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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Se remarier après un divorce : contrat de mariage et protection des enfants du premier lit

Un remariage réunit souvent des patrimoines déjà constitués et des enfants nés d'unions différentes. Le contrat de mariage et quelques actes complémentaires permettent de protéger le nouveau conjoint sans léser les enfants.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Sans contrat, le remariage place les époux sous la communauté réduite aux acquêts : les biens possédés avant, dont la maison conservée au premier divorce, restent propres, mais les revenus et les achats futurs deviennent communs.
  • La séparation de biens, établie par acte notarié avant la célébration, garde chaque patrimoine distinct ; l'émolument du notaire est de 188,68 € hors taxes lorsque les biens déclarés n'excèdent pas 30 800 €.
  • En présence d'enfants d'une première union, le conjoint survivant reçoit légalement le quart de la succession en propriété, sans option pour l'usufruit (article 757 du Code civil).
  • Les enfants d'une autre union peuvent agir en retranchement contre un avantage matrimonial excessif (article 1527) : une communauté universelle avec attribution intégrale est donc rarement adaptée.
  • Le remariage fait perdre la réversion Agirc-Arrco issue du premier mariage ; la réversion du régime général reste possible sous conditions de ressources.

Ce que change le remariage sans contrat

Les époux qui se marient sans contrat relèvent de la communauté réduite aux acquêts. Chacun conserve en propre les biens qu'il possédait avant le mariage et ceux qu'il reçoit ensuite par donation ou succession. La maison attribuée au premier divorce, l'épargne constituée depuis et les parts d'une société restent donc personnelles. Les salaires perçus pendant le mariage, les revenus des biens propres et tout ce qui est acheté avec ces fonds deviennent en revanche communs.

Ce régime convient à des époux qui démarrent ensemble. Il soulève davantage de questions lorsque l'un d'eux rembourse encore le prêt qui a financé la soulte de son premier divorce, ou possède une entreprise. Les échéances payées avec des revenus communs pour un bien propre ouvrent droit à une récompense au profit de la communauté, calculée au jour de la liquidation sur la part de valeur ainsi financée : les comptes se compliquent, au décès comme en cas de nouveau divorce. Notre guide sur les récompenses en détaille le calcul.

Choisir son régime matrimonial

La séparation de biens est le régime le plus souvent retenu lors d'un remariage. Chacun reste propriétaire de ce qu'il acquiert et seul tenu de ses dettes personnelles. Les enfants de chaque époux savent ainsi ce qui compose le patrimoine de leur parent. Les époux peuvent acheter ensemble leur résidence en indivision, dans les proportions de leur financement, comme l'explique notre guide sur la séparation de biens.

La participation aux acquêts fonctionne comme une séparation de biens pendant le mariage, puis partage l'enrichissement de chacun à sa dissolution. La communauté réduite aux acquêts peut aussi être conservée par contrat, en l'aménageant : clause de préciput sur la résidence commune, exclusion des biens professionnels, clause de reprise des apports. Le choix dépend de l'âge des époux, de l'écart entre leurs patrimoines et de la présence d'enfants communs à venir.

Un régime très communautaire, comme la communauté universelle avec attribution intégrale au survivant, prive les enfants du premier lit de tout héritage au premier décès. Ces enfants disposent alors de l'action en retranchement, qui leur permet de réduire l'avantage à la quotité disponible entre époux (article 1527 du Code civil). Ils peuvent y renoncer par anticipation, par acte notarié, mais ce choix leur appartient.

Protéger le nouveau conjoint sans léser les enfants

Lorsque le défunt laisse des enfants qui ne sont pas tous issus des deux époux, le conjoint survivant hérite légalement du quart de la succession en pleine propriété, sans pouvoir opter pour l'usufruit de la totalité (article 757). Il bénéficie aussi d'un droit temporaire au logement pendant un an et, s'il le demande, d'un droit viager d'habitation sur le logement du couple, sauf si le défunt l'en a privé par testament authentique.

Une donation au dernier vivant ou un testament élargit ces droits jusqu'à la quotité disponible spéciale entre époux : la quotité disponible ordinaire en pleine propriété, un quart en propriété et trois quarts en usufruit, ou l'usufruit de la totalité (article 1094-1). Un usufruit du conjoint sur les biens hérités par des enfants proches de lui en âge peut toutefois retarder très longtemps leur héritage effectif. Notre guide sur la famille recomposée compare ces solutions.

L'assurance-vie, hors succession dans la limite des primes non manifestement exagérées, permet de compléter la protection du conjoint sans toucher à la réserve des enfants. Le conjoint survivant est exonéré de droits de succession, ce qui en fait un bénéficiaire fiscalement neutre.

Transmettre à tous les enfants, y compris ceux du conjoint

Les enfants de votre nouveau conjoint ne recueillent vos biens que si vous les leur transmettez par donation ou testament. Un legs en leur faveur supporte les droits de succession au taux de 60 %, sauf adoption simple, qui leur ouvre la fiscalité en ligne directe sous conditions (article 786 du Code général des impôts). Notre guide sur l'adoption simple de l'enfant du conjoint en présente les conditions et les effets.

