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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Succession

Comptes bancaires après un décès : blocage, frais d'obsèques et déblocage des fonds

Au décès, la banque bloque les comptes personnels du défunt. Les frais d'obsèques peuvent être payés sur ces comptes, les petites sommes débloquées sans notaire, et le reste versé aux héritiers sur présentation de l'acte de notoriété.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Dès qu'elle est informée du décès, la banque bloque les comptes dont le défunt était seul titulaire ; les procurations prennent fin.
  • La personne qui règle les obsèques peut obtenir leur paiement sur les comptes du défunt, sur facture, dans la limite de 5 965 € depuis le 1er janvier 2026.
  • Lorsque les avoirs sont inférieurs à 5 965 €, sans bien immobilier, testament ni donation entre époux, un héritier peut obtenir les fonds sur une attestation signée de tous les héritiers.
  • Au-delà, la banque verse les fonds sur présentation de l'acte de notoriété, en général au notaire chargé de la succession.
  • Les frais bancaires de succession sont plafonnés à 1 % des avoirs, dans la limite de 857 € en 2026.

Ce qui se passe à l'annonce du décès

La banque est informée du décès par la famille, par le notaire ou par les organismes sociaux. Elle bloque alors les comptes individuels du défunt : compte courant, livrets, comptes-titres. Les procurations données de son vivant prennent fin au décès (article 2003 du Code civil), et les cartes bancaires sont désactivées. Les virements entrants continuent d'être crédités, et les prélèvements autorisés avant le décès sont en général honorés dans la limite du solde.

Une pension de retraite versée pour une période postérieure au décès sera reprise par la caisse. Les héritiers ont intérêt à signaler le décès rapidement et à conserver les relevés, qui serviront à établir l'actif de la succession. Les premières démarches sont rappelées dans notre guide sur les démarches du premier mois.

Payer les obsèques sur le compte du défunt

L'article L. 312-1-4 du Code monétaire et financier permet à la personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles d'obtenir, sur présentation de la facture, le débit des comptes du défunt pour régler tout ou partie des frais d'obsèques, dans la limite du solde disponible et d'un plafond fixé par arrêté. L'arrêté du 24 décembre 2025 a porté ce plafond à 5 965 €. La banque peut verser les fonds directement à l'entreprise funéraire.

Ce paiement est un acte conservatoire : il laisse intacte la faculté de chaque héritier d'accepter ou de renoncer. Pour le calcul des droits de succession, les frais funéraires sont déduits de l'actif dans la limite forfaitaire de 1 500 €. La question de leur charge, notamment lorsque la succession est déficitaire, est traitée dans notre guide sur les dettes du défunt.

Débloquer de petites sommes sans notaire

Lorsque la succession est modeste, la loi évite le recours au notaire. Si le total des sommes détenues par la banque est inférieur à 5 965 €, et que la succession ne comprend ni bien immobilier, ni testament, ni donation entre époux, un héritier peut obtenir le versement des fonds ou la clôture des comptes en présentant une attestation signée par l'ensemble des héritiers.

La banque demande en général plusieurs pièces justificatives, dont la liste figure dans l'attestation type disponible en mairie ou sur les sites publics.

  • L'acte de décès et l'extrait d'acte de naissance du défunt.
  • Un extrait d'acte de naissance de chaque héritier et, le cas échéant, l'acte de mariage.
  • Le certificat d'absence d'inscription au fichier des dispositions de dernières volontés.
  • L'attestation par laquelle tous les héritiers déclarent l'absence de testament, d'autres héritiers, de contrat de mariage et de litige en cours.

Le rôle du notaire au-delà de ce seuil

Au-delà de 5 965 €, ou dès qu'un immeuble, un testament ou une donation entre époux figure dans la succession, la banque verse les fonds sur présentation de l'acte de notoriété établi par le notaire. Les sommes sont le plus souvent transférées sur le compte de l'étude, ouvert à la Caisse des dépôts et consignations ; nous réglons alors les factures urgentes, les frais et les droits de succession, puis répartissons le solde entre les héritiers.

Le notaire interroge le fichier national des comptes bancaires (FICOBA), tenu par l'administration fiscale, pour recenser tous les comptes ouverts au nom du défunt, et le fichier des contrats d'assurance-vie (FICOVIE). Cette recherche évite d'oublier un livret ancien ou un compte ouvert dans une autre banque.

Le compte joint

Le compte joint, ouvert au nom de plusieurs titulaires avec solidarité, continue de fonctionner après le décès de l'un d'eux, sauf stipulation contraire de la convention : le cotitulaire survivant, souvent le conjoint, peut continuer à l'utiliser pour les dépenses courantes.

Pour les droits de succession, les sommes figurant sur un compte joint sont présumées appartenir aux cotitulaires à parts égales, sauf preuve contraire (article 753 du Code général des impôts) : la moitié du solde au jour du décès entre dans la déclaration lorsque les titulaires sont deux. Sur le plan civil, la part du défunt revient à la succession et se règle dans les comptes entre le survivant et les héritiers. Un compte indivis, qui exige la signature de tous les titulaires, est bloqué dès le décès.

Livrets, titres, assurance-vie et coffre-fort

Les livrets réglementés, comme le livret A, sont clôturés et leur solde reversé à la succession. Les comptes-titres restent bloqués ; leur vente suppose l'accord de tous les héritiers. Le plan d'épargne en actions est clôturé du fait du décès.

