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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Un époux refuse de vendre la maison : les recours pendant et après le divorce

Quand l'un des époux bloque la vente de la maison, le juge peut autoriser l'autre à agir seul ou ordonner le partage. Les recours changent selon le moment de la procédure et les droits de chacun.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un époux seul ne peut pas vendre la maison commune ou indivise ; face à un refus, il saisit le juge, qui peut l'autoriser à vendre seul ou ordonner le partage.
  • Tant que le mariage dure, l'article 217 du Code civil permet au juge aux affaires familiales d'autoriser un époux à vendre seul si le refus de l'autre n'est pas justifié par l'intérêt de la famille.
  • Après le divorce, chaque ex-époux peut demander le partage (article 815) ; si la maison ne peut être attribuée à l'un d'eux, le juge ordonne sa vente aux enchères.
  • La procédure de l'article 815-5-1 suppose au moins deux tiers des droits : elle reste fermée à deux ex-époux propriétaires chacun pour moitié.
  • Depuis la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, le président du tribunal judiciaire peut autoriser un indivisaire à vendre seul lorsque l'urgence et l'intérêt commun le justifient (article 815-6).

Pourquoi l'accord des deux époux est-il nécessaire ?

Pour des époux mariés sans contrat, la maison achetée pendant le mariage est commune : sa vente exige le consentement des deux (article 1424 du Code civil). En séparation de biens ou entre ex-époux, la maison achetée ensemble est indivise, et sa vente requiert l'unanimité des indivisaires. S'y ajoute une protection propre au logement de la famille : tant que le mariage n'est pas dissous, aucun époux ne peut en disposer sans l'autre, même lorsqu'il en est seul propriétaire (article 215, alinéa 3).

Le refus peut avoir des causes très diverses : désaccord sur le prix, volonté de rester dans les lieux avec les enfants, espoir de racheter la part de l'autre, ou simple stratégie dans la négociation du divorce. Avant toute procédure, il est utile d'identifier ce qui motive ce refus, car la réponse juridique en dépend. Une estimation contradictoire du bien ou une proposition de rachat de soulte débloque souvent la situation plus vite qu'un juge.

Pendant le mariage et la procédure : l'autorisation de l'article 217

Jusqu'au jour où le divorce devient définitif, les époux restent soumis aux règles du mariage. L'article 217 du Code civil permet à un époux d'être autorisé par justice à passer seul un acte pour lequel le consentement de son conjoint serait nécessaire, si celui-ci est hors d'état de manifester sa volonté ou si son refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille. La demande relève du juge aux affaires familiales.

Le juge apprécie concrètement l'intérêt de la famille : échéances du prêt impayées, charges devenues impossibles à assumer, bien inoccupé qui se dégrade, offre d'achat sérieuse au prix du marché. L'autorisation porte sur un acte précis, par exemple la vente à un acquéreur identifié et à un prix déterminé. Le conjoint qui refuse reste propriétaire de ses droits : le prix est ensuite réparti dans la liquidation, selon les règles décrites dans notre guide sur la liquidation du régime matrimonial.

Dans un divorce judiciaire, le juge peut aussi, dès l'audience d'orientation et sur mesures provisoires, attribuer la jouissance du logement et désigner celui qui règle provisoirement les dettes. Ces mesures organisent l'attente sans trancher le sort du bien ; celui-ci se décide dans la convention, le jugement ou l'acte de partage.

Après le divorce : demander le partage

Une fois le divorce prononcé, la maison appartient aux ex-époux en indivision jusqu'au partage. Nul ne peut être contraint de demeurer dans l'indivision (article 815 du Code civil) : chacun peut donc demander le partage, même contre la volonté de l'autre. Le juge aux affaires familiales est compétent pour la liquidation et le partage des intérêts patrimoniaux des ex-époux.

