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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Vendre la maison avant le prononcé du divorce : règles et répartition du prix

La maison peut être vendue avant le divorce si les deux époux signent. Le prix, une fois le prêt remboursé, reste commun jusqu'à la liquidation : comment il est conservé, puis réparti.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La maison peut être vendue avant le prononcé du divorce, à condition que les deux époux signent : leur accord est exigé pour un bien commun ou indivis, et pour le logement de la famille même lorsqu'il appartient à un seul époux (articles 215 et 1424 du Code civil).
  • Le prix d'une maison commune reste commun : le notaire rembourse d'abord le prêt, puis le solde est conservé pour les deux époux, souvent consigné à l'étude, jusqu'à la liquidation.
  • Dans un divorce judiciaire, une convention qui règle la liquidation ou le partage avant l'assignation ou la requête conjointe est nulle (Cass. 1re civ., 27 septembre 2017, n° 16-23.531) ; elle devient possible pendant l'instance (article 265-2).
  • La répartition du prix tient compte des récompenses et des créances, par exemple un apport issu d'un héritage ; le partage du prix constaté par écrit supporte le droit de partage de 1,1 %.

Qui doit signer la vente ?

Tant que le mariage n'est pas dissous, la vente de la maison commune suppose le consentement des deux époux : l'article 1424 du Code civil interdit à l'un d'eux d'aliéner seul un immeuble de la communauté. Une maison achetée ensemble en séparation de biens est indivise, et sa vente exige de même l'accord des deux. Lorsque la maison appartient en propre à un seul époux, il peut en principe la vendre seul ; l'accord de son conjoint redevient nécessaire si elle constitue le logement de la famille (article 215, alinéa 3).

Un acte signé sans l'accord requis peut être annulé à la demande de l'époux qui n'a pas consenti. Les deux époux interviennent donc au compromis puis à l'acte de vente, en personne ou par procuration, ce qui permet de vendre même lorsque l'un d'eux a déjà quitté la région. Lorsque l'un refuse sans motif légitime, le juge peut autoriser l'autre à passer seul l'acte, si ce refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille (article 217) : notre guide sur le cas où un époux refuse de vendre présente ce recours et les autres.

Le jour de la vente : ce que le notaire règle sur le prix

L'acquéreur verse le prix à la comptabilité de l'étude. Le notaire rembourse d'abord le capital restant dû du prêt garanti par la maison, avec les éventuelles indemnités de remboursement anticipé prévues au contrat et plafonnées par le Code de la consommation, puis obtient la mainlevée de l'hypothèque ou la libération de la caution. Notre guide sur la vente avec un crédit en cours détaille ces opérations.

Il règle ensuite, le cas échéant, l'impôt sur la plus-value dû par chacun des vendeurs. La résidence principale est exonérée ; l'époux qui a quitté le logement peut conserver cette exonération lorsque l'autre y est resté jusqu'à la mise en vente et que la vente intervient dans un délai normal. Notre guide sur la plus-value après la séparation précise ces conditions. Le solde, une fois ces sommes déduites, revient aux époux.

Le prix reste commun jusqu'au partage

Le prix d'un bien commun remplace ce bien dans la communauté : la vente transforme une maison commune en une somme d'argent commune, sans rien partager. Lorsque les époux s'accordent, le solde peut être versé sur un compte ouvert à leurs deux noms, qu'ils ne pourront mouvementer qu'ensemble, ou rester consigné à l'étude jusqu'à la liquidation. Cette consignation permet de conclure la vente sans attendre la fin des discussions sur la répartition.

La Cour de cassation juge qu'une convention comportant, même pour partie, des stipulations relatives à la liquidation et au partage du régime matrimonial ne peut être conclue avant l'assignation ou la requête conjointe en divorce (Cass. 1re civ., 27 septembre 2017, n° 16-23.531). Un partage définitif du prix convenu avant la procédure serait donc exposé à la nullité. Une répartition provisoire, décidée ensemble pour permettre à chacun de se reloger, est ensuite reprise dans les comptes de la liquidation.

Une fois l'instance engagée, les époux peuvent signer une convention de liquidation et de partage (article 265-2 du Code civil). Le juge peut aussi accorder à l'un d'eux une provision à valoir sur ses droits dans la liquidation (article 255, 7°).

Dans un divorce par consentement mutuel

Vendre avant de signer la convention simplifie souvent le divorce amiable. La maison ayant quitté le patrimoine du couple, la liquidation ne porte plus que sur des sommes d'argent : l'état liquidatif peut être rédigé par les avocats, sans acte notarié de partage, et annexé à la convention. Le prix consigné à l'étude est alors versé à chacun selon la répartition retenue, une fois la convention déposée.

Le calendrier doit être pensé en conséquence. Entre le compromis et l'acte de vente s'écoulent souvent deux à trois mois, le temps pour l'acquéreur d'obtenir son financement. Les époux négocient en parallèle les autres conséquences du divorce, et la répartition du prix figure dans le projet de convention adressé à chacun, avant le délai de réflexion de quinze jours.

Comment le prix est-il réparti ?

