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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

International

Royaume-Uni : hériter ou transmettre un bien situé en France, impôts et loi applicable

Comment la France et le Royaume-Uni taxent une succession qui comprend un bien en France, pourquoi les donations restent hors convention, et quelle loi civile s'applique.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un héritage entre la France et le Royaume-Uni peut être taxé dans les deux pays : la France impose toujours le bien situé en France, le Royaume-Uni impose le patrimoine mondial de ses résidents de long terme, et la convention du 21 juin 1963 organise un crédit d'impôt pour éviter la double imposition.
  • Cette convention vise les seules successions : une donation d'un bien situé en France par un résident britannique relève du droit interne de chaque pays.
  • Depuis le 6 avril 2025, l'impôt britannique sur les successions dépend de la résidence de long terme, soit au moins dix années d'imposition au Royaume-Uni sur les vingt précédentes, et non plus du domicile.
  • Pour la loi civile, les autorités françaises appliquent le règlement européen n° 650/2012 : loi de la dernière résidence habituelle, sauf choix par testament de la loi nationale, avec la protection des enfants prévue par l'article 913 du Code civil.

Quels impôts, dans quel pays ?

Côté français, l'article 750 ter du Code général des impôts part du domicile du défunt. Lorsque le défunt était domicilié en France, tous ses biens, en France et à l'étranger, sont imposables. Lorsqu'il vivait au Royaume-Uni, la France impose ses biens situés en France, au premier rang desquels la maison ou l'appartement. Elle impose enfin tout ce que reçoit un héritier domicilié en France pendant au moins six des dix années précédant la succession, y compris les biens situés au Royaume-Uni.

Côté britannique, l'Inheritance Tax frappe au taux de 40 % la part de la succession qui dépasse le seuil de 325 000 £, les transmissions au conjoint ou au partenaire civil en étant exonérées. Depuis le 6 avril 2025, une personne qui a été résidente fiscale au Royaume-Uni pendant au moins dix des vingt années précédentes est imposée sur ses biens du monde entier, maison en France comprise. Ce statut la suit pendant plusieurs années après son départ, jusqu'à dix ans pour une très longue résidence.

Les deux pays peuvent donc taxer le même bien, chacun selon ses règles et dans sa monnaie. Les droits français se calculent selon le barème et les abattements applicables à tout héritier, présentés dans notre guide sur les droits de succession en 2026 ; l'Inheritance Tax se calcule en livres sterling sur la valeur du patrimoine au décès.

La convention de 1963 : un crédit d'impôt pour les successions

La convention signée à Paris le 21 juin 1963 fixe d'abord la situation des biens : un immeuble est situé là où il se trouve. Elle départage ensuite le domicile du défunt lorsque les deux pays le revendiquent, selon le foyer permanent, le centre des intérêts vitaux, le séjour habituel puis la nationalité. Enfin, son article VI oblige l'État du domicile à imputer sur son propre impôt celui que l'autre État a perçu sur les biens situés sur son territoire, dans la limite de l'impôt qu'il applique à ces mêmes biens.

Pour un défunt domicilié au Royaume-Uni, la France taxe la maison située en France, et l'administration britannique déduit les droits français de l'Inheritance Tax afférente à cette maison. Lorsque l'héritier vit en France, la France impose aussi les biens britanniques qu'il reçoit ; l'article 784 A du Code général des impôts impute alors l'impôt britannique payé sur ces biens. Le poids final correspond, bien par bien, à l'impôt le plus élevé des deux pays.

Les donations restent en dehors de la convention

La convention de 1963 porte sur les droits dus au décès. Une donation d'un bien situé en France par un résident britannique supporte les droits de donation français, avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans. Côté britannique, le don échappe à l'Inheritance Tax si le donateur vit encore sept ans ; en cas de décès dans ce délai, il est réintégré au-delà du seuil de 325 000 £.

Faute de convention applicable, l'administration britannique accorde un crédit unilatéral pour l'impôt perçu par l'État où le bien est situé, ce qui atténue la double imposition d'un don réintégré. Le calendrier d'une donation se discute donc avec votre conseil britannique. Notre guide sur la donation entre la France et l'étranger présente les règles françaises en détail.

Quelle loi civile s'applique à la succession ?

Le règlement européen n° 650/2012 s'applique en France à toutes les successions ouvertes depuis le 17 août 2015, même lorsque la loi désignée est celle d'un État tiers comme le Royaume-Uni. Il retient la loi de la dernière résidence habituelle du défunt pour l'ensemble de ses biens. Pour un défunt installé à Londres, les autorités françaises partent donc du droit anglais, y compris pour la maison située en France.

L'article 34 du règlement accepte toutefois le renvoi opéré par la loi d'un État tiers. Les règles anglaises soumettant les immeubles à la loi du lieu où ils se trouvent, ce renvoi peut conduire à appliquer la loi française à la maison située en France, avec ses héritiers réservataires. Chaque personne peut aussi choisir, par testament, la loi de sa nationalité (article 22). Notre guide sur la succession internationale et le règlement européen détaille ces mécanismes.

Testament anglais et réserve héréditaire : l'article 913 du Code civil

Le droit anglais laisse une grande liberté de tester : un testament peut léguer l'ensemble des biens au conjoint ou à un tiers. Un testament anglais reste valable en la forme pour un bien situé en France, dès lors qu'il respecte la loi du lieu où il a été signé ou celle de la nationalité ou du domicile du testateur, selon la convention de La Haye du 5 octobre 1961 sur la forme des dispositions testamentaires.

