L'essentiel
- Jusqu'à la demande en divorce, la jouissance du logement conjugal par un seul époux reste gratuite, sauf décision contraire du juge (article 262-1 du Code civil).
- Pendant la procédure, le juge attribue la jouissance du logement à l'un des époux et précise si elle est gratuite ou donne lieu à une indemnité (article 255, 4°).
- L'indemnité d'occupation se calcule en général sur la valeur locative, diminuée d'un abattement pour précarité, et se règle au moment du partage (article 815-9).
- Son recouvrement est soumis à une prescription de cinq ans (article 815-10) ; le procès-verbal de difficultés dressé par le notaire l'interrompt.
Avant la demande en divorce
Tant que les époux sont mariés, le logement de la famille est protégé : aucun des deux ne peut le vendre, le louer ou résilier le bail sans l'accord de l'autre, même lorsque le bien lui appartient en propre (article 215, alinéa 3 du Code civil). Celui qui quitte le domicile conserve ses droits de propriétaire sur un bien commun ou indivis ; son départ ne vaut pas renonciation.
L'article 262-1 du Code civil prévoit que la jouissance du logement conjugal par un seul des époux conserve un caractère gratuit jusqu'à la demande en divorce, sauf décision contraire du juge. La période qui précède l'assignation ou la requête conjointe ne donne donc en principe lieu à aucune indemnité d'occupation. Les époux restent tenus de contribuer aux charges du mariage selon leurs facultés respectives, ce qui inclut le remboursement du prêt de la résidence familiale.
L'attribution de la jouissance par le juge
Lors de l'audience d'orientation et sur mesures provisoires, le juge peut attribuer à l'un des époux la jouissance du logement et du mobilier du ménage, ou partager entre eux cette jouissance, en précisant son caractère gratuit ou non (article 255, 4°). Il statue quel que soit le propriétaire du bien, commun, indivis ou propre à l'un des époux. Il tient compte notamment de la résidence des enfants, des ressources de chacun et des possibilités de relogement.
La jouissance gratuite est souvent accordée au titre du devoir de secours, comme une modalité de la pension alimentaire entre époux : l'occupant ne devra rien pour cette période. La jouissance onéreuse, à l'inverse, fait naître une indemnité d'occupation qui sera comptée lors du partage. La précision figure dans l'ordonnance ; en cas de doute, les avocats demandent au juge de la préciser. Le déroulement de la procédure figure dans notre guide sur le divorce judiciaire.
En cas de violences, le juge aux affaires familiales peut aussi, dans le cadre d'une ordonnance de protection, attribuer la jouissance du logement à l'époux qui n'en est pas l'auteur, y compris en urgence et avant toute procédure de divorce. Cette mesure provisoire s'articule ensuite avec les décisions prises dans l'instance en divorce, sur le logement comme sur les enfants.
Le calcul de l'indemnité d'occupation
L'indivisaire qui use ou jouit privativement de la chose indivise est, sauf convention contraire, redevable d'une indemnité (article 815-9, alinéa 2 du Code civil). Pour un bien commun, la règle s'applique à partir de la date des effets du divorce entre les époux, lorsque la communauté devient une indivision post-communautaire, et jusqu'au partage ou jusqu'à la libération des lieux.
Le montant se fonde sur la valeur locative du bien, c'est-à-dire le loyer qu'il pourrait produire sur le marché local. Les juridictions appliquent en général un abattement pour tenir compte de la précarité de l'occupation, l'occupant ne bénéficiant d'aucune des protections d'un locataire ; cet abattement est souvent compris entre 15 et 30 %. L'indemnité est due à l'indivision, et non directement à l'autre époux : elle augmente la masse à partager, dont l'autre époux reçoit sa part.
L'occupation privative suppose que l'autre époux ne puisse plus accéder au bien : changement de serrure, conservation exclusive des clés, présence des effets personnels d'un seul. Une maison inoccupée dont chacun a les clés ne donne pas lieu à indemnité. La même règle s'applique à une résidence secondaire commune dont l'un des époux se réserve l'usage exclusif.
Qui paie le prêt, la taxe foncière et les travaux ?
Les dépenses de l'indivision suivent des règles distinctes de l'indemnité d'occupation. L'époux qui rembourse seul les échéances du prêt ayant financé le bien indivis expose une dépense nécessaire à sa conservation : il dispose d'une créance contre l'indivision, sur le fondement de l'article 815-13 du Code civil. La taxe foncière et l'assurance du propriétaire relèvent de l'indivision ; les charges courantes, l'entretien et la taxe d'habitation éventuelle incombent à l'occupant.
Les travaux d'amélioration financés par un seul époux lui ouvrent droit à une indemnité tenant compte de la plus-value procurée au bien. Ces comptes se compensent avec l'indemnité d'occupation lors du partage : payer seul le prêt ne dispense pas de l'indemnité, et devoir une indemnité n'efface pas la créance née du remboursement du prêt. Conserver les justificatifs de chaque paiement facilite ces calculs, que nous intégrons à l'état liquidatif présenté dans notre guide sur la liquidation du régime matrimonial.
