfant de conserver les biens et de les transmettre à son décès à la personne désignée. La libéralité résiduelle (articles 1057 à 1061) transmet seulement ce qui subsiste : votre enfant peut utiliser et vendre les biens, mais ne peut en disposer par testament.

La charge ne peut en principe porter sur la part de réserve de votre enfant, qui lui revient libre de toute charge ; elle s'exerce donc d'abord sur la quotité disponible. Sur le plan fiscal, le second bénéficiaire est taxé selon son lien de parenté avec vous, et les droits payés lors de la première transmission s'imputent sur ceux de la seconde (article 784 C du CGI). Notre guide sur les libéralités graduelles et résiduelles détaille ces mécanismes.

Désigner dès maintenant ceux qui veilleront sur votre enfant

Le mandat de protection future pour autrui permet aux parents qui exercent l'autorité parentale sur leur enfant mineur, ou qui assument la charge matérielle et affective de leur enfant majeur, de désigner une ou plusieurs personnes chargées de le représenter le jour où eux-mêmes décéderont ou ne pourront plus s'en occuper (article 477 du Code civil). Il est obligatoirement établi par acte notarié, ce qui permet au mandataire de gérer l'ensemble du patrimoine. Un décret du 16 novembre 2024 a créé un registre national dématérialisé de ces mandats, dont l'accès des particuliers attend encore ses modalités pratiques. Notre guide sur le mandat de protection future décrit son fonctionnement.

Vous pouvez aussi désigner à l'avance la personne qui exercera la tutelle ou la curatelle de votre enfant s'il fait l'objet d'une telle mesure : cette désignation s'impose au juge, sauf refus ou empêchement de la personne désignée, ou si l'intérêt de votre enfant commande de l'écarter (article 448 du Code civil). Elle se fait par déclaration devant notaire ou par un écrit entièrement rédigé, daté et signé de votre main.

Lorsque la famille est unie, l'habilitation familiale offre une alternative à la tutelle : un proche est autorisé par le juge des contentieux de la protection à représenter votre enfant, avec un contrôle du juge plus léger qu'en tutelle.

Associer les frères et sœurs au projet familial

Attribuer davantage à un enfant vulnérable peut dépasser la quotité disponible et exposer la libéralité à une action en réduction de ses frères et sœurs. Ceux-ci peuvent, s'ils le souhaitent, renoncer par avance à cette action, par un acte reçu par deux notaires : c'est la renonciation anticipée à l'action en réduction, prévue précisément pour ce type de projet familial.

Même sans renonciation, une réunion de famille à l'étude permet souvent d'expliquer vos choix, de recueillir l'engagement des frères et sœurs et d'éviter les incompréhensions au moment de la succession. Les frères et sœurs sont souvent appelés à jouer un rôle auprès de votre enfant ; les associer tôt facilite aussi la désignation du futur mandataire ou tuteur.

Aides sociales et succession

L'allocation aux adultes handicapés n'est pas récupérée sur la succession de son bénéficiaire. Pour l'aide sociale à l'hébergement en établissement, le département n'exerce pas de recours sur la succession de la personne handicapée lorsque ses héritiers sont son conjoint, ses enfants, ses parents ou la personne qui a assumé de façon effective et constante sa charge (article L344-5 du Code de l'action sociale et des familles).

D'autres prestations obéissent à des règles propres. Avant de choisir entre une donation, un legs ou une libéralité graduelle, nous vérifions avec vous les prestations perçues par votre enfant et l'effet de chaque solution sur ses droits. Cette vérification s'effectue au moment de l'acte, puis à chaque évolution importante de sa situation ou de la réglementation.

Exemple chiffré

L'effet de l'abattement pour handicap dans une succession

Claire, veuve, laisse 500 000 € à ses deux enfants à parts égales, sans donation antérieure. Son fils Lucas vit avec un handicap qui l'empêche de travailler dans des conditions normales ; sa fille Émilie travaille.

Part de chaque enfant
250 000 €
Lucas : abattements (100 000 € + 159 325 €)
259 325 €
Lucas : part taxable
0 €
Lucas : droits de succession
0 €
Émilie : part taxable après abattement de 100 000 €
150 000 €
Émilie : droits de succession
28 194 €

Sans l'abattement pour handicap, Lucas aurait supporté 28 194 € de droits, comme sa sœur. Le dossier justificatif doit être prêt dès l'ouverture de la succession.

Refaire le calcul avec vos chiffres : qui hérite et combien

Questions fréquentes

Puis-je donner plus à mon enfant handicapé qu'à ses frères et sœurs ?

Oui, dans la limite de la quotité disponible : la moitié de vos biens avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois ou plus. Au-delà, les autres enfants peuvent demander la réduction, sauf s'ils y ont renoncé par avance devant deux notaires. Une assurance-vie peut aussi compléter la protection, en dehors des règles de la réserve, sous réserve de primes proportionnées à vos facultés.

Qui s'occupera de mon enfant majeur après mon décès ?

Sans anticipation, le juge des contentieux de la protection décide d'une mesure et choisit la personne chargée de l'exercer, en privilégiant la famille. Par un mandat de protection future pour autrui, reçu par le notaire, ou par une désignation anticipée du tuteur ou du curateur, vous choisissez vous-même cette personne. Vous pouvez désigner plusieurs mandataires, l'un pour la personne, l'autre pour les biens.

L'abattement de 159 325 € vaut-il aussi pour les donations ?

Oui. Il s'applique aux donations comme aux successions, et se renouvelle selon la règle du rappel fiscal de quinze ans applicable aux donations. Donner de votre vivant à votre enfant peut ainsi permettre de mobiliser cet abattement plusieurs fois au cours d'une vie. La réalité de l'infirmité et ses conséquences sur la capacité de travail doivent être établies au jour de chaque transmission.

Mon enfant sous tutelle peut-il recevoir un héritage ou un capital d'assurance-vie ?

Oui. Il hérite comme tout héritier ; son tuteur accepte la succession pour lui, en principe à concurrence de l'actif net ; une acceptation pure et simple suppose que l'actif dépasse manifestement le passif, attesté par le notaire, ou l'autorisation du juge ou du conseil de famille. Le capital d'assurance-vie est versé au tuteur, qui le place et le gère dans l'intérêt de votre enfant, sous le contrôle du juge.

Le contrat de rente survie est-il réservé aux enfants ?

Il peut bénéficier à un enfant ou à un autre parent jusqu'au troisième degré, en ligne directe ou collatérale, comme un frère, un neveu ou un oncle, ou encore à une personne à votre charge, dès lors que son infirmité l'empêche de travailler dans des conditions normales de rentabilité ou d'acquérir une formation normale.

Premier rendez-vous

Protéger un proche ?

Mandat de protection future, testament, habilitation familiale : nous vous aidons à choisir et à rédiger.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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