L'essentiel
- La vente d'un bien indivis exige en principe l'accord de tous les indivisaires, que l'indivision vienne d'un achat à deux, d'une succession ou d'un divorce (article 815-3 du Code civil).
- Les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits peuvent faire autoriser la vente par le tribunal judiciaire malgré l'opposition ou le silence des autres (article 815-5-1).
- Depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, le président du tribunal judiciaire peut autoriser un indivisaire à vendre seul un bien indivis lorsque l'urgence et l'intérêt commun le justifient (article 815-6).
- Chaque indivisaire peut céder sa seule quote-part ; s'il la vend à une personne extérieure, ses coïndivisaires disposent d'un mois pour l'acheter par préférence (article 815-14).
- Le prix se répartit selon les quotes-parts, après remboursement du prêt et règlement des comptes d'indivision ; la plus-value est calculée séparément pour chaque vendeur.
Qui doit signer la vente d'un bien indivis ?
Vendre un immeuble est un acte de disposition. Tant que dure l'indivision, il requiert le consentement de tous les indivisaires, quelle que soit l'importance de leur part : celui qui détient 10 % des droits signe comme celui qui en détient 90 %. Tous interviennent au compromis puis à l'acte de vente, en personne ou par procuration. Un indivisaire éloigné de Chartres signe une procuration notariée, qui peut être reçue à distance par visioconférence.
Certaines situations exigent une autorisation ou une signature supplémentaire. Lorsqu'un indivisaire est mineur ou placé sous tutelle, la vente de gré à gré suppose l'accord du juge des tutelles ou du conseil de famille, qui fixe en général un prix minimum. Lorsqu'un indivisaire marié sous le régime de la communauté détient une part commune, son conjoint signe également (article 1424 du Code civil). Si le bien loge la famille d'un indivisaire marié, le consentement de son conjoint est requis même pour une part qui lui est propre (article 215).
Le démembrement de propriété obéit à une logique voisine : pour vendre la pleine propriété, l'usufruitier et tous les nus-propriétaires signent ensemble, puis le prix se répartit selon la valeur de leurs droits ou fait l'objet d'un report d'usufruit. La vente à la majorité des deux tiers, présentée plus loin, est exclue pour un bien démembré : l'accord de chacun reste la seule voie amiable.
Ce que la majorité des deux tiers permet, et ce qu'elle réserve à l'unanimité
Depuis la loi du 12 mai 2009, les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis gèrent le bien sans attendre l'accord de tous : actes d'administration, mandat général de gestion, vente des meubles indivis pour payer les dettes de l'indivision, conclusion d'un bail d'habitation (article 815-3). La vente de l'immeuble lui-même reste soumise à l'unanimité, sauf autorisation judiciaire.
En pratique, le mandat confié à une agence ou à l'étude pour rechercher un acquéreur prépare un acte de disposition : il est signé par tous les indivisaires, qui s'accordent dès ce stade sur le prix affiché et sur la marge de négociation.
| Décision | Règle | Texte |
|---|---|---|
| Mesure conservatoire urgente | Chaque indivisaire seul | Article 815-2 |
| Gestion courante, bail d'habitation, mandat général | Deux tiers des droits indivis | Article 815-3 |
| Vente du bien immobilier | Unanimité | Article 815-3 |
| Vente malgré un opposant ou un silencieux | Deux tiers des droits, puis autorisation du tribunal | Article 815-5-1 |
| Vente par un indivisaire seul, en urgence | Autorisation du président du tribunal judiciaire | Article 815-6 |
| Cession de sa propre quote-part | Indivisaire seul, sous réserve de la préemption des autres | Article 815-14 |
Vendre malgré l'opposition d'un indivisaire : la procédure des deux tiers
L'article 815-5-1 du Code civil s'applique à toutes les indivisions, familiales ou non. Les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits expriment devant notaire leur intention de vendre. Le notaire la fait signifier aux autres indivisaires dans le délai d'un mois ; ceux-ci disposent de trois mois pour faire connaître leur position. En cas d'opposition ou de silence, le notaire dresse un procès-verbal, et les majoritaires saisissent, par avocat, le tribunal judiciaire, celui de Chartres pour un bien situé dans son ressort.
