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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Plus-value et vente de la maison après la séparation : quand les ex-époux sont exonérés

La vente de l'ancienne maison familiale reste exonérée pour les deux ex-époux lorsque l'un d'eux l'a occupée jusqu'à la mise en vente. Rachat de part, location, délais : ce qui préserve ou fait perdre l'exonération.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La vente de la maison familiale après une séparation est exonérée de plus-value pour les deux ex-époux lorsque l'un d'eux l'a occupée jusqu'à sa mise en vente et que la vente intervient dans un délai normal.
  • Cette tolérance de l'administration figure au BOFiP (BOI-RFPI-PVI-10-40-10, § 260) ; elle vaut aussi pour les partenaires de PACS et les concubins qui se séparent.
  • Le rachat de la part de l'autre dans le cadre du partage ne dégage aucune plus-value : il supporte seulement le droit de partage de 1,1 %.
  • Une mise en location après le départ des deux ex-époux fait perdre l'exonération : la plus-value est alors taxée à 19 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, après abattements pour durée de détention.

La règle de départ : la résidence principale au jour de la vente

La plus-value réalisée lors de la vente de la résidence principale du vendeur est exonérée d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux (article 150 U, II, 1° du Code général des impôts). La condition s'apprécie au jour de la cession, c'est-à-dire à la signature de l'acte authentique. Il s'agit du logement où le vendeur réside habituellement et effectivement, pendant la majeure partie de l'année.

Une séparation rend cette condition délicate : l'un des époux quitte souvent la maison des mois, voire des années, avant la vente. Appliquée à la lettre, la règle le priverait de l'exonération pour sa moitié du prix. L'administration fiscale a donc admis un aménagement propre aux couples qui se séparent. Les principes généraux figurent dans notre guide sur l'exonération de la résidence principale.

L'époux qui a quitté la maison : la tolérance du BOFiP

Le BOFiP admet que le contribuable dont l'immeuble cédé ne constitue plus la résidence principale à la date de la cession bénéficie néanmoins de l'exonération, dès lors que le logement a été occupé par son ex-conjoint jusqu'à sa mise en vente et que la cession intervient dans les délais normaux de vente (BOI-RFPI-PVI-10-40-10, § 260).

L'ex-conjoint resté sur place doit d'abord y vivre, au titre de sa résidence principale, jusqu'à la mise en vente : mandat confié à une agence ou à l'étude, annonces, premières visites. La vente doit ensuite aboutir dans un délai normal, en principe un an au plus dans un marché ordinaire, apprécié selon l'état du marché local, le prix demandé et les diligences des vendeurs.

Le texte subordonne l'exonération à l'occupation par l'ex-conjoint, sans exiger une durée maximale entre le départ et la mise en vente. Les ex-époux qui restent quelque temps en indivision, l'un occupant la maison avec les enfants, conservent donc ce bénéfice, à condition de préserver cette occupation jusqu'à la mise en vente. Nous vérifions ce point avec vous avant de fixer le calendrier.

L'époux resté dans les lieux

L'ex-époux qui habite encore la maison le jour de la signature est exonéré au titre de sa propre résidence principale. S'il déménage entre la mise en vente et la signature, par exemple après avoir signé un compromis ou acheté un nouveau logement, l'exonération reste acquise si la vente intervient dans un délai normal, en principe d'un an, et si le logement n'a été ni loué ni occupé gratuitement par des proches ou des tiers entre son départ et la vente (BOFiP, même document, § 190).

Une mise en location temporaire, même de courte durée pour couvrir le prêt, fait perdre l'exonération aux deux ex-époux. Mieux vaut chiffrer l'impôt potentiel avant de louer : il dépasse souvent les loyers encaissés. Conservez aussi les preuves de l'occupation, avis d'impôt, factures, certificats de scolarité, et celles des démarches de vente.

Racheter la part de l'autre : un partage, sans plus-value

Lorsque l'un des ex-époux conserve la maison en versant une soulte, l'opération constitue un partage, que la loi fiscale traite différemment d'une vente. Les partages portant sur des biens provenant d'une indivision conjugale échappent à l'impôt sur la plus-value, soultes comprises, quel que soit le régime matrimonial (article 150 U, IV du CGI ; BOI-RFPI-PVI-10-40-100). L'ex-époux qui cède sa part ne paie donc aucun impôt sur la plus-value, même si la maison a fortement pris de la valeur.

L'acte de partage supporte le droit de partage de 1,1 % sur l'actif net partagé, avec la contribution de sécurité immobilière et les émoluments du notaire, détaillés dans notre guide sur le partage des biens après un divorce. La vente de la maison à un tiers, même consentie par licitation, reste en revanche une cession imposable, qui relève des règles décrites plus haut.

Quand la plus-value devient imposable

La plus-value est taxée lorsque la maison n'était plus la résidence principale d'aucun des deux ex-époux au moment de la vente, par exemple après une location ou une longue période de vacance. Elle se calcule pour chaque vendeur sur sa quote-part : prix de vente diminué du prix d'acquisition, lequel est majoré des frais d'acquisition (forfait de 7,5 % ou frais réels) et des travaux (forfait de 15 % après cinq ans de détention, ou dépenses réelles justifiées).

