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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Mariage

Contrat de séparation de biens : fonctionnement, biens indivis et précautions à prendre

Chaque époux garde son patrimoine et répond de ses dettes. Le régime demande de soigner la preuve de propriété, les achats à deux et la clause de contribution aux charges.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • En séparation de biens, chaque époux conserve l'administration, la jouissance et la libre disposition de ses biens personnels et reste seul tenu des dettes nées de son chef (article 1536 du Code civil).
  • Les biens achetés ensemble sont indivis selon les proportions fixées dans l'acte ; un bien dont aucun époux ne prouve la propriété exclusive est réputé indivis par moitié (article 1538).
  • Le contrat de mariage règle la contribution aux charges du mariage ; la clause habituelle, selon laquelle chacun est réputé avoir contribué au jour le jour, limite fortement les comptes entre époux au divorce.
  • Une société d'acquêts peut être adjointe au régime pour rendre commun un bien choisi, le plus souvent la résidence principale.
  • Au décès, le survivant conserve ses biens personnels et sa part des biens indivis ; sa protection passe par ses droits d'héritier, une donation au dernier vivant ou un testament.

Le principe : deux patrimoines distincts

La séparation de biens est un régime conventionnel : elle suppose un contrat de mariage signé chez le notaire avant la célébration, ou un changement de régime en cours de mariage. Chaque époux reste propriétaire de ce qu'il possédait avant le mariage, de ce qu'il reçoit par donation ou succession et de ce qu'il acquiert pendant le mariage avec ses revenus. Il administre, perçoit les revenus et vend ses biens seul (article 1536 du Code civil).

Les dettes suivent la même logique : chacun répond seul des dettes qu'il contracte, avant ou pendant le mariage. Font exception les dettes ménagères, qui engagent solidairement les deux époux dans les conditions de l'article 220, et les dettes que les époux souscrivent ensemble, comme un prêt immobilier commun.

Les règles du régime primaire continuent de s'appliquer : contribution aux charges, cogestion du logement familial (article 215), solidarité ménagère. Un époux séparé de biens ne peut donc pas vendre seul la maison qu'il possède en propre si elle abrite la famille.

Pour qui ce régime est-il adapté ?

La séparation de biens protège le conjoint d'un entrepreneur contre les créanciers professionnels : commerçant, artisan, profession libérale, dirigeant qui cautionne les prêts de sa société. Elle convient aussi aux couples qui se marient avec un patrimoine déjà constitué, aux secondes unions lorsque chacun souhaite préserver les droits de ses propres enfants, et aux époux qui tiennent à une gestion indépendante.

Le régime présente une limite qu'il faut mesurer au moment du contrat : l'enrichissement de chaque époux lui reste personnel, même lorsque l'autre a réduit ou interrompu son activité pour s'occuper des enfants ou suivre son conjoint. Lorsque les carrières risquent de diverger, la participation aux acquêts ou une société d'acquêts offrent un meilleur équilibre. Notre comparatif des régimes matrimoniaux permet de situer ces options.

Prouver ce qui appartient à chacun

La séparation de biens repose sur la preuve. Un époux peut établir la propriété d'un bien par tous moyens : facture, acte d'achat, relevé bancaire, déclaration de succession. Le contrat de mariage peut prévoir des présomptions de propriété, par exemple pour les meubles meublants ou les instruments de travail (article 1538).

Faute de preuve, le bien est réputé appartenir indivisément aux deux époux, à chacun pour moitié. Cette présomption s'applique souvent aux meubles, aux œuvres d'art ou à l'épargne logée sur un compte joint. Conserver les justificatifs d'acquisition et des financements importants évite des discussions difficiles au moment d'un divorce ou d'une succession.

Acheter ensemble : indivision et quotes-parts

Les époux séparés de biens qui achètent ensemble leur résidence deviennent propriétaires indivis. L'acte de vente indique la quote-part de chacun, qui doit correspondre au financement réel : apport personnel de chacun et part du prêt que chacun remboursera. Une répartition par moitié alors que l'un finance davantage expose à des difficultés, fiscales comme civiles, et doit être réfléchie avec le notaire.

Si un époux paie ensuite plus que sa part, il détient une créance contre l'autre, évaluée selon les règles de l'article 1469, c'est-à-dire en tenant compte de la valeur du bien au jour du règlement (articles 1543 et 1479). Le sort de ces créances au divorce est expliqué dans notre guide sur les créances entre époux séparés de biens. Une convention d'indivision peut par ailleurs organiser la gestion du bien pendant le mariage.

La clause de contribution aux charges du mariage

Chaque époux contribue aux charges du mariage selon les modalités fixées par le contrat, à défaut à proportion de ses facultés (articles 214 et 1537). Les contrats de séparation de biens comportent souvent une clause selon laquelle chacun des époux est réputé avoir fourni au jour le jour sa part contributive, sans compte à faire entre eux.

Cette clause a une portée considérable. La Cour de cassation admet que le financement du logement familial, y compris le remboursement du prêt, puisse relever de la contribution aux charges du mariage ; lorsque la clause est rédigée de manière absolue, elle peut empêcher l'époux qui a davantage payé d'obtenir une créance au divorce. Selon ses termes, la clause peut au contraire laisser place à la preuve d'une contribution excessive.