Le tribunal autorise la vente si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires. Elle a lieu par licitation, c'est-à-dire aux enchères, ce qui conduit souvent à un prix inférieur à celui d'une vente amiable. La procédure est exclue lorsque le bien est démembré, lorsqu'un indivisaire est présumé absent, hors d'état de manifester sa volonté du fait de son éloignement ou placé sous une mesure de protection. Les étapes et le calendrier sont détaillés dans notre guide pour sortir d'une indivision successorale bloquée.
La vente autorisée en urgence depuis la loi du 7 avril 2026
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l'indivision, entrée en vigueur le 8 avril 2026, a complété l'article 815-6 du Code civil. Le président du tribunal judiciaire peut désormais autoriser un indivisaire à conclure seul un acte de vente d'un bien indivis, lorsque l'urgence et l'intérêt commun le justifient. La jurisprudence admettait déjà cette solution ; le texte la rend certaine. Une maison vide qui se dégrade, des charges et des taxes impayées ou une offre d'achat sérieuse menacée par le blocage peuvent fonder la demande.
D'autres textes répondent à des blocages particuliers : l'article 815-4 permet de faire habiliter un indivisaire à représenter un coïndivisaire hors d'état de manifester sa volonté, et l'article 815-5 d'être autorisé à passer seul un acte lorsque le refus d'un coïndivisaire met en péril l'intérêt commun. La même loi a étendu le partage judiciaire aux indivisions entre époux, partenaires de PACS et concubins et renforcé les pouvoirs du juge commis ; un décret doit en préciser les modalités.
Céder sa quote-part plutôt que le bien entier
L'indivisaire qui veut sortir seul peut vendre ses droits indivis sans l'accord des autres. La solution la plus fréquente consiste à les céder à un coïndivisaire, qui rachète la part au prix d'une estimation partagée. Entre héritiers d'une même succession, la cession supporte le droit de 2,5 % applicable aux partages ; entre ex-époux ou ex-partenaires de PACS, le taux est de 1,1 %. Entre concubins ou amis ayant acheté ensemble, le rachat peut être taxé comme une vente : notre guide sur la séparation de concubins propriétaires détaille ce point.
Pour céder sa part à une personne extérieure à l'indivision, l'indivisaire notifie d'abord aux autres, par acte de commissaire de justice, le prix et les conditions de la cession projetée ainsi que l'identité de l'acquéreur. Chaque coïndivisaire dispose d'un mois pour se porter acquéreur à ces conditions, puis de deux mois pour réaliser la vente (article 815-14). Une cession conclue sans cette notification est nulle, l'action se prescrivant par cinq ans (article 815-16). Un acquéreur extérieur accepte rarement de devenir coïndivisaire d'une maison : cette voie sert surtout de levier pour ouvrir une négociation.
Comment le prix est-il réparti entre les indivisaires ?
Le jour de la vente, l'acquéreur verse le prix à la comptabilité de l'étude. Le notaire règle d'abord ce qui doit l'être avant toute distribution : remboursement du prêt garanti par le bien et frais de mainlevée, décrits dans notre guide sur la vente avec un crédit en cours, impôt sur la plus-value, sommes dues au syndic de copropriété. Le solde revient aux indivisaires selon les quotes-parts inscrites dans leur titre de propriété.
Ces quotes-parts s'ajustent par les comptes d'indivision. L'indivisaire qui a payé seul des échéances du prêt, la taxe foncière ou des travaux de conservation dispose d'une créance contre l'indivision ; celui qui a amélioré le bien à ses frais a droit à une indemnité tenant compte de la plus-value apportée (article 815-13). À l'inverse, l'indivisaire qui a occupé seul le bien doit une indemnité d'occupation (article 815-9), réclamable sur cinq ans au plus (article 815-10).
Nous établissons ces comptes avec les pièces de chacun et les présentons avant la signature. Lorsque les indivisaires s'opposent sur leur montant, le prix, ou la part contestée, reste consigné à l'étude jusqu'à un accord ou jusqu'au partage, ce qui permet de conclure la vente sans attendre la fin du différend.
Une plus-value calculée pour chaque indivisaire
Chaque vendeur est imposé sur la plus-value afférente à sa quote-part, selon sa propre situation. L'abattement pour durée de détention court à compter de la date à laquelle il a acquis ses droits : un indivisaire qui a racheté la part d'un autre détient deux fractions, chacune avec sa date d'acquisition. Le seuil d'exonération de 15 000 € s'apprécie au regard de chaque quote-part, et non du prix total.
