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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

International

Français résidant à l'étranger : sa succession et ses biens restés en France

Vous vivez hors de France et possédez une maison, un appartement ou des comptes en France : quelle loi réglera votre succession, quels droits vos héritiers paieront en France et comment préparer la transmission.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Pour un décès survenu depuis le 17 août 2015, le règlement européen n° 650/2012 soumet toute la succession à la loi de l'État de votre dernière résidence habituelle, même situé hors de l'Union, sauf si vous avez choisi par testament la loi de votre nationalité.
  • Un Français expatrié peut donc désigner la loi française dans son testament : elle régira alors l'ensemble de ses biens, en France et à l'étranger, avec la réserve héréditaire des enfants.
  • Lorsque le défunt est domicilié fiscalement hors de France, la France taxe les biens situés en France et, pour l'héritier domicilié en France au moins six ans au cours des dix dernières années, les biens situés à l'étranger (article 750 ter du Code général des impôts).
  • Lorsque le décès survient à l'étranger, la déclaration de succession est déposée dans les douze mois auprès du service des impôts des non-résidents, avec les abattements applicables aux résidents.

Deux questions distinctes : la loi civile et l'impôt

La succession d'un Français installé à l'étranger soulève deux questions indépendantes. La première est civile : quelle loi désigne les héritiers, fixe leurs parts, protège les enfants par une réserve et règle les droits du conjoint ? La seconde est fiscale : quels États perçoivent des droits de succession, et sur quels biens ? La réponse civile relève du règlement européen sur les successions ; la réponse fiscale, du droit de chaque État et des conventions fiscales.

Les deux réponses peuvent diverger. Une succession peut être réglée selon la loi du pays de résidence tout en étant taxée en France pour la maison de famille située en Eure-et-Loir, et parfois taxée deux fois lorsque l'État de résidence impose lui aussi l'ensemble du patrimoine. Préparer sa succession depuis l'étranger consiste d'abord à connaître ces deux réponses pour sa situation propre.

Quelle loi réglera votre succession ?

Le règlement (UE) n° 650/2012 s'applique aux décès survenus depuis le 17 août 2015 dans tous les États membres, à l'exception du Danemark et de l'Irlande. Il retient une loi unique pour l'ensemble de la succession, meubles et immeubles : celle de l'État où le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès (article 21). Sa portée est universelle : la loi désignée s'applique même lorsqu'il s'agit de celle d'un État tiers, comme les États-Unis, le Canada ou les Émirats arabes unis.

La résidence habituelle résulte d'une appréciation d'ensemble : durée et régularité du séjour, lieu de vie de la famille, centre des intérêts. Le considérant 24 du règlement évoque le cas de la personne partie travailler à l'étranger, parfois pour longtemps, tout en gardant des liens étroits et stables avec son pays d'origine ; sa résidence habituelle peut alors rester dans ce pays. Un expatrié en mission de quelques années et un retraité installé définitivement au Portugal relèvent donc souvent de lois différentes.

Lorsque la loi désignée est celle d'un État tiers, ses propres règles de conflit peuvent renvoyer à une autre loi, par exemple à la loi du lieu de situation pour les immeubles ; l'article 34 du règlement admet ce renvoi dans certains cas, ce qui peut conduire à appliquer la loi française à une maison située en France. Notre guide sur la succession internationale et le règlement européen présente ces mécanismes en détail.

Choisir la loi française par testament

L'article 22 du règlement permet de choisir, pour toute la succession, la loi de l'État dont on possède la nationalité au moment du choix ou du décès. Un Français établi à l'étranger peut ainsi désigner la loi française, qui s'appliquera à tous ses biens, où qu'ils se trouvent, quel que soit son lieu de résidence au jour du décès. Le choix doit être exprès, dans un testament, ou résulter clairement de ses termes.