La rédaction mérite donc un échange précis lors du rendez-vous : ce que les époux souhaitent voir traité comme une participation aux dépenses de la famille, ce qu'ils souhaitent pouvoir récupérer, notamment un apport personnel important dans l'achat de la résidence.

La société d'acquêts, un correctif sur mesure

Les époux peuvent adjoindre à leur séparation de biens une société d'acquêts : une petite communauté limitée aux biens qu'ils désignent, le plus souvent la résidence principale et son mobilier, parfois une résidence secondaire ou un portefeuille de placements. Le reste du patrimoine demeure séparé, et les biens professionnels restent à l'abri.

La société d'acquêts peut être assortie d'une clause de préciput, qui permet au survivant de prélever la résidence principale avant tout partage, sans droits de succession. Ce mécanisme protège le conjoint de manière ciblée. Il peut être prévu dans le contrat initial ou ajouté plus tard par un aménagement du régime, selon la procédure décrite dans notre guide pour changer de régime matrimonial.

Au décès et au divorce

Au décès, le survivant reprend ses biens personnels et sa part des biens indivis ; ses droits au titre du régime se limitent à ces biens. Sa protection repose sur ses droits d'héritier, qui peuvent être augmentés par une donation au dernier vivant, un testament ou une assurance-vie. Ce complément est particulièrement utile lorsque le patrimoine du couple est principalement au nom d'un seul époux.

Au divorce, chaque époux reprend ses biens ; les biens indivis sont partagés ou attribués à l'un contre une soulte, et les créances entre époux sont réglées. Le droit de partage, lorsqu'il est dû, est de 1,1 % de l'actif net partagé. Le notaire établit l'acte de partage, obligatoire dès qu'un immeuble est concerné.

Exemple chiffré

Des quotes-parts calquées sur le financement

Julie et Thomas, mariés sous le régime de la séparation de biens, achètent une maison 300 000 €, frais compris. Julie apporte 90 000 € d'économies personnelles. Le solde est financé par un prêt commun de 210 000 €, que chacun remboursera par moitié.

Financement de Julie
90 000 € + 105 000 € = 195 000 €
Financement de Thomas
105 000 €
Quote-part de Julie dans l'acte
195 000 / 300 000, soit 65 %
Quote-part de Thomas dans l'acte
35 %
Revente ultérieure à 360 000 €, prêt soldé : part de Julie
234 000 €
Part de Thomas
126 000 €

Les quotes-parts reflètent l'apport de chacun et suivent l'évolution de la valeur du bien. Si les remboursements s'écartent ensuite de la répartition prévue, une créance entre époux peut naître, sous réserve de la clause de contribution aux charges. Nous vérifions ces équilibres avant la signature de l'achat.

Questions fréquentes

Les créanciers professionnels de mon conjoint peuvent-ils saisir mes biens ?

Vos biens personnels répondent uniquement de vos propres dettes et des dettes ménagères solidaires. Les créanciers de votre conjoint peuvent en revanche saisir sa part dans les biens indivis et demander le partage de l'indivision (article 815-17 du Code civil). Si vous vous êtes porté caution ou co-emprunteur, vous êtes tenu en cette qualité. Le régime protège donc efficacement, à condition de conserver des patrimoines réellement distincts.

Un compte joint est-il compatible avec la séparation de biens ?

Oui. Le compte joint sert à régler les dépenses du ménage. Les fonds qui y figurent sont présumés indivis par moitié, faute de preuve contraire. Pour une épargne importante, il est préférable d'utiliser des comptes personnels ou de conserver la trace de l'origine des sommes versées.

Mon conjoint héritera-t-il de moi si nous sommes séparés de biens ?

Oui. Le régime matrimonial organise la propriété pendant le mariage ; la succession obéit à d'autres règles. Le conjoint survivant est héritier quel que soit le régime, avec des droits qui varient selon la présence d'enfants, et il est exonéré de droits de succession. Ses droits peuvent être augmentés par testament ou donation au dernier vivant, comme l'explique notre guide sur les droits du conjoint survivant.

Nous sommes mariés sans contrat : pouvons-nous adopter la séparation de biens ?

Oui, à tout moment, par un acte notarié de changement de régime. La communauté existante doit alors être liquidée et, si elle comprend des biens, partagée ; le droit de partage est dû sur l'actif net partagé, avec d'éventuels frais de publicité foncière si des immeubles sont attribués. Le passage en séparation de biens est souvent envisagé au moment de créer une entreprise.

Combien coûte un contrat de séparation de biens ?

La rédaction relève du tarif réglementé : 188,68 € hors taxes lorsque la valeur des biens déclarés dans le contrat n'excède pas 30 800 €, puis un émolument proportionnel. Le contrat est enregistré gratuitement lorsqu'il ne donne lieu à aucune imposition proportionnelle. Le guide sur le contrat de mariage détaille les étapes et le calcul.

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Sources

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