Un abattement pour durée de détention s'applique ensuite : 6 % par an de la sixième à la vingt-et-unième année et 4 % la vingt-deuxième pour l'impôt de 19 %, ce qui exonère après vingt-deux ans ; 1,65 %, 1,60 % puis 9 % par an pour les prélèvements sociaux de 17,2 %, avec une exonération après trente ans. Une surtaxe s'ajoute lorsque la plus-value imposable d'un vendeur dépasse 50 000 €. Notre guide sur le calcul de la plus-value immobilière détaille chaque étape ; le notaire calcule l'impôt, le déclare et le paie sur le prix le jour de la vente.

Revendre plus tard la maison gardée au partage

L'ex-époux qui a conservé la maison la revend souvent quelques années plus tard. S'il y habite toujours, la vente est exonérée comme toute cession de résidence principale. S'il l'a louée entre-temps, la plus-value se calcule à partir de la valeur et de la date de l'entrée du bien dans l'indivision, c'est-à-dire, en pratique, de l'achat initial par le couple, et non de la valeur retenue dans l'acte de partage (BOI-RFPI-PVI-10-40-100, § 80).

Cette règle joue dans les deux sens : la durée de détention remonte à l'achat initial, ce qui augmente les abattements, mais la valeur fixée au partage ne sert pas de prix d'acquisition. Avant de louer l'ancienne maison familiale, une simulation permet de mesurer l'impôt futur et de le comparer aux loyers attendus.

PACS et concubinage : les mêmes règles, avec une nuance

La tolérance de l'ex-conjoint resté dans les lieux s'applique aussi aux partenaires qui rompent un PACS et aux concubins qui se séparent (BOI-RFPI-PVI-10-40-10, §§ 240 et 270). Le partage exonéré de plus-value couvre, entre partenaires de PACS, les biens acquis pendant le pacte et ceux acquis avant ; entre concubins, seulement les biens acquis pendant le concubinage (BOI-RFPI-PVI-10-40-100, §§ 40 et 50).

Des concubins qui avaient acheté la maison avant de vivre ensemble doivent donc vérifier le traitement fiscal du rachat de part : la soulte peut alors dégager une plus-value imposable pour celui qui cède, sauf exonération au titre de sa résidence principale. Le guide sur la séparation de concubins propriétaires présente les autres aspects de la sortie d'indivision.

Exemple chiffré

La même maison, vendue avec ou sans exonération

Sophie et Marc, divorcés, vendent 300 000 € en 2026 la maison achetée 180 000 € en mai 2012, soit quatorze années de détention. Premier cas : Sophie y a vécu avec les enfants jusqu'à la mise en vente. Second cas : la maison a été louée après le départ des deux.

Premier cas : impôt sur la plus-value
0 € pour chacun (tolérance BOFiP)
Second cas : prix d'acquisition majoré (180 000 + 7,5 % de frais + 15 % de travaux)
220 500 €
Plus-value brute (300 000 − 220 500)
79 500 €
Impôt de 19 % après abattement de 54 % (79 500 × 46 % × 19 %)
6 948 €
Prélèvements sociaux de 17,2 % après abattement de 14,85 %
11 643 €
Total à payer sur le prix, pour les deux ex-époux
18 591 €, soit environ 9 296 € chacun

L'occupation de la maison par Sophie jusqu'à la mise en vente évite plus de 18 000 € d'impôt. Une location, même pour quelques mois, aurait fait perdre cet avantage aux deux ex-époux.

Refaire le calcul avec vos chiffres : plus-value immobilière

Questions fréquentes

J'ai quitté la maison il y a deux ans : suis-je encore exonéré ?

Oui, si votre ex-conjoint y a vécu comme résidence principale jusqu'à la mise en vente et si la vente intervient ensuite dans un délai normal, en principe un an. La durée écoulée depuis votre départ n'entre pas en ligne de compte dans le texte de la tolérance. La maison ne doit pas avoir été louée ou prêtée à un tiers entre-temps.

Mon ex-conjoint me rachète ma part : vais-je payer une plus-value ?

Non. Le partage d'un bien provenant d'une indivision conjugale n'est pas imposable à la plus-value, même lorsqu'il donne lieu au versement d'une soulte. L'acte de partage supporte le droit de partage de 1,1 %. Le calcul de la soulte est présenté dans notre guide sur le rachat de soulte.

La maison était mon bien propre : la tolérance s'applique-t-elle ?

La tolérance est rédigée de façon générale : elle vise l'immeuble cédé par le contribuable dès lors que son ex-conjoint l'a occupé jusqu'à la mise en vente. Elle ne distingue pas selon que la maison était commune, indivise ou propre. Faites toutefois vérifier votre situation avant de signer la promesse, en particulier si le juge a concédé la maison à bail à votre ex-conjoint : un loyer perçu pourrait être assimilé à une location.

Faut-il déclarer quelque chose lorsque la vente est exonérée ?

Aucune déclaration de plus-value n'est déposée lorsque l'exonération est totale. L'acte de vente mentionne son fondement. Conservez les justificatifs d'occupation et de mise en vente, car l'administration peut contrôler l'exonération pendant son délai de reprise. Les justificatifs utiles sont notamment les avis d'impôt adressés au logement, le mandat de vente daté et les annonces publiées.

Nous restons en indivision plusieurs années : quel risque fiscal ?

Tant que l'un des ex-époux habite la maison comme résidence principale jusqu'à la mise en vente, l'exonération est préservée pour les deux. Le risque naît si l'occupant part et que le bien reste vide longtemps, ou s'il est loué. Une convention d'indivision peut prévoir une date de mise en vente cohérente avec ces règles.

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Sources

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