L'exonération de la résidence principale bénéficie seulement à l'indivisaire qui habite le bien au jour de la vente, ou qui l'a quitté peu de temps avant dans les conditions admises par l'administration. Les autres sont imposés sur leur part. Les conditions sont précisées dans notre guide sur l'exonération de plus-value.
Exemple chiffré
La vente d'une maison de Mainvilliers achetée à deux
Claire et Julien, concubins, ont acheté une maison à 60 % et 40 %. Séparés depuis deux ans, ils la vendent 280 000 €. Julien a payé seul 18 000 € d'échéances depuis la séparation ; Claire a occupé la maison pendant ces 24 mois, pour une indemnité d'occupation convenue de 750 € par mois.
- Prix de vente
- 280 000 €
- Remboursement du prêt, indemnités comprises
- − 72 000 €
- Diagnostics et frais de mainlevée
- − 1 500 €
- Solde disponible
- 206 500 €
- Créance de Julien remboursée en priorité
- 18 000 €
- Masse à partager (206 500 € − 18 000 € + indemnité d'occupation de 18 000 €)
- 206 500 €
- Claire : 60 % de la masse, moins l'indemnité d'occupation (123 900 € − 18 000 €)
- 105 900 € versés
- Julien : 40 % de la masse, plus sa créance (82 600 € + 18 000 €)
- 100 600 € versés
Les versements totalisent bien 206 500 €. Claire, qui habite la maison au jour de la vente, est exonérée de plus-value ; Julien, parti depuis deux ans, est imposé sur la plus-value afférente à ses 40 %, calculée par l'étude avant la signature.
Refaire le calcul avec vos chiffres : indemnité d'occupation
Questions fréquentes
Un indivisaire peut-il vendre sa part sans l'accord des autres ?
Oui. Chaque indivisaire peut céder ses droits indivis. S'il les vend à une personne extérieure, il doit d'abord notifier le prix et les conditions à ses coïndivisaires par acte de commissaire de justice ; chacun dispose d'un mois pour acheter par préférence. Une vente à un coïndivisaire échappe à cette formalité et se prépare le plus souvent chez le notaire, sur la base d'une estimation acceptée par tous.
Combien de temps dure la procédure de vente à la majorité des deux tiers ?
La phase notariale dure au moins quatre mois : un mois pour la signification de l'intention de vendre, puis trois mois laissés aux autres indivisaires pour répondre. S'y ajoutent le temps de la procédure devant le tribunal judiciaire, avec avocat obligatoire, puis celui de la licitation. Lorsque la situation est urgente, la demande fondée sur l'article 815-6 permet d'aller plus vite.
L'indivisaire qui occupe le bien peut-il bloquer la vente ?
Son refus empêche la vente amiable, mais les titulaires des deux tiers des droits peuvent engager la procédure de l'article 815-5-1. Pendant ce temps, l'occupant doit une indemnité d'occupation à l'indivision, imputée sur sa part lors de la répartition du prix. Une discussion encadrée par le notaire aboutit souvent au rachat de sa part ou à un calendrier de départ.
Le prix est-il toujours partagé selon les pourcentages du titre de propriété ?
Les quotes-parts inscrites dans l'acte d'achat fixent la base de la répartition. Elles s'ajustent ensuite par les comptes d'indivision : créances de celui qui a financé seul des échéances ou des travaux, indemnité due par celui qui a occupé le bien. Un apport inégal au moment de l'achat, s'il a été mal retranscrit dans le titre, se règle dans ces comptes, preuves à l'appui.
Faut-il un acte de partage après la vente ?
Lorsque le prix est réparti selon les quotes-parts, sans compte particulier, la distribution se fait directement par l'étude. Si les indivisaires ont d'autres biens ou des comptes à régler entre eux, un partage global, amiable ou judiciaire, reste utile. Notre guide sur la convention d'indivision présente les clauses qui facilitent cette sortie.
Premier rendez-vous
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L'étude réunit les documents et prépare la vente, de l'avant-contrat à l'acte.
7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.
Sources
- Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l'indivision (Légifrance)
- Notaires de France, ce que change la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026
- Service-public.gouv.fr, de nouvelles règles pour les biens détenus par plusieurs héritiers
- ANIL, analyse de la loi du 7 avril 2026
- Code civil, articles 815 et suivants (Légifrance)
- BOFiP, exonération des cessions d'un prix inférieur à 15 000 € (BOI-RFPI-PVI-10-40-70)