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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Héritage reçu pendant le mariage : est-il partagé au divorce ?

Un héritage reste la propriété de l'époux héritier, même reçu pendant le mariage. Les difficultés viennent des fonds mêlés à ceux du couple : récompense, remploi, preuves à conserver.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un héritage reçu pendant le mariage reste la propriété personnelle de l'époux héritier et lui revient au divorce, sous le régime légal comme en séparation de biens (article 1405 du Code civil).
  • La communauté universelle fait exception : les biens hérités y entrent et se partagent, sauf clause contraire du contrat de mariage ou volonté contraire exprimée dans la donation ou le testament.
  • Lorsque les fonds hérités ont été versés sur un compte commun et utilisés par le couple, l'héritier récupère leur valeur par une récompense, à condition de prouver leur origine et leur parcours (article 1433).
  • Les revenus tirés de l'héritage pendant le mariage, loyers ou intérêts, sont communs ; le bien hérité lui-même et sa plus-value restent propres.
  • Un bien acheté avec l'héritage devient commun faute de déclaration de remploi dans l'acte d'achat : l'héritier dispose alors d'une récompense calculée sur la valeur actuelle du bien.

Le principe : l'héritage reste à l'époux héritier

Sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, celui des couples mariés sans contrat, restent propres les biens qu'un époux acquiert pendant le mariage par succession, donation ou legs (article 1405 du Code civil). Une maison, un terrain, des parts de société, une somme d'argent ou des bijoux hérités d'un parent appartiennent donc au seul époux héritier. Au divorce, il les reprend avant tout partage, sans rien devoir à son conjoint.

Les autres régimes aboutissent au même résultat. En séparation de biens, chaque époux reste propriétaire de ce qu'il reçoit. En participation aux acquêts, les biens recueillis par succession s'ajoutent au patrimoine originaire de l'héritier : ils restent en dehors de l'enrichissement à partager à la dissolution. Le principe est donc solide ; les difficultés naissent de ce que l'héritage devient pendant les années de mariage.

Les exceptions : communauté universelle et clauses particulières

Les époux qui ont adopté une communauté universelle mettent en commun leurs biens présents et à venir. Les biens reçus par succession y entrent, sauf clause contraire du contrat de mariage, et se partagent au divorce par moitié. Seuls les biens propres par nature, comme les vêtements ou les indemnités d'un préjudice corporel, en restent exclus, sauf stipulation contraire. Notre guide sur la communauté universelle en présente le fonctionnement.

L'auteur d'une donation ou d'un testament peut aussi fixer lui-même le sort du bien. Il peut stipuler que le bien entrera dans la communauté ; à l'inverse, un legs ou une donation faits aux deux époux conjointement tombent en communauté, sauf stipulation contraire (article 1405, alinéa 2). La lecture du testament ou de l'acte de donation fait donc partie de la liquidation.

Les revenus de l'héritage appartiennent à la communauté

Le bien hérité reste propre, mais ses revenus entrent dans la communauté lorsqu'ils sont épargnés : l'article 1401 du Code civil range parmi les biens communs les acquêts provenant des économies faites sur les fruits et revenus des biens propres. Les loyers d'un appartement hérité, versés sur un livret pendant dix ans, forment ainsi une épargne commune, partagée au divorce.

La plus-value du bien hérité reste en revanche à l'héritier : une maison héritée d'une valeur de 150 000 € qui en vaut 220 000 au divorce lui revient pour sa valeur actuelle. Lorsque le couple a financé avec ses revenus des travaux sur cette maison, la communauté a droit à une récompense égale à la plus-value que ces travaux ont apportée, comme l'explique notre guide sur les travaux payés dans la maison du conjoint.

Héritage versé sur un compte commun ou dépensé par le couple

L'argent hérité conserve sa nature propre même lorsqu'il est déposé sur un compte joint. S'il a servi au ménage, à l'achat d'un bien commun ou au remboursement d'un prêt commun, la communauté en a tiré profit et doit une récompense à l'époux héritier (article 1433 du Code civil). La Cour de cassation considère que la communauté qui a encaissé des fonds propres sans qu'il en soit fait emploi ou remploi en a profité, sauf preuve contraire.

La récompense est égale à la somme dépensée lorsque les fonds ont servi à des dépenses courantes, et à la valeur actuelle de la fraction du bien financée lorsqu'ils ont servi à acheter ou améliorer un bien. La preuve incombe à l'héritier : déclaration de succession, relevé du compte de l'étude qui a réglé la succession, relevés bancaires montrant l'arrivée des fonds puis leur utilisation. Plus le versement est ancien, plus ces pièces deviennent difficiles à réunir. La méthode de calcul figure dans notre guide sur les récompenses.

Un bien acheté avec l'héritage : l'importance de la déclaration de remploi

Un époux qui achète un bien avec des fonds hérités peut en faire un bien propre par une déclaration d'emploi dans l'acte d'acquisition, indiquant l'origine des fonds et sa volonté d'acquérir pour lui seul (article 1434 du Code civil). Si la part de l'héritage atteint au moins la moitié du coût, le bien est propre, à charge de récompense pour le surplus financé par la communauté ; en deçà, il est commun, et l'héritier dispose d'une récompense (article 1436).

Sans déclaration, le bien acheté pendant le mariage est commun, même payé intégralement avec l'héritage. L'héritier n'obtient alors qu'une récompense, calculée sur la valeur actuelle du bien à proportion de son apport. Les époux peuvent régulariser ensemble un remploi a posteriori, tant qu'ils s'entendent. La rédaction de cette clause est expliquée dans notre guide sur la déclaration d'emploi ou de remploi.