L'assignation en partage doit, à peine d'irrecevabilité, décrire sommairement le patrimoine, préciser les intentions du demandeur sur la répartition des biens et justifier des diligences entreprises pour parvenir à un partage amiable (article 1360 du Code de procédure civile). Un courrier de proposition, un projet d'acte ou un procès-verbal de difficultés établi par le notaire constituent ces preuves.

Le juge peut attribuer la maison à l'un des ex-époux, notamment au titre de l'attribution préférentielle, à charge de soulte. Si aucune attribution n'est possible, il ordonne la licitation, c'est-à-dire la vente aux enchères, et le prix est partagé. Les enchères aboutissent souvent à un prix inférieur à celui d'une vente amiable : cette perspective suffit parfois à ramener l'ex-conjoint à la négociation.

La vente à la majorité des deux tiers : une voie souvent fermée entre ex-époux

L'article 815-5-1 du Code civil permet aux indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis d'exprimer devant notaire leur intention de vendre. Le notaire signifie cette intention aux autres dans le mois ; faute d'accord ou de réponse dans les trois mois, il dresse un procès-verbal, puis le tribunal judiciaire peut autoriser la vente par licitation si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires.

Deux ex-époux propriétaires chacun pour moitié n'atteignent jamais ce seuil. La procédure devient en revanche accessible lorsque les droits sont inégaux : couple séparé de biens ayant acheté à 70 % et 30 %, ou ex-époux dont les droits ont été modifiés par une donation ou une succession. L'article exclut les biens démembrés entre usufruit et nue-propriété. Notre guide sur la vente d'un bien en indivision détaille cette procédure.

L'urgence : l'article 815-6 modifié par la loi du 7 avril 2026

Le président du tribunal judiciaire peut prescrire toute mesure urgente que requiert l'intérêt commun des indivisaires (article 815-6). La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l'indivision a inscrit dans ce texte la possibilité d'autoriser un indivisaire à conclure seul un acte de vente d'un bien indivis. Elle consacre une solution que la Cour de cassation admettait déjà.

Le demandeur doit prouver à la fois l'urgence et l'intérêt commun. Une offre d'achat au prix du marché qui risque d'être perdue, des échéances de prêt impayées exposant les deux ex-époux à une saisie, un bien vacant qui se dégrade ou des charges que l'indivision ne peut plus supporter en sont des exemples. Le refus de l'autre indivisaire n'a pas à être démontré en tant que tel, mais le juge vérifie que la vente sert l'intérêt des deux.

La même loi a étendu expressément le partage judiciaire aux indivisions entre époux, partenaires de PACS et concubins, et renforcé les pouvoirs du juge commis, qui pourra ordonner des licitations dans des conditions fixées par décret. Tant que ce décret n'est pas publié, nous vérifions pour chaque dossier les règles de procédure applicables à la date de la demande.

Comparer les recours

Le choix du fondement dépend du moment, de la répartition des droits et de l'urgence. Une assistance par avocat est nécessaire pour saisir le juge, et le notaire intervient à chaque étape pour constater les difficultés, établir le projet de partage ou recevoir la vente.

Comparer les recours
RecoursQuandCondition principaleIssue
Article 217Pendant le mariage, procédure de divorce compriseRefus non justifié par l'intérêt de la familleAutorisation de vendre seul un bien précis
Article 815-6Bien indivis, notamment après le divorceUrgence et intérêt communAutorisation de vendre seul
Article 815-5-1Bien indivis non démembréAu moins deux tiers des droitsLicitation autorisée par le tribunal
Partage judiciaire (article 815)Après le divorceÉchec démontré du partage amiableAttribution à l'un avec soulte ou licitation

Pendant le blocage : protéger ses droits

L'ex-époux qui occupe seul la maison doit en principe une indemnité d'occupation à l'indivision (article 815-9 du Code civil), réclamable sur cinq ans au plus. Celui qui rembourse seul le prêt, paie la taxe foncière ou finance des travaux nécessaires détient une créance contre l'indivision (article 815-13). Conservez les relevés et les justificatifs : ces comptes se règlent au partage et pèsent souvent dans la négociation. Notre guide sur les charges et le crédit après la séparation en détaille le calcul.

