L'essentiel
- Chaque parent peut donner à chaque enfant 100 000 € tous les quinze ans sans droits de donation, et 31 865 € supplémentaires en somme d'argent sous conditions d'âge.
- Jusqu'au 31 décembre 2026, un don d'argent affecté à l'achat ou à la construction d'une résidence principale neuve, ou à une rénovation énergétique, est exonéré dans la limite de 100 000 € par donateur (article 790 A bis du Code général des impôts).
- Un prêt familial doit être déclaré à l'administration fiscale lorsque son montant dépasse 5 000 € ; une reconnaissance de dette ou un acte notarié en fixe les conditions de remboursement.
- Dans l'acte d'achat, la mention de l'origine des fonds protège l'enfant marié ou en couple : elle fonde son droit à récupérer l'apport en cas de séparation ou de décès.
- Un don est en principe rapportable à la succession des parents, pour la valeur du bien qu'il a permis d'acquérir : une donation-partage ou une clause adaptée organise l'équilibre entre les enfants.
Donner ou prêter : la première décision
L'aide des parents peut prendre deux formes juridiques très différentes. Le don est définitif : l'enfant conserve la somme, qui sera prise en compte, en principe, lors du règlement de la succession des parents. Le prêt crée une dette : l'enfant rembourse selon un échéancier, et les sommes restant dues à l'ouverture de la succession figurent à l'actif de celle-ci.
Le choix dépend de la situation des parents, de l'équilibre recherché entre les enfants et de la capacité de remboursement de l'enfant. Un parent qui a besoin de récupérer ses fonds pour sa retraite préférera le prêt ; un parent qui souhaite anticiper sa transmission privilégiera le don. Les deux peuvent se combiner : une partie donnée, une partie prêtée.
La banque qui finance le reste de l'achat analyse l'un et l'autre différemment. Un don augmente l'apport personnel. Un prêt familial remboursable pendant la durée du crédit peut être intégré au calcul du taux d'endettement : présentez-le à votre conseiller dès le début de la négociation.
Le don d'argent et ses abattements
Chaque parent peut donner à chaque enfant jusqu'à 100 000 € tous les quinze ans sans droits de donation, en tenant compte des donations consenties au cours des quinze années précédentes. S'y ajoute le don familial de somme d'argent, exonéré jusqu'à 31 865 € lorsque le donateur a moins de 80 ans et l'enfant est majeur. Nos guides sur les abattements renouvelables tous les quinze ans et sur le don de somme d'argent de 31 865 € en détaillent les conditions.
Le don peut être fait par simple virement, puis déclaré à l'administration fiscale par l'enfant, ou constaté par un acte notarié. L'acte notarié présente plusieurs avantages : il fixe la date et le montant, précise si le don est fait en avancement de part successorale ou hors part, peut prévoir des charges ou un droit de retour, et prépare le règlement de la succession. La déclaration d'un don manuel obéit à des formalités propres, que nous vous indiquons lors de la préparation du don.
Le don familial pour un logement neuf, jusqu'au 31 décembre 2026
La loi de finances pour 2025 a créé une exonération temporaire pour les dons de sommes d'argent consentis entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026 : jusqu'à 100 000 € par donateur, dans la limite de 300 000 € par bénéficiaire, au profit d'un enfant, d'un petit-enfant, d'un arrière-petit-enfant ou, à défaut de descendance, d'un neveu ou d'une nièce.
Les fonds doivent être utilisés dans les six mois pour acheter un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement, ou faire construire, à titre de résidence principale, ou pour financer des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale. Le logement doit conserver cet usage pendant cinq ans. Ce dispositif se cumule avec les abattements habituels et peut donc porter l'aide exonérée d'un parent bien au-delà de 100 000 €.
Il vise le neuf et la rénovation énergétique ; l'achat d'une maison ancienne relève des abattements habituels. Les conditions complètes et les justificatifs à conserver figurent dans notre guide sur le don familial pour un logement. Le calendrier impose d'agir avant la fin de l'année : un don versé en janvier 2027 ne bénéficiera plus de l'exonération, sauf prorogation par une loi de finances.
Le prêt familial et la reconnaissance de dette
Un prêt d'argent entre parents et enfants est parfaitement licite, avec ou sans intérêts. Lorsque le montant prêté dépasse 5 000 € sur l'année, l'emprunteur le déclare à l'administration fiscale avec sa déclaration de revenus, sur le formulaire n° 2062 ; le prêteur doit le faire si l'emprunteur s'en abstient. Les intérêts éventuels sont imposables chez le parent prêteur.
Le prêt se prouve par écrit. Une reconnaissance de dette sous signature privée doit porter la signature de l'enfant et la mention, écrite par lui-même, de la somme en toutes lettres et en chiffres (article 1376 du Code civil). Elle peut être enregistrée auprès de l'administration fiscale, pour 125 €, afin de lui donner date certaine. Un acte notarié va plus loin : il a date certaine, force exécutoire, et peut prévoir une garantie sur le bien acheté.
Le point décisif reste l'exécution. Un prêt qui n'est jamais remboursé, sans échéancier ni versements, peut être requalifié en donation par l'administration fiscale ou par les autres héritiers, avec les droits et le rapport correspondants. Des remboursements réguliers par virement constituent la meilleure preuve.