Depuis la loi du 24 août 2021, l'article 913, alinéa 3, du Code civil ouvre aux enfants un prélèvement compensatoire sur les biens situés en France lorsque la loi étrangère applicable ignore toute réserve et que le défunt ou l'un de ses enfants était ressortissant d'un État de l'Union ou y résidait au décès. Un Français installé au Royaume-Uni qui déshérite un enfant voit donc ses biens français répartis en tenant compte de cette réserve, dont les règles figurent dans notre guide sur la réserve héréditaire et la quotité disponible.

Régler la succession depuis le Royaume-Uni

Le notaire français établit l'acte de notoriété, l'attestation de propriété du bien et la déclaration de succession. Lorsque le décès survient hors de France, la déclaration se dépose dans les douze mois. Chaque héritier signe à distance une procuration notariée, et un collaborateur de l'étude le représente pour les actes. Les actes d'état civil britanniques, comme le certificat de décès, sont dispensés de légalisation par une convention bilatérale ; ils sont traduits en français.

Le certificat successoral européen circule entre les États membres liés par le règlement ; au Royaume-Uni, les biens se transmettent selon la procédure du grant of probate ou des letters of administration. Nous coordonnons notre calendrier avec celui du solicitor chargé des biens britanniques, notamment pour la déclaration de l'Inheritance Tax, qui mentionne les droits payés en France.

Préparer sa transmission quand on vit au Royaume-Uni

Un résident britannique qui possède un bien en France a intérêt à relire son testament avec un double regard : le choix éventuel de la loi de sa nationalité, la désignation des bénéficiaires du bien français et la protection du conjoint, qui dépend de la loi applicable. Un testament unique peut couvrir les biens des deux pays, ou deux testaments coordonnés, chacun respectant la forme de son pays.

Nous examinons avec vous la loi applicable, le montant des droits français selon le lien de parenté et le lieu de résidence des héritiers, puis nous transmettons à votre solicitor les éléments dont il a besoin. Notre guide sur le testament et les biens dans plusieurs pays expose les formes possibles.

Exemple chiffré

Une maison en Eure-et-Loir transmise par une mère installée à Londres

Claire, de nationalité française, vivait à Londres depuis 2005 et y est décédée en 2026. Elle laisse une maison près de Nogent-le-Rotrou estimée à 350 000 € et un appartement à Londres. Son fils unique, Thomas, habite Londres depuis plus de dix ans.

Biens imposables en France (défunte et héritier domiciliés au Royaume-Uni)
Maison en France : 350 000 €
Abattement en ligne directe
100 000 €
Part taxable
250 000 €
Droits français (barème en ligne directe)
48 194,35 €
Inheritance Tax britannique
Calculée sur la maison et l'appartement, Claire étant résidente de long terme
Crédit accordé par le Royaume-Uni (article VI de la convention)
Droits français, dans la limite de l'impôt britannique afférent à la maison

Thomas paie 48 194,35 € en France, puis l'administration britannique les déduit de l'impôt dû sur la maison. S'il avait vécu en France six des dix dernières années, la France aurait aussi taxé l'appartement de Londres, en imputant l'Inheritance Tax payée sur ce bien.

Questions fréquentes

Mon testament anglais vaut-il pour ma maison en France ?

Oui pour la forme, dès lors qu'il respecte la loi du lieu de signature, de votre nationalité ou de votre domicile. Son contenu s'applique selon la loi qui régit la succession : la loi anglaise en principe, sous réserve du renvoi à la loi française pour l'immeuble et de la protection des enfants prévue par l'article 913 du Code civil. Nous relisons votre testament avant tout décès pour en mesurer les effets en France.

Je vis en France et j'hérite de ma mère installée à Londres : que paie-t-on en France ?

Si vous étiez domicilié en France au moins six des dix années précédentes, la France impose tout ce que vous recevez, y compris les biens britanniques, après l'abattement de 100 000 €. L'Inheritance Tax payée au Royaume-Uni sur les biens qui y sont situés s'impute sur l'impôt français afférent à ces biens (article 784 A du Code général des impôts).

Le certificat successoral européen peut-il servir au Royaume-Uni ?

Le certificat circule entre les États membres liés par le règlement européen, cadre que le Royaume-Uni a quitté avec l'Union. Les banques et registres britanniques demandent un grant of probate ou des letters of administration. En France, nous établissons l'acte de notoriété, qui prouve la qualité d'héritier pour les biens français ; notre guide sur le certificat successoral européen présente son usage entre États membres.

Faut-il déposer une déclaration de succession en France si le défunt vivait au Royaume-Uni ?

Oui, dès qu'un bien situé en France, ou un héritier domicilié en France, rend la succession imposable en France. Le délai est de douze mois à compter du décès lorsque celui-ci est survenu hors de France. Nous préparons la déclaration à partir de l'estimation du bien et des pièces britanniques, et vous la signez par procuration à distance.

Donner la maison de mon vivant évite-t-il l'impôt britannique ?

La donation supporte les droits français au jour de l'acte. Au Royaume-Uni, elle échappe à l'Inheritance Tax si vous vivez encore sept ans ; dans le cas contraire, elle est réintégrée à votre succession, avec un crédit unilatéral pour l'impôt français. La décision se prend donc avec votre conseil britannique, au vu de votre âge et de la valeur du bien.

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Sources

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