Prescription : un délai de cinq ans
Aucune recherche relative aux fruits et revenus de l'indivision, ce qui inclut l'indemnité d'occupation, n'est recevable plus de cinq ans après la date à laquelle ils ont été perçus ou auraient pu l'être (article 815-10 du Code civil). Une occupation qui dure sept ans avant le partage expose donc l'époux non occupant, s'il n'a accompli aucun acte interruptif, à perdre les deux premières années d'indemnité.
La Cour de cassation juge que le procès-verbal de difficultés, dressé par le notaire chargé de la liquidation et reprenant la réclamation de l'époux créancier, interrompt ce délai. Formuler la demande tôt, dans le projet d'état liquidatif ou devant le juge, protège les droits de chacun. Le guide sur le projet d'état liquidatif présente ce procès-verbal.
Logement loué ou bien propre de l'un des époux
Lorsque le couple est locataire, le bail du logement familial appartient aux deux époux, quel que soit celui qui l'a signé (article 1751 du Code civil). En cas de divorce, le juge peut attribuer le droit au bail à l'un d'eux, en considération des intérêts sociaux et familiaux en cause ; la décision s'impose au bailleur.
Lorsque la maison appartient en propre à l'un des époux, l'autre peut en obtenir la jouissance pendant la procédure. Après le divorce, le juge peut la lui concéder à bail s'il exerce l'autorité parentale et que les enfants y résident habituellement, en fixant la durée du bail, renouvelable jusqu'à la majorité du plus jeune (article 285-1). Le sort définitif de la maison commune est examiné dans notre guide maison et divorce.
Exemple chiffré
Indemnité d'occupation et prêt payé par l'occupante
Céline occupe seule avec les enfants la maison commune de Chartres depuis la demande en divorce. Le juge a précisé que la jouissance serait onéreuse. La valeur locative est de 1 200 € par mois. Céline rembourse seule le prêt, soit 800 € par mois. Le partage est signé 24 mois après la demande.
- Indemnité mensuelle (1 200 € − abattement de 20 %)
- 960 €
- Indemnité due par Céline à l'indivision sur 24 mois
- 23 040 €
- Part revenant à Laurent (moitié)
- 11 520 €
- Échéances payées seule par Céline sur 24 mois
- 19 200 €
- Part à la charge de Laurent (moitié)
- 9 600 €
- Solde net en faveur de Laurent
- 1 920 €
Les deux comptes se compensent largement. En omettant la créance de Céline, Laurent recevrait 9 600 € de trop ; en omettant l'indemnité, Céline occuperait gratuitement un bien dont la moitié appartient à Laurent.
Refaire le calcul avec vos chiffres : indemnité d'occupation
Questions fréquentes
Je suis parti du domicile : ai-je perdu mes droits sur la maison ?
Vos droits de propriétaire restent intacts : un bien commun ou indivis reste partagé selon les droits de chacun. Il est utile de dater précisément le départ, qui peut servir à demander le report des effets du divorce à la date de la séparation, et de conserver les justificatifs de vos paiements.
L'indemnité d'occupation est-elle payée chaque mois ?
En général, non. Elle s'accumule pendant la procédure et se règle lors du partage, par imputation sur les droits de l'occupant. Les époux peuvent toutefois convenir d'un versement mensuel, ou le juge peut en décider autrement. Le montant final figure dans l'état liquidatif.
La jouissance gratuite accordée par le juge dure-t-elle jusqu'au partage ?
La gratuité accordée au titre du devoir de secours prend fin lorsque le divorce devient définitif, avec le devoir de secours lui-même. À partir de cette date, l'occupant d'un bien indivis devient redevable d'une indemnité, sauf accord contraire des ex-époux. Il faut en tenir compte si le partage tarde.
Peut-on changer les serrures pendant le divorce ?
Seul l'époux qui s'est vu attribuer la jouissance du logement par le juge peut en interdire l'accès à l'autre. Avant cette décision, changer les serrures d'un bien commun prive l'autre de l'accès et peut caractériser une jouissance privative, source d'indemnité. Les avocats peuvent saisir le juge en urgence si la situation l'exige.
Que se passe-t-il si l'occupant ne paie plus le prêt ?
La banque peut réclamer les échéances aux deux époux, co-emprunteurs solidaires. L'époux qui paie à la place de l'autre dispose d'une créance, prise en compte au partage. Le guide sur la désolidarisation du crédit présente les solutions pour sortir de cette solidarité.
Peut-on réclamer une indemnité pour la période qui précède la demande en divorce ?
En principe, non. L'article 262-1 du Code civil prévoit que la jouissance du logement conjugal par un seul époux reste gratuite jusqu'à la demande en divorce, sauf décision contraire du juge. Cette règle vaut même lorsque les effets du divorce sont reportés à la date de la séparation : une indemnité pour la période antérieure à la demande doit donc être sollicitée devant le juge, qui apprécie la situation. Notre guide sur la date des effets du divorce détaille ce report.
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Sources
- Congrès des notaires 2020, la protection du logement lors du divorce et de la séparation de corps
- Code civil, article 262-1 (Légifrance)
- Code civil, article 255 (Légifrance)
- Actu-Juridique, le procès-verbal de difficultés interrompt la prescription de l'article 815-10
- Service-public.gouv.fr, divorce judiciaire : procédure