L'origine des fonds dans l'acte d'achat
Lorsque l'enfant achète seul et sans conjoint, l'origine des fonds a peu d'incidence immédiate. Elle devient essentielle dès qu'il achète en couple. Un enfant marié sous le régime de la communauté reçoit le don à titre de bien propre (article 1405 du Code civil) ; s'il l'investit dans un achat commun sans précaution, la preuve de son apport peut devenir difficile des années plus tard. La déclaration d'emploi dans l'acte d'achat, prévue à l'article 1434, établit l'origine des fonds et fonde son droit à récompense, voire la qualification de bien propre lorsque l'apport finance plus de la moitié du prix. Notre guide sur la déclaration d'emploi ou de remploi en expose le mécanisme.
Pour un couple non marié ou pacsé qui achète en indivision, l'apport des parents de l'un justifie une quote-part plus importante à son profit, ou une créance contre l'indivision. L'acte précise l'origine des fonds de chacun ; le guide sur l'achat à deux présente ces choix. Nous rédigeons ces clauses avec le détail des virements reçus des parents. Elles protègent l'enfant en cas de séparation, et facilitent le règlement de sa succession comme de celle de ses parents.
Le don dans la succession des parents
Sauf clause contraire, un don fait à un enfant est une avance sur sa part d'héritage : il est rapportable à la succession du parent donateur (article 843 du Code civil). Lorsque la somme a servi à acquérir un bien, le rapport est dû de la valeur de ce bien au jour du partage, et non du montant initialement donné (article 860). Si l'immobilier a pris de la valeur, l'enfant aidé rapportera davantage que ce qu'il a reçu.
Plusieurs solutions permettent d'organiser l'équilibre. Le don peut être consenti hors part successorale, dans la limite de la quotité disponible. Une donation-partage fige les valeurs au jour de la donation lorsque ses conditions sont réunies. Les parents peuvent aussi prévoir des dons équivalents pour les autres enfants. Notre guide sur le rapport des donations détaille ces options.
Exemple chiffré
Clara reçoit 56 000 € de ses parents pour une maison à Lèves
Clara, mariée sans contrat, achète avec son époux une maison à Lèves au prix de 280 000 €. Ses parents lui donnent 56 000 € par acte notarié, en avancement de part successorale. L'acte d'achat contient une déclaration d'emploi. Vingt ans plus tard, au décès de ses parents, la maison vaut 350 000 €.
- Droits de donation (28 000 € par parent, sous l'abattement de 100 000 €)
- 0 €
- Part du prix financée par le don (56 000 ÷ 280 000)
- 20 %
- Qualification de la maison (apport inférieur à la moitié du prix)
- bien commun, récompense due à Clara
- Montant rapporté à la succession des parents (20 % × 350 000 €)
- 70 000 €
Sans la déclaration d'emploi, Clara aurait dû prouver seule, des années plus tard, l'origine des 56 000 €. Dans la succession de ses parents, elle rapporte 70 000 € et non 56 000 € : une donation-partage aurait permis de retenir la valeur fixée au jour de la donation.
Questions fréquentes
Mes parents peuvent-ils virer l'argent directement au notaire ?
Oui, et c'est souvent le plus simple. Le virement sur le compte de l'étude à la Caisse des dépôts permet de tracer l'origine des fonds, ce qui répond aussi aux obligations de lutte contre le blanchiment. L'acte d'achat mentionne alors le don ou le prêt et le montant affecté au prix.
Un prêt familial sans intérêts est-il autorisé ?
Oui. Les intérêts sont facultatifs entre membres d'une même famille. L'essentiel est de prévoir un échéancier réaliste, de déclarer le prêt s'il dépasse 5 000 € et de rembourser effectivement. Un prêt sans intérêts à très longue durée, sans aucun remboursement effectué, risque en revanche d'être analysé comme une donation.
Mon conjoint profite-t-il du don de mes parents ?
Le don reste personnel à l'enfant qui le reçoit, même marié sous le régime de la communauté. Mais s'il finance un achat commun, le couple en profite : l'enfant dispose alors d'une récompense contre la communauté, à condition de pouvoir prouver l'origine des fonds. La déclaration d'emploi dans l'acte d'achat apporte cette preuve.
Le don familial pour un logement neuf peut-il financer l'achat d'une maison ancienne ?
Seulement pour la part consacrée à des travaux de rénovation énergétique éligibles, dans la résidence principale dont l'enfant est propriétaire. L'achat d'une maison ancienne lui-même relève des abattements habituels : 100 000 € par parent et par enfant, et 31 865 € en somme d'argent sous conditions d'âge.
Mes parents peuvent-ils se porter caution de mon prêt bancaire ?
Oui, si la banque l'accepte. L'engagement de caution est lourd : il porte sur tout le patrimoine du parent, pendant toute la durée du prêt. Notre guide sur les garanties du prêt immobilier présente cet engagement et ses alternatives, comme l'hypothèque consentie sur un bien des parents.
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Sources
- Service-public.gouv.fr, déclarer un prêt d'argent entre particuliers
- Ministère de la Transition écologique, présentation du don familial pour un logement
- Service-public.gouv.fr, droits à payer sur une donation selon le lien avec le donateur
- Code civil, articles 843, 860, 1405, 1434 et 1376 (Légifrance)