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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Rachat de soulte lors d'un divorce : calcul, financement et frais

Comment se calcule la somme due à l'ex-conjoint pour conserver la maison, comment la financer et ce que coûte l'opération.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La soulte est la somme que verse l'époux qui reçoit plus que sa part pour rétablir l'égalité du partage.
  • Pour une maison commune, elle se calcule sur la valeur nette du bien, prêt restant dû déduit, en tenant compte des autres biens partagés et des éventuelles récompenses.
  • Le financement passe le plus souvent par un prêt ; les banques appliquent la norme du Haut Conseil de stabilité financière : taux d'effort de 35 % au plus et durée de 25 ans au plus.
  • Réalisé par acte de partage, le rachat supporte le droit de partage de 1,1 % sur l'actif net partagé.

Qu'est-ce qu'une soulte ?

Le partage attribue des biens à chacun en fonction de ses droits. Comme une maison ne se découpe pas, l'époux qui la reçoit obtient souvent un lot d'une valeur supérieure à ses droits : il verse alors à l'autre une somme d'argent, la soulte, qui rétablit l'égalité. On parle couramment de « rachat de soulte », alors que l'époux rachète en réalité la part de son conjoint.

La soulte se distingue d'un prix de vente : juridiquement, l'opération reste un partage. Elle est soumise au droit de partage de 1,1 %, n'entraîne pas d'imposition de la plus-value entre les époux, et l'époux attributaire est réputé avoir toujours été propriétaire du bien depuis son acquisition. Le cadre général figure dans notre guide sur le partage des biens après un divorce.

Le calcul pas à pas

Dans le cas le plus simple, un seul bien commun partagé par moitié et un époux qui reprend le prêt, la formule tient en une ligne : soulte = (valeur du bien − capital restant dû) ÷ 2. Une maison de 300 000 € grevée d'un prêt de 120 000 € donne ainsi une soulte de 90 000 €.

Le calcul s'enrichit dès que le couple possède d'autres biens ou que des comptes existent entre les époux. La soulte correspond alors à la différence entre la valeur du lot attribué et les droits de l'attributaire, calculés sur l'ensemble de la masse à partager. Les récompenses modifient ces droits : un époux qui a financé avec ses fonds propres une partie de la maison commune a droit à une récompense, qui réduit d'autant la soulte qu'il doit ou augmente celle qu'il reçoit. Notre guide sur les récompenses en détaille le calcul.

Pour des époux séparés de biens, le calcul part des quotes-parts indiquées dans l'acte d'achat, 50/50 ou 60/40 par exemple, puis intègre les créances entre époux lorsque l'un a remboursé seul une part du prêt de l'autre. Le guide sur le divorce en séparation de biens détaille ces créances et leur évaluation.

  • Évaluer le bien à sa valeur actuelle.
  • Déduire le capital restant dû à la date du partage, d'après le décompte de la banque.
  • Ajouter les autres biens à partager et déduire les autres dettes.
  • Intégrer les récompenses ou créances entre époux.
  • Calculer les droits de chacun, puis la différence entre le lot attribué et ces droits.

Quelle valeur retenir pour la maison ?

La valeur est celle du marché à la date du partage. Les époux la fixent d'un commun accord, en s'appuyant sur une ou plusieurs estimations : avis de valeur du notaire, estimation d'agent immobilier, expertise en cas de désaccord. Les données des ventes récentes publiées par l'administration fiscale permettent de situer le bien par rapport aux transactions de la commune, à Chartres, Lucé, Mainvilliers ou dans les villages de la Beauce.

Une valeur sous-estimée avantage l'époux qui garde le bien et expose l'acte à un redressement fiscal, puisque le droit de partage est calculé sur des valeurs réelles. Une valeur surestimée l'oblige à emprunter davantage. Dans les deux cas, l'équilibre du partage peut être remis en cause, ce qui justifie une évaluation documentée.

Financer la soulte

L'époux qui garde la maison doit généralement financer deux montants : la soulte et le prêt en cours, dont la banque exige soit la reprise à son seul nom, soit le remboursement. La reprise se fait par avenant, lorsque la banque accepte de libérer l'autre époux ; le rachat consiste à rembourser le prêt existant grâce à un nouveau prêt qui finance aussi la soulte. Notre guide sur la désolidarisation du crédit immobilier compare ces solutions.

Les banques appliquent la norme du Haut Conseil de stabilité financière, en vigueur depuis le 1er janvier 2022 : les mensualités de crédit, assurance comprise, ne doivent pas dépasser 35 % des revenus, et la durée du prêt 25 ans, avec une marge de dérogation limitée. Pour un emprunteur seul, ce plafond est souvent l'obstacle principal : une simulation bancaire avant la négociation évite de bâtir un accord impossible à financer.

D'autres ressources peuvent compléter le prêt : épargne personnelle, don familial, part de l'épargne commune attribuée à l'autre époux en déduction de la soulte. Les époux peuvent aussi convenir d'un paiement différé, garanti par une hypothèque sur le bien, ou compenser la soulte avec une prestation compensatoire due par l'autre époux, ce que présente notre guide sur la prestation compensatoire en capital.