Sous le régime de la communauté, le prix net se partage par moitié après règlement des comptes entre les époux et la communauté. L'époux qui avait apporté un héritage ou une donation lors de l'achat récupère d'abord une récompense, calculée sur le prix de vente à proportion de son apport : notre guide sur l'héritage reçu pendant le mariage en décrit la preuve. À l'inverse, un époux dont la dette personnelle a été payée par la communauté lui doit récompense.

Les comptes nés après la date des effets du divorce s'ajoutent : l'époux qui a remboursé seul les échéances du prêt dispose d'une créance contre l'indivision, et celui qui a occupé seul la maison peut devoir une indemnité d'occupation. En séparation de biens, le prix se répartit selon les quotes-parts de l'acte d'achat, corrigées des créances entre époux. Le partage du prix constaté par écrit, dans l'état liquidatif ou l'acte de partage, supporte le droit de partage de 1,1 % des sommes partagées.

Vendre avant ou après le divorce : les éléments à peser

Vendre tôt met fin à la charge commune du prêt, de la taxe foncière et de l'assurance, et libère la capacité d'emprunt de chacun pour un nouveau logement. Attendre permet de préserver le cadre de vie des enfants ou de laisser à l'un des époux le temps de réunir le financement d'un rachat. La décision combine donc des considérations familiales, bancaires et fiscales.

  • Le délai normal de vente, pour conserver l'exonération de plus-value de l'époux parti.
  • Les indemnités de remboursement anticipé prévues par le contrat de prêt.
  • L'état du marché local, à Chartres comme dans les communes de la métropole.
  • Le relogement de chacun et la scolarité des enfants.
  • La possibilité, pour l'un des époux, de racheter plutôt la part de l'autre.

Exemple chiffré

La vente de la maison de Laure et Olivier

Laure et Olivier, mariés sans contrat, vendent leur maison commune avant d'engager la procédure de divorce. Ils l'avaient achetée en 2014 pour un coût total de 200 000 € frais compris, avec un apport de 40 000 € provenant de la succession du père de Laure, mentionné dans l'acte d'achat. Le prix de vente est de 300 000 € ; il reste 120 000 € de prêt. La maison était leur résidence principale.

Prix de vente
300 000 €
Remboursement du capital restant dû
− 120 000 €
Solde consigné à l'étude jusqu'à la liquidation
180 000 €
Récompense due à Laure (300 000 € × 40 000 ÷ 200 000)
60 000 €
Reste à partager par moitié (180 000 € − 60 000 €)
120 000 €, soit 60 000 € chacun
Part revenant à Laure / à Olivier
120 000 € / 60 000 €
Droit de partage (1,1 % de 180 000 €)
1 980 €

Un partage du prix à 90 000 € chacun, décidé le jour de la vente, aurait privé Laure de 30 000 €. La consignation du solde à l'étude, puis sa répartition dans l'état liquidatif, permet d'intégrer la récompense. Les indemnités éventuelles de remboursement anticipé et les frais de mainlevée se déduisent aussi du prix.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

Pouvons-nous nous partager le prix tout de suite, moitié chacun ?

Une répartition immédiate, décidée ensemble, reste possible en pratique, mais elle demeure provisoire : les récompenses, créances et indemnités d'occupation seront calculées dans la liquidation, et la somme versée à chacun sera imputée sur ses droits. Dans un divorce judiciaire, une convention qui prétendrait régler définitivement le partage avant l'assignation ou la requête conjointe serait nulle. La consignation à l'étude reste la solution la plus sûre.

Qui paie les frais de la vente ?

Les frais d'acquisition, droits de mutation et émoluments de l'acte de vente, sont à la charge de l'acquéreur. Restent à la charge des vendeurs les diagnostics techniques, les éventuels honoraires de l'agent immobilier s'ils leur incombent, les frais de mainlevée et les indemnités de remboursement anticipé du prêt. Ces sommes se déduisent du prix avant sa répartition.

Mon conjoint refuse de signer la vente : que puis-je faire ?

Pendant le mariage, le juge peut autoriser un époux à passer seul un acte pour lequel le consentement de l'autre est nécessaire, si ce refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille. Pendant la procédure de divorce, les mesures provisoires peuvent aussi organiser la gestion des biens. Après le divorce, les règles du partage de l'indivision prennent le relais.

Puis-je acheter un nouveau logement avec ma part du prix avant le divorce ?

Tant que la communauté existe, un bien acheté avec des fonds communs est commun. Acheter avant la date des effets du divorce expose donc le nouveau logement au partage, sauf déclaration de remploi portant sur des fonds propres. Notre guide sur l'achat d'un logement pendant la procédure explique comment sécuriser cet achat.

La vente avant le divorce évite-t-elle le droit de partage ?

Elle évite l'acte notarié de partage de la maison, mais le partage du prix, constaté par écrit dans l'état liquidatif, supporte le droit de partage de 1,1 % des sommes partagées. L'économie porte donc sur les émoluments de l'acte de partage et la contribution de sécurité immobilière, qui seraient dus si la maison était attribuée à l'un des époux.

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Sources

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