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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Donation

Démembrement de propriété : droits et charges de l'usufruitier et du nu-propriétaire

Qui habite, qui loue, qui paie les travaux, qui peut vendre : le partage des droits et des charges entre usufruitier et nu-propriétaire, et ce que l'acte peut aménager.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • L'usufruit est le droit d'user d'un bien et d'en percevoir les revenus, à charge d'en conserver la substance (article 578 du Code civil) ; la nue-propriété donne vocation à recouvrer la pleine propriété à la fin de l'usufruit.
  • L'usufruitier assume les réparations d'entretien et les charges annuelles, dont la taxe foncière ; le nu-propriétaire supporte les grosses réparations énumérées à l'article 606 du Code civil.
  • Sur une somme d'argent, l'usufruit devient un quasi-usufruit : l'usufruitier peut dépenser les fonds et doit en restituer la valeur à la fin de l'usufruit (article 587).
  • Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire devient plein propriétaire ; cette réunion ne donne lieu à aucun droit (article 1133 du Code général des impôts).

Un même bien, deux titulaires

La pleine propriété réunit trois prérogatives : utiliser le bien, en percevoir les revenus, en disposer. Le démembrement les répartit entre deux personnes. L'usufruitier utilise le bien et en perçoit les fruits, loyers, dividendes ou récoltes ; le nu-propriétaire conserve le droit de disposer du bien et en retrouvera la jouissance complète à l'extinction de l'usufruit.

Le démembrement naît le plus souvent d'une donation avec réserve d'usufruit : le parent donne la nue-propriété et continue d'habiter la maison ou d'en percevoir les loyers. Il résulte aussi de la loi, lorsque le conjoint survivant opte pour l'usufruit de la succession, ou d'un achat démembré, dans lequel un investisseur acquiert la nue-propriété et un bailleur institutionnel l'usufruit pour une durée fixée.

L'usufruit viager s'éteint au décès de l'usufruitier. L'usufruit temporaire prend fin au terme convenu ; consenti à une personne morale, il ne peut dépasser trente ans (article 619 du Code civil). Le démembrement peut porter sur un immeuble, sur des parts de société, sur un portefeuille de titres ou sur une somme d'argent : les règles qui suivent s'adaptent à chaque nature de bien.

Les droits et obligations de l'usufruitier

L'usufruitier jouit du bien comme le propriétaire lui-même : il l'habite, le prête ou le loue et encaisse les loyers, qu'il déclare à l'impôt sur le revenu. Il peut aussi céder ou hypothéquer son usufruit. Un bail rural ou un bail commercial exige en revanche le concours du nu-propriétaire ou, à défaut, l'autorisation du juge (article 595 du Code civil).

À son entrée en jouissance, l'usufruitier fait dresser un inventaire des meubles et un état des immeubles (article 600). Il doit en principe fournir une caution, mais le donateur qui se réserve l'usufruit en est dispensé par la loi (article 601). Pendant toute la durée de l'usufruit, il use du bien raisonnablement et en conserve la substance.

Un usufruitier qui laisse le bien se dégrader faute d'entretien s'expose à l'extinction de son droit pour abus de jouissance, prononcée par le juge à la demande du nu-propriétaire (article 618). Selon la gravité des faits, le juge peut aussi rendre au nu-propriétaire la jouissance du bien, à charge pour lui de verser chaque année une somme déterminée à l'usufruitier.

Les droits du nu-propriétaire

Le nu-propriétaire dispose du bien sans en avoir l'usage. Il peut vendre, donner ou hypothéquer sa nue-propriété, qui entrera un jour pleinement dans son patrimoine. Attentif à l'avenir du bien, il veille à sa conservation et peut agir contre l'usufruitier qui en compromet la substance.

Il doit en retour respecter la jouissance de l'usufruitier : le propriétaire ne peut, par son fait, nuire aux droits de celui-ci (article 599 du Code civil). Un enfant nu-propriétaire de la maison familiale y séjourne donc avec l'accord de son parent usufruitier, par exemple dans le cadre d'un prêt à usage ou d'un bail.

La vente du bien en pleine propriété suppose l'accord des deux titulaires. Le prix se répartit alors entre l'usufruit et la nue-propriété selon la valeur respective de chacun de ces droits, sauf accord des parties pour reporter l'usufruit sur le prix (article 621).

Travaux, impôts, charges : qui paie quoi

L'usufruitier est tenu aux réparations d'entretien ; les grosses réparations restent à la charge du propriétaire, sauf si elles résultent d'un défaut d'entretien depuis l'ouverture de l'usufruit (article 605 du Code civil). L'article 606 définit les grosses réparations : celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières, celui des digues et des murs de soutènement et de clôture en entier. Toutes les autres réparations sont d'entretien.

L'usufruitier supporte aussi les charges annuelles, comme les contributions (article 608). Ces règles sont supplétives : l'acte de donation ou une convention entre les parties peut organiser une autre répartition, par exemple mettre toutes les dépenses à la charge du parent usufruitier. Nous les adaptons dans chaque acte au projet de la famille.