Ce choix emporte toutes les règles françaises : réserve héréditaire des enfants, droits du conjoint survivant, possibilité de lui consentir une donation entre époux. Il apporte de la prévisibilité aux familles appelées à changer plusieurs fois de pays. Il doit être coordonné avec les biens situés à l'étranger, car certains États tiers appliquent leur propre loi aux immeubles situés sur leur territoire.

Avant la succession, le régime matrimonial détermine ce qui appartient au conjoint survivant : pour des époux mariés ou installés à l'étranger, sa loi se détermine selon des règles propres, exposées dans notre guide sur le régime matrimonial des couples internationaux. Le testament, reçu par un notaire français lors d'un séjour ou établi dans le pays de résidence selon une forme reconnue, gagne à être inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés ; notre guide sur le testament et les biens situés dans plusieurs pays en explique la rédaction.

Les droits de succession dus en France : l'article 750 ter

La fiscalité échappe au règlement européen. L'article 750 ter du Code général des impôts distingue trois situations. Lorsque le défunt avait son domicile fiscal en France, tous ses biens, en France et à l'étranger, sont taxables. Lorsqu'il était domicilié hors de France, seuls les biens situés en France le sont : immeubles, comptes et créances sur des débiteurs établis en France, valeurs mobilières françaises, ainsi que les parts de sociétés dont l'actif est principalement constitué d'immeubles situés en France.

Une troisième règle vise l'héritier : lorsqu'il est domicilié en France au jour du décès et l'a été pendant au moins six années au cours des dix dernières, les biens situés à l'étranger qu'il reçoit sont aussi taxables en France, même si le défunt vivait hors de France. Deux enfants d'un même parent expatrié peuvent ainsi être taxés sur des assiettes différentes selon leur lieu de vie.

Le calcul suit les règles des résidents : abattement de 100 000 € par enfant, exonération du conjoint et du partenaire de PACS, barème progressif. L'impôt payé à l'étranger sur les biens qui y sont situés s'impute sur l'impôt français afférent à ces biens (article 784 A). La France a conclu des conventions fiscales en matière de successions avec un nombre limité d'États, dont l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis ; elles peuvent modifier la répartition. Le barème figure dans notre guide sur les droits de succession.

Au décès : ce que fait le notaire pour les biens situés en France

Quelle que soit la loi applicable, le transfert d'un immeuble situé en France aux héritiers passe par une attestation de propriété établie par un notaire français et publiée au service de la publicité foncière. Le notaire établit aussi l'acte de notoriété, applique la loi successorale désignée, au besoin à l'aide d'un certificat de coutume, obtient le déblocage des comptes ouverts en France et dépose la déclaration de succession.

Lorsque le défunt était domicilié à l'étranger, la déclaration est déposée auprès du service des impôts des non-résidents, à Noisy-le-Grand, dans les six mois du décès s'il est survenu en France métropolitaine et dans les douze mois s'il est survenu à l'étranger. Elle est inutile lorsque l'actif brut est inférieur à 50 000 € pour les enfants, le conjoint ou le partenaire de PACS, sous conditions, et à 3 000 € pour les autres héritiers.

Les héritiers qui vivent eux aussi à l'étranger signent l'acte de notoriété, l'attestation de propriété et la déclaration par procuration notariée établie à distance, comme l'explique notre guide sur l'héritier résidant à l'étranger. Le certificat successoral européen, délivré par le notaire, leur permet de prouver leurs droits dans les autres États liés par le règlement.

Préparer sa succession depuis l'étranger

Une préparation utile commence par un inventaire : biens situés en France et à l'étranger, mode de détention, en direct, par une SCI ou en indivision, contrats d'assurance vie et désignation de leurs bénéficiaires. Elle se poursuit par l'analyse de la loi applicable au régime matrimonial et à la succession, puis par le choix éventuel de la loi française et la rédaction d'un testament cohérent avec les biens détenus dans chaque pays.

Les donations consenties de son vivant permettent d'utiliser les abattements, renouvelables tous les quinze ans, et de transmettre un bien situé en France sans attendre le décès ; notre guide sur la donation entre la France et l'étranger en présente la fiscalité. Le régime des contrats d'assurance vie dépend du domicile de l'assuré et du bénéficiaire, et mérite un examen séparé.

