L'essentiel
- Les titres d'une société ou l'entreprise individuelle transmis par donation ou par décès sont exonérés de droits à hauteur de 75 % de leur valeur (articles 787 B et 787 C du Code général des impôts).
- Il faut un engagement collectif de conservation d'au moins deux ans, portant sur 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote d'une société non cotée, puis un engagement individuel de chaque bénéficiaire, porté à six ans par la loi de finances pour 2026.
- L'un des signataires ou des bénéficiaires doit diriger la société pendant l'engagement collectif et pendant trois ans après la transmission.
- Une donation en pleine propriété consentie par un donateur de moins de 70 ans bénéficie en outre d'une réduction de 50 % des droits ; les abattements habituels, dont 100 000 € par parent et par enfant, s'appliquent en plus.
Le principe : 75 % de la valeur exonérée
Le dispositif issu de la loi Dutreil de 2003 allège le coût fiscal de la transmission des entreprises familiales. Lorsque les conditions sont réunies, les droits de donation ou de succession ne sont calculés que sur 25 % de la valeur des titres ou de l'entreprise individuelle transmis. Les abattements personnels s'appliquent ensuite sur cette base réduite, puis le barème habituel des droits de donation.
Le pacte concerne les sociétés, soumises à l'impôt sur les sociétés ou à l'impôt sur le revenu, qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, ainsi que les holdings animatrices. Les sociétés dont l'objet est la gestion d'un patrimoine mobilier ou immobilier, comme une SCI de location, en sont exclues. Pour une entreprise individuelle, l'article 787 C prévoit un régime voisin : le donateur doit l'avoir détenue depuis deux ans, et chaque bénéficiaire s'engage à conserver l'ensemble des biens affectés à l'exploitation.
L'engagement collectif de conservation
Le point de départ est un engagement collectif de conservation des titres, conclu pour au moins deux ans par le dirigeant avec d'autres associés, ou par lui seul lorsqu'il détient assez de titres : on parle alors d'engagement unilatéral. Pour une société non cotée, il porte sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote ; pour une société cotée, sur 10 % et 20 %. Il doit être en cours au jour de la transmission.
L'engagement est réputé acquis, sans formalité, lorsque les titres sont détenus depuis deux ans au moins par le donateur, seul ou avec son conjoint ou son partenaire de PACS, et que l'un d'eux exerce depuis plus de deux ans une fonction de direction dans la société. En cas de décès sans engagement préalable, les héritiers peuvent encore le souscrire entre eux dans les six mois qui suivent le décès.
L'engagement prend la forme d'un acte notarié ou d'un acte sous signature privée enregistré auprès de l'administration fiscale. Nous le rédigeons en même temps que la stratégie de transmission : conclu tôt, il permet de donner dès l'expiration des deux ans.
L'engagement individuel, porté à six ans en 2026
Chaque bénéficiaire de la transmission, donataire, héritier ou légataire, s'engage à conserver les titres reçus pendant six ans à compter de l'expiration de l'engagement collectif. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a porté cette durée de quatre à six ans. La durée applicable dépend de la date de la transmission : nous la vérifions dans chaque dossier, y compris pour les engagements en cours.
Cet engagement est pris dans l'acte de donation ou dans la déclaration de succession. Un manquement d'un bénéficiaire ne remet en cause que l'exonération dont il a lui-même profité : il doit alors les droits calculés sans l'exonération, avec l'intérêt de retard. Certaines opérations restent possibles pendant les engagements, sous conditions précises : apport des titres à une holding, fusion ou scission, cession entre signataires de l'engagement collectif.
La loi de finances pour 2026 a modifié d'autres aspects du dispositif. Avant toute transmission, nous vérifions avec l'expert-comptable la rédaction de l'article 787 B applicable au jour de l'acte, notamment pour les actifs de la société sans lien avec son activité.
