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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Succession

Crédit immobilier au décès de l'emprunteur : assurance, quotité et dette des héritiers

L'assurance emprunteur solde tout ou partie du prêt immobilier au décès. Ce qu'elle ne couvre pas reste une dette de la succession, ou du co-emprunteur survivant.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Au décès de l'emprunteur, l'assurance emprunteur verse à la banque le capital restant dû au jour du décès, dans la limite de la quotité assurée sur sa tête ; la part non couverte reste une dette de la succession.
  • Avec une quotité de 100 % sur chaque emprunteur, le prêt est soldé en entier ; avec 50 % par personne, le co-emprunteur survivant continue de rembourser la moitié du capital.
  • La banque ou l'assureur est prévenu au plus vite, acte de décès à l'appui ; les échéances continuent en principe d'être prélevées jusqu'à la décision de l'assureur.
  • L'assureur peut opposer une exclusion prévue au contrat ou une fausse déclaration intentionnelle ; pour les prêts de 200 000 € au plus par personne remboursés avant 60 ans, aucun questionnaire de santé n'a pu être demandé.
  • Seule la part du prêt restant due après l'intervention de l'assurance se déduit dans la déclaration de succession.

Ce que couvre la garantie décès

La quasi-totalité des prêts immobiliers est assortie d'une assurance emprunteur, souscrite auprès de la banque ou d'un assureur choisi par l'emprunteur. Sa garantie décès prévoit qu'au décès de l'assuré, avant l'âge limite fixé au contrat, l'assureur verse au prêteur le capital restant dû au jour du décès, selon le montant assuré. La banque est ainsi remboursée directement, et les héritiers en profitent par la disparition de la dette, à due concurrence.

Les contrats comportent des exclusions, par exemple certains sports dangereux, et parfois des délais de carence. Le suicide est couvert à partir de la deuxième année ; pour un prêt destiné à l'acquisition de la résidence principale, la loi impose de le couvrir dès la première année, dans une limite de montant fixée par le Code des assurances. Relisez la notice d'information remise à la signature : elle fixe les conditions exactes de la garantie.

La quotité : qui est couvert, et pour combien

La quotité est la proportion du prêt garantie sur la tête de chaque emprunteur. Un couple qui emprunte ensemble choisit souvent 50 % chacun, ou 100 % chacun pour une protection complète ; des répartitions inégales, 70 % et 30 % par exemple, suivent les revenus de chacun. Au décès de l'un, l'assurance prend en charge la part correspondant à sa quotité.

Les co-emprunteurs sont en général tenus solidairement envers la banque : le survivant doit la totalité de ce qui reste dû après l'intervention de l'assurance, quelle que soit sa part dans le bien. Pour un couple non marié, la question de la maison se double de celle de l'héritage, présentée dans notre guide sur les concubins propriétaires au décès de l'un d'eux.

La quotité : qui est couvert, et pour combien
Quotité sur le défuntPris en charge par l'assuranceReste dû (sur 150 000 €)
100 %Totalité du capital restant dû0 €
70 %70 % du capital restant dû45 000 €
50 %La moitié du capital restant dû75 000 €
Aucune assuranceRien150 000 €

Les démarches après le décès

Le co-emprunteur survivant ou les héritiers informent la banque par écrit, en joignant l'acte de décès et les références du prêt, et demandent la mise en jeu de l'assurance. L'assureur réclame en général un certificat médical précisant la cause du décès, adressé sous pli confidentiel à son médecin-conseil, et parfois d'autres pièces médicales. Le tableau d'amortissement permet de vérifier le capital restant dû au jour du décès.

Pendant l'instruction, les échéances continuent en principe d'être prélevées ; la banque peut accepter de les suspendre sur demande. Lorsque l'assureur prend en charge le capital dû au jour du décès, les échéances payées depuis sont en général restituées : vérifiez-le dans le contrat. Recherchez aussi les autres assurances attachées à des crédits à la consommation ou à des cartes bancaires. Le blocage des comptes et les paiements urgents sont traités dans notre guide sur les comptes bancaires après un décès.

Quand l'assureur refuse sa garantie

Un refus peut reposer sur une exclusion du contrat, le dépassement de l'âge limite ou une fausse déclaration lors de l'adhésion. La fausse déclaration intentionnelle, qui a changé l'appréciation du risque, entraîne la nullité du contrat (article L. 113-8 du Code des assurances) ; lorsque la mauvaise foi n'est pas établie, l'indemnité est seulement réduite en proportion de la prime qui aurait été due (article L. 113-9). La preuve de la mauvaise foi incombe à l'assureur.

Depuis le 1er juin 2022, aucun questionnaire de santé ne peut être exigé pour un prêt immobilier dont la part assurée n'excède pas 200 000 € par personne et dont le remboursement se termine avant les 60 ans de l'emprunteur : dans ce cas, aucune fausse déclaration de santé ne peut être reprochée. Un refus contestable se discute d'abord avec le service réclamations de l'assureur, puis devant le médiateur de l'assurance, avant une action en justice avec l'assistance d'un avocat.