La donation-partage conjonctive permet aux deux époux de donner ensemble à leurs enfants communs et à ceux nés d'une autre union, en attribuant à ces derniers des biens propres de leur parent ou des biens communs, selon des règles précises. Elle fige les valeurs au jour de la donation et prévient les conflits entre les deux branches de la famille.

Les effets du remariage sur les suites du premier divorce

Le remariage suppose que le premier divorce ait été mentionné en marge des actes d'état civil. Il n'efface pas les obligations nées du divorce : la contribution à l'entretien des enfants reste due, et une rente de prestation compensatoire se poursuit, sous réserve d'une demande de révision en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l'une des parties.

Du côté des retraites, l'ex-conjoint qui se remarie perd son droit à la réversion Agirc-Arrco du chef de son premier époux, ainsi que celui prévu par le régime des fonctionnaires. Il conserve la réversion du régime général, sous conditions de ressources appréciées avec celles du nouveau ménage. Notre guide sur la pension de réversion après un divorce détaille ces règles.

Les étapes du contrat et son coût

Le contrat de mariage est reçu par un notaire, en présence des deux futurs époux, avant la célébration. Le notaire remet un certificat à transmettre à la mairie, et l'acte de mariage mentionne l'existence du contrat. Un premier rendez-vous deux à trois mois avant le mariage laisse le temps de dresser l'inventaire des patrimoines, de chiffrer les options et, le cas échéant, de préparer la donation au dernier vivant et les testaments qui l'accompagnent.

L'émolument du notaire est fixe, à 188,68 € hors taxes, lorsque la valeur des biens déclarés dans le contrat n'excède pas 30 800 € ; au-delà, il devient proportionnel. Le contrat est enregistré gratuitement lorsqu'il ne donne lieu à aucune imposition proportionnelle. Si les besoins évoluent, un changement de régime matrimonial reste possible pendant le mariage, par acte notarié.

Exemple chiffré

Ce que reçoit la seconde épouse selon les choix faits

Marc, divorcé, a deux enfants de sa première union. Il épouse Sophie en séparation de biens. À son décès, son patrimoine personnel s'élève à 400 000 €, dont la maison où le couple habite.

Sans libéralité : part légale de Sophie (un quart en propriété)
100 000 €
Sans libéralité : part de chaque enfant
150 000 €
Donation au dernier vivant, option quotité disponible (un tiers avec deux enfants)
133 333 € pour Sophie, 133 333 € par enfant
Donation au dernier vivant, option un quart en propriété et trois quarts en usufruit
100 000 € + usufruit de 300 000 €
Droits de succession dus par Sophie
0 €

Un usufruit sur 300 000 € assure à Sophie les revenus et la jouissance de la maison, mais repousse l'héritage effectif des enfants à son décès. Une option en pleine propriété, complétée par une assurance-vie, règle souvent mieux les rapports entre les deux familles.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

La maison gardée à mon divorce deviendra-t-elle commune si je me remarie sans contrat ?

Non, un bien possédé avant le mariage reste propre. En revanche, si vous remboursez le prêt de cette maison avec vos salaires pendant le nouveau mariage, la communauté aura droit à une récompense, calculée au jour de la liquidation. Un contrat de séparation de biens évite ces comptes.

Mes enfants du premier mariage peuvent-ils être déshérités par mon nouveau conjoint ?

Vos enfants sont héritiers réservataires : ils reçoivent au minimum leur réserve dans votre succession, quel que soit le régime choisi. Le risque tient plutôt aux libéralités et aux avantages matrimoniaux qui retardent leur héritage, ou aux biens qui passent à votre conjoint puis à ses propres héritiers. Le contrat et les libéralités se construisent donc ensemble.

Faut-il informer mes enfants de mon contrat de mariage ?

La loi laisse ce choix aux futurs époux lors d'un contrat conclu avant le mariage. Les enfants majeurs sont en revanche informés personnellement d'un changement de régime matrimonial pendant le mariage et peuvent s'y opposer. Expliquer ses choix en amont limite les contestations au moment de la succession.

Un PACS est-il une alternative au remariage ?

Le PACS organise par défaut une séparation des patrimoines, mais le partenaire survivant n'est pas héritier sans testament : il bénéficie seulement d'un droit temporaire au logement d'un an, et n'a pas droit à la pension de réversion. Le comparatif PACS ou mariage permet d'apprécier les deux cadres.

Peut-on prévoir dans le contrat ce qui se passera en cas de nouveau divorce ?

Le contrat fixe le régime des biens et, par conséquent, les règles de leur partage en cas de divorce : en séparation de biens, chacun reprend ce qui lui appartient et les biens achetés ensemble se partagent selon leurs quotes-parts. Une clause d'exclusion des biens professionnels ou de reprise des apports produit aussi ses effets au divorce. Les conséquences personnelles, comme la prestation compensatoire, relèvent en revanche du juge ou de la convention de divorce.

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Sources

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