Une convention d'indivision peut aussi fixer une date de vente, un prix plancher et un mode d'évaluation, ce qui évite de revivre le même blocage quelques années plus tard. Établie par acte notarié et publiée, elle s'impose aux deux ex-époux pendant sa durée, cinq ans au plus lorsqu'elle est conclue à durée déterminée, et elle peut désigner l'un d'eux comme gérant pour les actes courants.

Exemple chiffré

Deux situations, deux recours

Claire et Julien, divorcés, possèdent une maison près de Chartres estimée 280 000 €, avec 60 000 € de prêt restant. Julien refuse toute vente. Dans une variante, le couple, marié en séparation de biens, avait acheté à 70 % pour Claire et 30 % pour Julien.

Droits de Claire, indivision par moitié
50 % : article 815-5-1 fermé
Voie ouverte à Claire
Assignation en partage, ou article 815-6 en cas d'urgence
Part nette de Claire après remboursement du prêt ((280 000 − 60 000) ÷ 2)
110 000 €
Droits de Claire dans la variante
70 % : article 815-5-1 ouvert
Part nette de Claire dans la variante ((280 000 − 60 000) × 70 %)
154 000 €
Délai minimal avant le procès-verbal du notaire (1 mois + 3 mois)
Environ 4 mois

À parts égales, la sortie passe par le partage judiciaire ou par l'urgence de l'article 815-6. Avec 70 % des droits, Claire peut engager la procédure des deux tiers devant notaire, souvent plus rapide qu'une assignation en partage.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

Mon ex refuse de vendre et reste dans la maison : que puis-je faire ?

Vous pouvez demander le partage devant le juge aux affaires familiales, après avoir tenté un règlement amiable. En attendant, l'occupant doit en principe une indemnité d'occupation à l'indivision, dont vous recevez la moitié au partage. Si la situation devient urgente, par exemple parce que le prêt n'est plus remboursé, l'article 815-6 permet de demander au président du tribunal judiciaire l'autorisation de vendre seul.

Le juge peut-il forcer la vente de la maison ?

Oui, à l'issue d'un partage judiciaire, lorsque la maison ne peut être attribuée à l'un des ex-époux, le juge ordonne sa vente aux enchères. Il peut aussi autoriser un indivisaire à vendre seul en cas d'urgence et d'intérêt commun. Pendant le mariage, l'autorisation passe par l'article 217 du Code civil. Dans tous les cas, le prix revient aux deux ex-époux selon leurs droits.

Combien de temps dure un partage judiciaire ?

Il faut compter plusieurs années lorsque le dossier comporte une expertise, un notaire commis et des contestations. La loi du 7 avril 2026 cherche à raccourcir ces délais en renforçant les pouvoirs du juge commis, dans l'attente d'un décret. Un projet de partage chiffré, préparé par le notaire, réduit souvent les points de désaccord et favorise un accord en cours de procédure.

Puis-je vendre ma moitié de la maison à quelqu'un d'autre ?

Vous pouvez céder vos droits indivis à un tiers, mais l'autre indivisaire bénéficie d'un droit de préemption : le projet doit lui être notifié par commissaire de justice et il dispose d'un mois pour se substituer à l'acquéreur (article 815-14 du Code civil). En pratique, peu d'acquéreurs achètent une moitié de maison occupée par un ex-conjoint. Notre guide pour vendre une maison avec son ex-conjoint présente les solutions amiables.

Le notaire peut-il débloquer la situation ?

Le notaire intervient à chaque étape, sans pouvoir imposer la vente : estimation, projet de partage, proposition de soulte, procès-verbal de difficultés qui sert de preuve des tentatives amiables, procédure de l'article 815-5-1, puis rédaction de l'acte de vente ou de partage. Un premier rendez-vous permet de choisir la voie adaptée à votre situation.

Premier rendez-vous

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L'étude partage les biens et prépare les actes, en lien avec vos avocats.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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