La fonction de direction
Pendant toute la durée de l'engagement collectif et pendant les trois années qui suivent la transmission, l'un des signataires de l'engagement collectif ou l'un des bénéficiaires doit exercer dans la société son activité professionnelle principale, pour une société soumise à l'impôt sur le revenu, ou l'une des fonctions de direction énumérées par la loi, pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés : gérant de SARL, président de SAS, directeur général, président du conseil d'administration notamment.
Le donateur peut ainsi rester président trois ans après la donation, puis céder sa place à l'un de ses enfants. Cette souplesse permet d'organiser une transition progressive, le parent accompagnant le repreneur pendant les premières années. La fonction doit être réellement exercée, ce que l'administration vérifie à partir des procès-verbaux, des signatures et de l'organisation de la société.
Donner en pleine propriété avant 70 ans : la réduction de 50 %
Lorsque le donateur a moins de 70 ans et donne les titres en pleine propriété, les droits calculés après l'exonération de 75 % sont réduits de moitié (article 790 du Code général des impôts). Cette réduction se cumule avec l'exonération et avec les abattements, ce qui rend la transmission anticipée d'une entreprise peu coûteuse lorsqu'elle est préparée tôt.
La donation avec réserve d'usufruit reste possible sous le régime Dutreil : les droits portent alors sur la seule valeur de la nue-propriété, déterminée par le barème de l'article 669 du Code général des impôts, mais sans la réduction de 50 %. Les statuts doivent limiter les droits de vote de l'usufruitier aux décisions relatives à l'affectation des bénéfices. Notre guide sur le barème fiscal de l'usufruit permet de comparer les deux options.
Le donataire peut en outre demander le paiement différé puis fractionné des droits dus sur une donation d'entreprise en pleine propriété, dans les conditions de l'article 397 A de l'annexe III au Code général des impôts. Cette facilité de paiement évite de prélever sur la trésorerie de l'entreprise pour acquitter les droits.
Évaluer l'entreprise et sécuriser le dossier
L'exonération porte sur la valeur vénale des titres au jour de la transmission. Une évaluation sérieuse, établie par l'expert-comptable ou un évaluateur selon plusieurs méthodes, protège le dossier en cas de contrôle ; le guide d'évaluation des entreprises publié par la direction générale des finances publiques décrit les méthodes admises. Une sous-évaluation procure un gain minime, puisque 75 % de la valeur sont exonérés, et fragilise l'ensemble de l'opération.
Le respect des engagements se prouve par des attestations établies par la société et produites à l'administration à sa demande. Nous conservons à l'étude les engagements, les actes de donation et les pièces justificatives, et rappelons aux familles les dates d'échéance. Les points les plus souvent contrôlés concernent le caractère opérationnel de l'activité, l'effectivité de l'animation d'une holding et la continuité de la fonction de direction.
- Vérifier que l'activité opérationnelle est prépondérante, ou que la holding anime réellement ses filiales.
- Conclure ou constater l'engagement collectif et suivre sa date d'expiration.
- Faire évaluer les titres au jour de la donation.
- Désigner la personne qui exercera la fonction de direction pendant trois ans après la transmission.
- Prévoir dans l'acte les engagements individuels et, le cas échéant, le paiement différé et fractionné.
Le pacte Dutreil dans une transmission familiale
Le pacte Dutreil s'insère le plus souvent dans une donation-partage, qui fige la valeur des biens donnés et prévient les conflits entre enfants. Lorsque seul un enfant reprend l'entreprise, la donation-partage lui attribue les titres, attribue d'autres biens à ses frères et sœurs et, si besoin, met une soulte à sa charge. Le Code civil permet même d'y associer un repreneur extérieur à la famille. Ces solutions sont détaillées dans notre guide sur la transmission de l'entreprise aux enfants.
Le dispositif s'applique aussi aux titres d'une holding animatrice et, dans des conditions plus strictes, aux participations détenues indirectement. Pour les exploitations agricoles de Beauce et d'Eure-et-Loir, il se combine avec les régimes propres aux biens ruraux, présentés dans notre guide sur la transmission d'une exploitation agricole.