Travaux, impôts, charges : qui paie quoi
Dépense ou impôtUsufruitierNu-propriétaire
Entretien courant, menues réparationsOuiNon
Grosses réparations (article 606)Seulement si elles découlent d'un défaut d'entretienOui
Taxe foncièreOui (article 1400 du CGI)Non
Revenus fonciers, loyersPerçus et déclarés par l'usufruitierNon
Impôt sur la fortune immobilièreEn principe, sur la valeur en pleine propriété (article 968 du CGI)En principe, non
Charges de copropriétéCharges courantes et travaux d'entretienTravaux relevant des grosses réparations

Le quasi-usufruit sur une somme d'argent

Certains biens se consomment par l'usage : l'argent, les grains, les liquides. Sur ces biens, l'article 587 du Code civil donne à l'usufruitier le droit de s'en servir, à charge de rendre à la fin de l'usufruit soit des choses de même quantité et qualité, soit leur valeur estimée à la date de la restitution. On parle de quasi-usufruit : l'usufruitier devient propriétaire des fonds et le nu-propriétaire devient créancier de leur restitution.

Le quasi-usufruit apparaît notamment lorsqu'un bien démembré est vendu et que les parties conviennent de reporter l'usufruit sur le prix. Le parent dispose alors de la totalité du prix ; à son décès, les enfants reçoivent une créance de restitution, qui se déduit de sa succession. Une convention écrite, datée et précise, sécurise cette créance et facilite sa prise en compte au décès.

En matière de donation-partage, une réserve d'usufruit portant sur une somme d'argent écarte l'évaluation des biens au jour de l'acte prévue par l'article 1078 du Code civil : ce point oriente la rédaction lorsque des liquidités sont en jeu. Nous proposons alors d'autres montages, comme la donation de la somme en pleine propriété avec une charge de rente au profit du parent, ou le démembrement d'un bien acquis avec les fonds.

La fin de l'usufruit

L'usufruit s'éteint par la mort de l'usufruitier, par l'expiration du temps pour lequel il a été accordé, par la réunion sur une même tête des qualités d'usufruitier et de propriétaire, par le non-usage pendant trente ans et par la perte totale de la chose (article 617 du Code civil).

Au décès de l'usufruitier, la réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt (article 1133 du Code général des impôts). Le nu-propriétaire devient plein propriétaire d'un bien qui a pu prendre de la valeur, sans droits supplémentaires. Une présomption fiscale, prévue par l'article 751 du même code, réintègre toutefois dans la succession de l'usufruitier certains biens démembrés au profit de ses héritiers ; elle est écartée lorsque le démembrement résulte d'une donation régulière.

L'usufruitier peut enfin renoncer à son droit avant son terme ; sans contrepartie, cette renonciation constitue une donation au profit du nu-propriétaire, taxée comme telle. La valeur fiscale de chacun des droits dépend de l'âge de l'usufruitier : elle est présentée dans notre guide du barème fiscal de l'usufruit.

Exemple chiffré

La vente d'une maison démembrée

Une mère de 74 ans, usufruitière d'une maison à Lucé, et ses deux enfants nus-propriétaires décident de la vendre 300 000 €. Ils conviennent de répartir le prix selon le barème fiscal de l'article 669 du Code général des impôts, qui fixe l'usufruit à 30 % entre 71 et 80 ans.

Prix de vente
300 000 €
Part de l'usufruitière (30 %)
90 000 €
Part des nus-propriétaires (70 %)
210 000 €, soit 105 000 € chacun
Autre option : report de l'usufruit sur le prix
300 000 € versés à la mère, créance de restitution de 300 000 € pour les enfants à son décès

La répartition du prix se décide avant la signature de la vente. Le report de l'usufruit sur le prix préserve les revenus du parent ; la répartition immédiate donne aux enfants la libre disposition de leur part. Les parties peuvent retenir une valeur économique plutôt que le barème fiscal, qui s'impose seulement pour le calcul des droits.

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Questions fréquentes

L'usufruitier peut-il vendre le bien seul ?

Il peut céder son seul droit d'usufruit, ce qui se rencontre rarement en pratique. La vente de la pleine propriété exige la signature de l'usufruitier et de tous les nus-propriétaires. Le prix se répartit alors selon la valeur respective des droits, ou l'usufruit est reporté sur le prix si toutes les parties en sont d'accord (article 621 du Code civil).

Qui paie la taxe foncière et la taxe d'habitation ?

La taxe foncière est établie au nom de l'usufruitier (article 1400 du Code général des impôts). La taxe d'habitation, maintenue pour les résidences secondaires, est due par la personne qui dispose du logement au 1er janvier, le plus souvent l'usufruitier. L'acte peut organiser une prise en charge différente entre les parties, sans effet à l'égard de l'administration fiscale.

Le nu-propriétaire peut-il imposer des travaux à l'usufruitier ?

Le nu-propriétaire peut exiger que l'usufruitier accomplisse les réparations d'entretien qui lui incombent et agir en cas de dégradation. Pour les grosses réparations, qui sont à sa propre charge, il les décide et les finance. Une convention signée au début du démembrement évite les désaccords : elle précise qui décide, qui paie et comment les dépenses importantes sont validées.

Qui déclare le bien à l'impôt sur la fortune immobilière ?

En principe, l'usufruitier déclare le bien pour sa valeur en pleine propriété (article 968 du Code général des impôts). Certaines situations, comme l'usufruit légal du conjoint survivant, conduisent à une imposition partagée entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l'article 669. Notre guide de l'impôt sur la fortune immobilière précise le seuil et le calcul.

Peut-on convertir un usufruit en capital ?

Oui, par accord entre les parties : l'usufruitier cède son usufruit au nu-propriétaire contre une somme d'argent ou une rente. Pour l'usufruit du conjoint survivant, le Code civil prévoit sa conversion en rente viagère à la demande d'un héritier nu-propriétaire ou du conjoint (article 759), et sa conversion en capital par accord entre eux (article 761). Nous chiffrons ces options avec la famille avant toute décision.

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Sources

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