Les frais de l'opération

Réalisé par acte de partage, le rachat supporte le droit de partage de 1,1 % sur l'actif net partagé, et non sur la seule soulte. S'y ajoutent les émoluments du notaire, calculés sur l'actif brut selon le barème national, la contribution de sécurité immobilière de 0,10 % de la valeur de l'immeuble, et les frais de formalités.

Le financement génère ses propres coûts : frais de dossier bancaire, frais de garantie du nouveau prêt, caution ou hypothèque, et, en cas de remboursement anticipé de l'ancien prêt, des indemnités plafonnées par le Code de la consommation dont le montant dépend du contrat. Le rachat de la part de l'autre peut aussi prendre la forme d'une licitation, taxée à 2,5 % sur les droits acquis : nous comparons les deux formules avant la signature.

Sécuriser le calendrier

Dans un divorce par consentement mutuel, l'acte de partage est signé avant la convention de divorce. Le financement doit donc être acquis à cette date : l'offre de prêt ne peut être acceptée que dix jours après sa réception, et les fonds doivent être disponibles à l'étude le jour de la signature. Nous coordonnons ces étapes avec la banque et les avocats pour fixer une date réaliste.

Dans un divorce judiciaire, l'acte peut être signé pendant la procédure ou après le jugement. Entre-temps, l'époux qui occupe seul la maison peut devoir une indemnité d'occupation, qui s'impute sur la soulte au moment du partage. Le guide sur le logement pendant la procédure explique ce calcul.

Exemple chiffré

Julie garde la maison de Lèves

Julie et Marc, mariés sans contrat, possèdent une maison commune estimée 280 000 €, avec un prêt restant dû de 90 000 €, et 10 000 € sur un compte commun. Julie garde la maison, Marc reçoit le compte. La banque refuse la reprise du prêt par avenant : Julie contracte un nouveau prêt qui rembourse l'ancien et finance la soulte.

Actif net partagé (280 000 + 10 000 − 90 000)
200 000 €
Droits de chacun
100 000 €
Lot de Julie : maison nette de prêt (280 000 − 90 000)
190 000 €
Soulte due à Marc (190 000 − 100 000)
90 000 €
Nouveau prêt de Julie (soulte + remboursement de l'ancien prêt)
180 000 €
Mensualité sur 25 ans à un taux hypothétique de 3,5 %, hors assurance
901 €
Revenu mensuel minimal pour un taux d'effort de 35 %
environ 2 575 €, assurance en sus
Droit de partage (1,1 % × 200 000 €)
2 200 €
Émoluments du notaire (barème sur 290 000 €)
3 391,18 € HT, soit 4 069,42 € TTC

Marc reçoit 100 000 € au total : 10 000 € d'épargne et 90 000 € de soulte. Julie doit justifier d'un revenu suffisant pour un prêt de 180 000 €, et non de 90 000 € : c'est le point à vérifier avec la banque avant toute négociation.

Refaire le calcul avec vos chiffres : soulte

Questions fréquentes

La soulte se calcule-t-elle sur le prix d'achat ou sur la valeur actuelle ?

Sur la valeur actuelle du bien, à la date la plus proche possible du partage. Si la maison a pris de la valeur depuis l'achat, les deux époux profitent de cette hausse ; si elle en a perdu, ils en supportent ensemble la baisse. Le prix d'achat sert seulement au calcul d'éventuelles récompenses et d'une plus-value future.

Faut-il tenir compte des mensualités que j'ai payées seul depuis la séparation ?

Oui. Les échéances du prêt remboursées par un seul époux après la date des effets du divorce lui ouvrent une créance contre l'indivision, qui s'ajoute à ses droits. À l'inverse, s'il occupe seul la maison, il peut devoir une indemnité d'occupation. Les deux comptes se règlent dans l'acte de partage et modifient le montant de la soulte.

Mon ex-conjoint peut-il refuser que je garde la maison ?

Le partage amiable suppose l'accord des deux époux. À défaut, le juge peut accorder une attribution préférentielle, en tenant compte notamment de la résidence des enfants et de la capacité de l'attributaire à payer la soulte, normalement comptant sauf accord contraire. Le guide maison et divorce présente les solutions en cas de blocage.

Peut-on payer la soulte en plusieurs fois ?

Oui, si les deux époux l'acceptent. L'acte fixe alors l'échéancier, les éventuels intérêts ou l'indexation, et une garantie sur le bien, en particulier l'hypothèque légale du copartageant, qui protège l'époux créancier en cas de vente ou de défaillance. Cette solution évite ou réduit le recours à un nouveau prêt.

Un don de mes parents peut-il financer la soulte ?

Oui. Un don de somme d'argent reçu par l'un des époux peut compléter le financement ; il lui reste personnel. Chaque parent peut donner à chaque enfant jusqu'à 100 000 € tous les quinze ans sans droits, grâce à l'abattement en ligne directe, sous réserve des donations antérieures. Le don familial exonéré pour l'achat d'un logement neuf ou des travaux de rénovation énergétique obéit à des conditions précises, décrites dans notre guide sur le don familial pour un logement.

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Sources

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