Exemple chiffré
Donation d'une entreprise de 2 millions d'euros à deux enfants
Philippe, 62 ans, dirige une SAS industrielle de la région chartraine, évaluée à 2 000 000 €. Un engagement collectif est en cours depuis plus de deux ans. Il donne la pleine propriété de toutes les actions à ses deux enfants, 1 000 000 € chacun, et reste président trois ans. Aucune donation antérieure. Calcul pour un enfant.
- Valeur reçue
- 1 000 000 €
- Exonération Dutreil de 75 %
- − 750 000 €
- Abattement parent-enfant
- − 100 000 €
- Base taxable
- 150 000 €
- Droits selon le barème en ligne directe
- 28 194 €
- Réduction de 50 % (donateur de moins de 70 ans)
- − 14 097 €
- Droits dus par enfant avec le pacte Dutreil
- 14 097 €
- Droits dus par enfant sans le pacte Dutreil
- 212 962 €
Pour les deux enfants, les droits passent d'environ 425 900 € à 28 200 €. En contrepartie, chacun doit conserver ses actions six ans après la fin de l'engagement collectif, et Philippe ou l'un des enfants doit diriger la société pendant trois ans. Les émoluments du notaire et les frais d'évaluation s'ajoutent.
Refaire le calcul avec vos chiffres : donation avec rappel fiscal
Questions fréquentes
Le pacte Dutreil s'applique-t-il à une SCI ?
Non lorsque la SCI gère un patrimoine immobilier, par exemple des biens loués nus : le dispositif est réservé aux activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles ou libérales. Une SCI qui détient les murs de l'entreprise familiale reste donc hors du pacte, alors que les titres de la société d'exploitation peuvent en bénéficier. Pour les SCI, la donation de parts obéit aux règles ordinaires.
Peut-on vendre l'entreprise après une donation sous pacte Dutreil ?
Une vente pendant les engagements fait perdre l'exonération au vendeur, qui doit les droits économisés, avec l'intérêt de retard. Certaines opérations restent admises, comme l'apport des titres à une holding sous conditions. Une fois les engagements expirés, les bénéficiaires peuvent vendre librement ; la plus-value se calcule alors à partir de la valeur retenue lors de la donation.
Mon engagement individuel dure-t-il quatre ou six ans ?
La loi de finances pour 2026, du 19 février 2026, a porté l'engagement individuel de quatre à six ans. La durée qui vous concerne dépend de la version de l'article 787 B applicable à la date de la donation ou du décès. Nous la vérifions dans chaque dossier, avec le calendrier des échéances qui en découle, et conservons à l'étude les pièces qui prouvent le respect des engagements.
Le pacte Dutreil joue-t-il aussi en cas de décès ?
Oui. Les titres transmis par succession bénéficient de l'exonération de 75 % si un engagement collectif était en cours ou réputé acquis au décès. À défaut, les héritiers peuvent le conclure dans les six mois qui suivent le décès. Chaque héritier prend ensuite l'engagement individuel dans la déclaration de succession, et la fonction de direction doit être assurée.
Mes enfants doivent-ils travailler dans l'entreprise ?
Non. La fonction de direction peut être exercée par un seul des signataires ou des bénéficiaires, y compris le donateur lui-même pendant les trois années qui suivent la donation. Les autres enfants peuvent rester simples associés, à condition de conserver leurs titres pendant la durée de leur engagement individuel.
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Sources
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, donation d'actions à un membre de la famille : pacte Dutreil (mise à jour du 21 février 2026)
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, donation de l'entreprise individuelle à un membre de la famille (article 787 C)
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, loi de finances pour 2026 : ce qui change pour les entreprises
- Code général des impôts, article 787 B (Légifrance)
- Direction générale des finances publiques, guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés
- Service-public.gouv.fr, droits de donation selon le lien avec le donateur