La maison de famille rachetée aux frères et sœurs

L'héritier qui rachète à ses cohéritiers leurs parts de la maison familiale en devient seul propriétaire à titre propre, même si le rachat est payé avec des fonds communs (article 1408 du Code civil). Au divorce, la maison lui reste en totalité. La communauté qui a financé le rachat, par exemple par un prêt remboursé avec les salaires du couple, a droit à une récompense calculée sur la valeur actuelle des parts rachetées.

Cette situation est fréquente pour les longères et les corps de ferme de la Beauce et du Perche transmis au sein des familles. Les modalités du rachat sont décrites dans notre guide sur la sortie d'une indivision successorale ; au divorce, nous reprenons l'acte de rachat et le financement pour chiffrer la récompense.

Les pièces à réunir pour faire valoir un héritage

Le caractère propre d'un héritage se prouve par écrit. Lorsque la liquidation intervient des années après la succession, les pièces sont dispersées entre l'étude qui a réglé la succession, la banque et les archives personnelles. Les rassembler avant le premier rendez-vous permet de chiffrer immédiatement les récompenses et d'aborder la négociation sur des bases vérifiables par chacun des avocats.

  • Acte de notoriété et déclaration de succession, ou testament et acte de délivrance du legs.
  • Relevé de compte de l'étude chargée de la succession, indiquant la somme versée à l'héritier.
  • Relevés bancaires montrant l'arrivée des fonds puis leur utilisation.
  • Acte d'achat mentionnant, le cas échéant, l'origine des fonds ou une déclaration de remploi.
  • Factures des travaux financés sur le bien hérité, avec l'origine des paiements.

Exemple chiffré

L'héritage de Nathalie, versé sur le compte joint

Nathalie, mariée sans contrat, hérite de 80 000 € de sa mère en 2016. Les fonds sont versés sur le compte joint. Le couple utilise 50 000 € comme apport pour acheter en 2017 une maison commune d'un coût total de 250 000 €, sans déclaration de remploi, et 30 000 € pour des dépenses du ménage : vacances, frais d'études des enfants, dépenses courantes. Au divorce, la maison vaut 320 000 € et il reste 90 000 € de prêt. Nathalie produit la déclaration de succession et les relevés du compte joint.

Récompense pour l'apport dans la maison (320 000 € × 50 000 ÷ 250 000)
64 000 €
Récompense pour les fonds dépensés par le ménage
30 000 €
Total des récompenses dues à Nathalie
94 000 €
Masse commune nette (320 000 € − 90 000 €)
230 000 €
Reste à partager après prélèvement des récompenses
136 000 €, soit 68 000 € chacun
Droits de Nathalie (94 000 € + 68 000 €)
162 000 €
Soulte due par Nathalie si elle garde la maison (230 000 € − 162 000 €)
68 000 €

Sans preuve de l'origine des fonds, chaque époux aurait reçu 115 000 €, et Nathalie aurait dû verser 115 000 € de soulte pour garder la maison. Les relevés bancaires et la déclaration de succession valent ici 47 000 € : ils sont à rassembler dès que la séparation se profile.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

Mon conjoint peut-il réclamer une part de la maison dont j'ai hérité ?

La maison héritée vous reste en totalité, avec sa plus-value. Votre conjoint peut seulement faire valoir les droits de la communauté si celle-ci a financé des travaux, remboursé un prêt ou payé le rachat de parts de vos cohéritiers : une récompense est alors due, dont il reçoit la moitié. Les loyers épargnés, si la maison était louée, sont également communs.

La succession de mes parents est encore en cours : que se passe-t-il si nous divorçons ?

Votre part d'héritage vous reste propre, quelle que soit la date du règlement de la succession. Le notaire chargé du divorce l'écarte de la masse à partager. Si des fonds de la succession vous sont versés pendant la procédure, versez-les de préférence sur un compte personnel, afin d'en conserver la trace et d'éviter toute confusion avec les fonds communs du ménage.

J'ai placé mon héritage sur une assurance-vie : entre-t-elle dans le partage ?

Les primes financées par des fonds hérités restent propres, à condition de prouver leur origine : déclaration de succession, relevés bancaires, courrier à l'assureur lors du versement. Si le contrat a aussi reçu des revenus du couple, le notaire distingue les deux origines. Notre guide sur l'assurance-vie dans le divorce présente ce calcul.

Nous sommes pacsés : l'héritage de mon partenaire est-il partagé à la rupture ?

Sous le régime par défaut de la séparation des patrimoines, l'héritage reste personnel. Si votre convention de PACS a retenu l'indivision, les biens acquis pendant le pacte sont en principe indivis par moitié, mais un bien acheté avec des fonds hérités reste personnel lorsque l'acte d'acquisition mentionne l'origine des fonds (article 515-5-2 du Code civil).

Où retrouver la preuve d'un héritage reçu il y a longtemps ?

Le notaire qui a réglé la succession conserve la déclaration de succession, l'acte de notoriété et le relevé de compte indiquant les sommes versées à chaque héritier ; il peut vous en délivrer copie. Votre banque peut fournir des relevés anciens, dans la limite de ses durées de conservation. Rassemblez ces pièces tôt : elles fondent la récompense et sont souvent la clé de la négociation.

Premier rendez-vous

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L'étude partage les biens et prépare les actes, en lien avec vos avocats.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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