Pensez enfin à informer vos proches de l'existence du testament et du notaire qui le conserve, et à tenir à jour la liste de vos comptes et contrats. Nous recevons ces rendez-vous en visioconférence, à un horaire adapté au fuseau horaire du pays de résidence, et la procuration à distance permet de signer les actes de donation sans se déplacer.

Exemple chiffré

Droits dus en France par deux enfants d'un parent installé à Dubaï

Marc, veuf, de nationalité française, vit à Dubaï depuis 2015 et y a son domicile fiscal. Il a désigné la loi française dans un testament reçu à Chartres. Il laisse deux enfants à parts égales : Julie, qui vit à Lyon depuis toujours, et Paul, installé à Londres depuis douze ans. Son patrimoine comprend une maison à Chartres de 380 000 €, un compte bancaire en France de 40 000 € et un appartement à Dubaï de 300 000 €. Dans l'exemple, aucun impôt n'est acquitté hors de France.

Biens situés en France
420 000 €, soit 210 000 € par enfant
Paul, domicilié à Londres : part taxable en France
210 000 € − 100 000 € = 110 000 €
Droits dus par Paul
20 194 €
Julie, domiciliée en France depuis plus de six ans : biens étrangers ajoutés
150 000 €
Julie : part taxable en France
360 000 € − 100 000 € = 260 000 €
Droits dus par Julie
50 194 €

À parts égales, Julie paie 30 000 € de plus que son frère, parce qu'elle réside en France : sa part de l'appartement de Dubaï entre dans l'assiette française. Une donation anticipée, un partage organisé par testament ou une répartition différente des biens se préparent en tenant compte de cet écart.

Questions fréquentes

Mon testament rédigé à l'étranger est-il valable en France ?

La convention de La Haye du 5 octobre 1961 admet largement la validité d'un testament en la forme : il suffit qu'il respecte la loi du lieu où il a été rédigé, celle de votre nationalité, de votre domicile ou de votre résidence. Un testament rédigé à l'étranger peut donc produire effet en France. Le choix de la loi française doit toutefois y figurer expressément, et le document doit pouvoir être retrouvé au décès.

Mon conjoint paiera-t-il des droits sur notre maison en France ?

Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession en France. Leurs droits civils dépendent en revanche de la loi applicable à la succession et, avant elle, du régime matrimonial, qui détermine la part de la maison qui leur appartient déjà. L'État de résidence peut aussi taxer le conjoint selon ses propres règles.

Je ne possède en France qu'un compte bancaire : une déclaration est-elle nécessaire ?

Le compte ouvert dans une banque établie en France constitue un bien français taxable. La déclaration est inutile lorsque l'actif brut transmis est inférieur à 50 000 € pour les enfants et le conjoint, sous conditions, ou à 3 000 € pour les autres héritiers. Pour débloquer le compte, la banque demande un acte de notoriété ou, lorsque le solde est modeste, une attestation signée par les héritiers.

Quel notaire mes héritiers doivent-ils consulter ?

Tout notaire français peut régler la partie française de la succession ; les héritiers choisissent librement, souvent le notaire qui détient le testament ou celui du lieu où se trouve la maison. Pour les biens situés hors de France, le notaire travaille avec un confrère ou un avocat du pays concerné, afin que les formalités françaises et étrangères concordent.

Mes enfants peuvent-ils être privés de leur réserve par une loi étrangère ?

Certaines lois étrangères ignorent la réserve héréditaire. Depuis le 1er novembre 2021, lorsque le défunt ou l'un de ses enfants est ressortissant d'un État membre ou y réside, chaque enfant privé de réserve peut exercer un prélèvement compensatoire sur les biens situés en France (article 913 du Code civil). Le choix de la loi française par testament évite cette situation.

Premier rendez-vous

Vous vivez hors de France ?

Nous vous recevons en visioconférence et recueillons votre signature à distance.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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