L'assurance-vie obéit à d'autres règles : le capital est versé directement au bénéficiaire désigné, hors succession, sur présentation des pièces demandées par l'assureur, qui dispose alors d'un mois pour payer. Sa fiscalité propre est présentée dans notre guide sur l'assurance-vie et la transmission. L'accès au coffre-fort loué au nom du défunt est suspendu ; son ouverture se fait en présence des héritiers ou du notaire, qui inventorie son contenu.

Les frais bancaires de succession

Depuis le 13 novembre 2025, la loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 plafonne les frais que les banques facturent pour le traitement d'une succession : ils ne peuvent dépasser 1 % du total des soldes des comptes et de la valeur des produits d'épargne du défunt, dans la limite d'un montant revalorisé chaque 1er janvier, fixé à 857 € pour 2026.

La loi prévoyait aussi la gratuité dans certaines situations : défunt mineur, avoirs inférieurs à un seuil, succession simple réglée sur acte de notoriété. Le Conseil constitutionnel a censuré ces cas de gratuité en juin 2026, en raison de l'atteinte portée à la liberté d'entreprendre ; le plafonnement à 1 % et 857 € demeure. Les autres frais de la succession sont détaillés dans notre guide sur les frais de notaire d'une succession.

Les comptes oubliés

La loi du 13 juin 2014 dite loi Eckert oblige les banques à rechercher les titulaires décédés. Lorsque aucun héritier ne s'est manifesté, les fonds d'un compte inactif sont transférés à la Caisse des dépôts et consignations trois ans après le décès. Les héritiers peuvent les rechercher gratuitement sur le site Ciclade de la Caisse des dépôts et les réclamer, jusqu'à leur transfert définitif à l'État.

L'interrogation du fichier FICOBA par le notaire, au moment du règlement de la succession, reste le moyen le plus sûr de n'omettre aucun compte.

Exemple chiffré

Obsèques et frais bancaires sur une épargne de 34 200 €

Un veuf décède en laissant 4 200 € sur son compte courant, 18 000 € sur un livret A et 12 000 € sur un plan d'épargne logement. Sa fille règle les obsèques, facturées 4 800 €, et demande à la banque de payer l'entreprise funéraire.

Total des avoirs au jour du décès
34 200 €
Paiement des obsèques sur facture (plafond de 5 965 €)
4 800 €
Plafond des frais bancaires de succession (1 % des avoirs)
342 €
Plafond annuel 2026
857 €
Frais bancaires maximaux facturables
342 €
Déblocage du solde
Sur acte de notoriété, les avoirs dépassant 5 965 €

Les obsèques sont payées dans les jours qui suivent, sans attendre l'acte de notoriété. Pour le solde, la fille s'adresse au notaire, qui obtient le versement des fonds, règle les frais et remet à chaque héritier sa part.

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Questions fréquentes

Le conjoint peut-il continuer à utiliser le compte du défunt ?

Sur un compte joint, oui : le cotitulaire survivant conserve l'usage du compte, sous réserve de la convention. Sur un compte ouvert au seul nom du défunt, les procurations ont pris fin au décès et le compte est bloqué ; seuls les frais d'obsèques et certaines dépenses urgentes peuvent y être prélevés. Lorsque la succession le permet, le notaire peut lui verser une avance sur ses droits avec l'accord des héritiers.

Peut-on retirer de l'argent avec la carte du défunt pour payer des factures ?

Les procurations et l'usage de la carte cessent au décès. Retirer des fonds avec la carte expose l'héritier à être considéré comme acceptant la succession, voire à des sanctions pour recel s'il dissimule ces sommes. Les factures urgentes se règlent par la procédure prévue pour les obsèques ou, avec l'acte de notoriété, par l'intermédiaire du notaire.

Comment connaître tous les comptes bancaires d'un défunt ?

Le notaire chargé de la succession interroge le fichier FICOBA, qui recense les comptes ouverts en France, et le fichier FICOVIE pour les contrats d'assurance-vie. Les héritiers peuvent aussi en faire la demande auprès de l'administration fiscale en justifiant de leur qualité. Le site Ciclade permet enfin de retrouver les avoirs déjà transférés à la Caisse des dépôts.

La banque peut-elle refuser de payer la facture des obsèques ?

La banque paie sur présentation de la facture, dans la limite du solde disponible et du plafond de 5 965 €. Si les comptes sont insuffisants, la différence est supportée par la succession ou, à défaut, par les descendants et ascendants du défunt selon leurs moyens. Une assurance obsèques ou un capital décès peut aussi prendre le relais.

Faut-il un notaire pour clôturer un livret A ?

Lorsque l'ensemble des avoirs détenus par la banque est inférieur à 5 965 € et que la succession ne comprend ni immeuble, ni testament, ni donation entre époux, l'attestation signée par tous les héritiers suffit. Au-delà, la banque exige l'acte de notoriété établi par le notaire.

Un héritier peut-il obtenir les relevés des comptes du défunt ?

En qualité d'héritier, vous pouvez demander à la banque les relevés des comptes du défunt, y compris pour la période qui précède le décès : le secret bancaire cède devant les héritiers pour les informations nécessaires au règlement de la succession. Ces relevés permettent de repérer des retraits importants ou des virements susceptibles de constituer des donations, à prendre en compte dans le partage.

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Sources

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