La part restante : une dette de la succession

Le capital non couvert fait partie du passif successoral. Les héritiers qui acceptent la succession le supportent à proportion de leur part ; l'hypothèque ou le privilège de prêteur de deniers inscrit sur le bien continue de garantir la banque. Lorsque le passif dépasse l'actif, l'acceptation à concurrence de l'actif net ou la renonciation protège le patrimoine personnel des héritiers, comme l'explique notre guide sur la succession déficitaire.

Les héritiers peuvent poursuivre les échéances ou rembourser par anticipation. Lorsque la maison est vendue, le notaire règle la banque sur le prix et obtient la mainlevée de la garantie, selon les étapes décrites dans notre guide pour vendre avec un crédit en cours. Le Code de la consommation écarte les indemnités de remboursement anticipé lorsque le remboursement est motivé par la vente du bien faisant suite au décès de l'emprunteur.

Dans la déclaration de succession

Les dettes existant au jour du décès, capital et intérêts échus, sont déductibles de l'actif successoral. La part du prêt remboursée par l'assurance ne l'est pas : elle est éteinte par l'intervention de l'assureur. Seul le capital resté à la charge de la succession figure au passif, sur présentation du décompte de la banque.

Pour un couple marié sous la communauté, le prêt qui a financé un bien commun est une dette commune : la moitié du reste dû, après l'assurance, s'impute sur la part du défunt dans la communauté. Lorsque la décision de l'assureur n'est pas connue à la date de dépôt, la déclaration mentionne la situation et une déclaration rectificative ajuste le passif. Le calcul des droits est détaillé dans notre guide sur le barème des droits de succession.

Le conjoint ou le partenaire survivant et le logement

L'assurance emprunteur joue souvent un rôle décisif pour le survivant : elle lui permet de conserver le logement sans avoir à supporter seul les mensualités. Ses droits dans la succession, usufruit ou propriété, s'ajoutent à la part qu'il détenait déjà dans le bien. Le partenaire de PACS et le concubin, que la loi protège moins que l'époux, organisent leur protection par le testament, la clause d'acquisition ou l'assurance.

Le choix de la quotité se fait à la souscription du prêt et peut se revoir en cours de contrat, à l'occasion d'un changement d'assurance. Nous examinons ces questions avec les couples lors de l'achat ; les solutions sont comparées dans notre guide pour protéger son conjoint survivant.

Exemple chiffré

Une maison à Luisant, deux quotités comparées

Un couple marié sous le régime de la communauté a acheté une maison à Luisant avec un prêt commun. Au décès du mari, le capital restant dû s'élève à 150 000 €. Deux hypothèses sont comparées : quotité de 50 % sur chacun, ou 100 % sur chacun.

Capital restant dû au décès
150 000 €
Quotité 50 % : indemnité versée à la banque
75 000 €
Quotité 50 % : reste dû, dette commune
75 000 €
Quotité 50 % : passif déductible dans la succession du mari (moitié)
37 500 €
Quotité 100 % : indemnité versée à la banque
150 000 €
Quotité 100 % : reste dû et passif déductible
0 €

Avec une quotité de 50 %, l'épouse continue de rembourser 75 000 €, dont la moitié s'impute sur la succession de son mari. Avec 100 % sur chacun, la maison est libre de toute dette dès l'accord de l'assureur.

Refaire le calcul avec vos chiffres : frais d'acquisition

Questions fréquentes

Les enfants doivent-ils rembourser le crédit immobilier de leurs parents ?

Seulement en qualité d'héritiers qui acceptent la succession, et pour la part que l'assurance ne couvre pas. La dette est d'abord réglée sur les biens de la succession, souvent par la vente de la maison. Si le passif dépasse l'actif, les enfants peuvent accepter à concurrence de l'actif net ou renoncer, et ne rien payer sur leurs biens personnels.

Comment savoir si le défunt avait souscrit une assurance emprunteur ?

L'offre de prêt et la notice d'assurance, conservées avec l'acte d'achat, l'indiquent. Les relevés de compte montrent aussi le prélèvement des cotisations, soit avec l'échéance du prêt, soit séparément lorsque l'assurance a été souscrite auprès d'un autre assureur. La banque renseigne les héritiers sur présentation de l'acte de décès et de l'acte de notoriété.

Le prêt n'était pas assuré : que se passe-t-il ?

Le capital restant dû est une dette de la succession, garantie par l'hypothèque ou le privilège inscrit sur le bien. Les héritiers poursuivent les échéances, remboursent avec d'autres fonds de la succession ou vendent le bien. Le co-emprunteur solidaire reste tenu de l'ensemble envers la banque. Nous établissons un bilan de l'actif et du passif avant tout choix.

Le capital versé par l'assurance est-il soumis aux droits de succession ?

L'indemnité est versée à la banque et éteint la dette : elle reste en dehors de l'actif de la succession, et le prêt remboursé disparaît du passif. Il en va autrement d'une assurance-vie souscrite par le défunt au profit d'un proche, qui obéit à une fiscalité propre présentée dans notre guide sur l'assurance-vie et la transmission.

Un crédit à la consommation est-il aussi remboursé par une assurance ?

Seulement si l'emprunteur y avait adhéré : cette assurance est facultative pour le crédit à la consommation. Lorsqu'elle existe, elle fonctionne comme l'assurance emprunteur immobilière. À défaut, le capital restant dû est une dette de la succession, déductible dans la déclaration.

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Sources

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