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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Acheter un logement pendant la procédure de divorce : à qui appartiendra-t-il ?

Un époux en instance de divorce peut acheter son futur logement, mais le bien risque de tomber dans la communauté. Tout dépend du régime matrimonial, du type de divorce et de la date de ses effets : les règles et les précautions à prendre.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un époux peut acheter seul un logement pendant la procédure de divorce ; sous le régime de la communauté, le bien reste personnel seulement s'il est acquis après la date des effets du divorce ou payé avec des fonds propres déclarés dans l'acte.
  • Dans un divorce judiciaire, les effets remontent entre époux à la date de la demande en divorce (article 262-1 du Code civil) : un achat postérieur échappe à la communauté une fois le divorce prononcé.
  • Dans un divorce par consentement mutuel, la communauté dure jusqu'à ce que la convention acquière force exécutoire, sauf date antérieure prévue dans la convention : un achat réalisé avant sa signature tombe en principe dans la communauté.
  • En séparation de biens, le bien acheté seul appartient à son acquéreur, sous réserve de l'origine des fonds.
  • Les banques exigent souvent l'accord du conjoint ou le jugement de divorce pour prêter à un époux en instance de divorce.

Pourquoi le régime matrimonial décide de tout

Jusqu'au jour où le divorce devient définitif, les époux restent mariés et leur régime matrimonial continue de s'appliquer. Sous la communauté réduite aux acquêts, régime des couples mariés sans contrat, les biens acquis pendant le mariage sont communs, même achetés par un seul époux avec ses revenus. Chaque époux peut acquérir seul, mais l'acquisition profite à la communauté. En séparation de biens, chacun reste propriétaire de ce qu'il achète seul.

La question devient donc : à quelle date la communauté cesse-t-elle de s'enrichir des acquisitions de chacun ? Entre époux, c'est la date des effets du divorce, qui varie selon la procédure. Notre guide sur la date des effets du divorce détaille cette règle ; elle commande tout le reste.

Dans un divorce judiciaire : l'achat après la demande

Dans un divorce judiciaire, le jugement produit ses effets entre les époux, pour leurs biens, à la date de la demande en divorce (article 262-1 du Code civil). Un logement acheté après cette date, avec des revenus perçus après elle ou un prêt personnel, n'entre donc pas dans la communauté à partager, une fois le divorce prononcé. Le juge peut même reporter ces effets à la date où les époux ont cessé de cohabiter et de collaborer.

Cette rétroactivité ne vaut qu'une fois le divorce prononcé, et entre les époux. Si la procédure est abandonnée ou les époux se réconcilient, le bien reste commun. À l'égard des tiers, le divorce n'est opposable qu'après sa mention en marge des actes d'état civil. C'est pourquoi l'acte d'achat mentionne la procédure en cours et, le plus souvent, fait intervenir le conjoint pour qu'il reconnaisse le caractère personnel de l'acquisition, sa date et l'origine des fonds.

L'origine des fonds reste essentielle. L'épargne existant à la date de la demande appartient à la communauté : l'utiliser pour l'apport crée une dette envers l'indivision post-communautaire, prise en compte au partage. Les salaires perçus après la demande, une donation de vos parents ou une avance sur votre part accordée par le juge peuvent en revanche financer l'achat sans difficulté.

Dans un divorce par consentement mutuel : attention au calendrier

Dans le divorce amiable, la convention produit ses effets entre les époux à la date à laquelle elle acquiert force exécutoire, c'est-à-dire au dépôt chez le notaire, à moins qu'elle n'en stipule autrement (article 262-1). Tant que la convention n'est pas signée et déposée, la communauté continue : un logement acheté par un seul époux avant cette date est en principe commun et doit figurer dans l'état liquidatif.

Pour éviter cet écueil, la voie la plus simple consiste à signer et déposer la convention avant l'acquisition, ce qui suppose d'anticiper le calendrier avec les avocats et le notaire. Il est aussi possible de prévoir dans la convention une date d'effet antérieure, par exemple celle de la séparation, et à faire intervenir le conjoint à l'acte d'achat pour qu'il reconnaisse le caractère personnel du bien. Cette solution suppose un accord solide entre les époux sur l'ensemble du divorce.

Acheter avec des fonds propres : la déclaration de remploi

Un époux commun en biens peut aussi acquérir un bien propre à tout moment du mariage, lorsqu'il le finance avec des fonds propres : prix de vente d'un bien possédé avant le mariage, héritage, donation. L'acte d'achat doit alors comporter une déclaration d'emploi ou de remploi, qui précise l'origine des fonds et la volonté d'acquérir en propre (article 1434 du Code civil).

Lorsque les fonds propres ne couvrent qu'une partie du prix, le bien reste propre si leur contribution dépasse celle de la communauté, à charge de récompense pour la part financée par elle ; à défaut, il est commun. Notre guide sur la déclaration d'emploi ou de remploi présente la rédaction de la clause et ses effets.

Obtenir un prêt pendant le divorce

Un emprunt contracté par un seul époux commun en biens n'engage que ses biens propres et ses revenus, sauf consentement exprès de l'autre (article 1415 du Code civil). Les banques demandent donc souvent l'accord du conjoint, une copie de la demande en divorce ou de la convention, voire le jugement définitif avant d'accorder le prêt.

Le prêt qui a financé la maison du couple pèse aussi sur la capacité d'emprunt : tant que la banque n'a pas libéré l'emprunteur qui part, ses échéances entrent dans le calcul de son taux d'endettement, plafonné à 35 % des revenus, assurance comprise. La vente de la maison ou l'encaissement de la soulte débloquent souvent la situation. Notre guide sur le crédit immobilier au divorce décrit la désolidarisation, et celui sur l'achat et la vente simultanés les montages de transition.

Les autres points à vérifier avant de signer

Le futur acquéreur vérifie son éligibilité aux aides : le prêt à taux zéro est réservé aux ménages qui n'ont pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des deux années précédentes, ce qui exclut en principe l'époux copropriétaire du logement familial. Les frais d'acquisition en Eure-et-Loir sont détaillés dans notre guide sur les frais de notaire à Chartres.

Le départ du logement familial a aussi des conséquences : celui qui part laisse en principe l'occupation à l'autre, qui peut devoir une indemnité d'occupation après la demande en divorce, et il conserve l'exonération de plus-value sur la future vente de l'ancienne maison si son ex-conjoint l'occupe jusqu'à la mise en vente. Nous examinons ces points avec vous, ainsi que la rédaction de l'acte, avant la signature du compromis.

Exemple chiffré

Le même appartement, deux calendriers

Camille, mariée sans contrat, achète en juin 2026 un appartement à Chartres au prix de 180 000 €, avec un apport de 20 000 € et un prêt de 160 000 € à son seul nom. Premier cas : son avocat a déposé une demande en divorce judiciaire en janvier 2026, et l'apport provient de ses salaires perçus depuis. Second cas : les époux préparent un divorce amiable dont la convention sera signée en octobre, sans date d'effet antérieure.

Premier cas : date des effets du divorce
Janvier 2026, date de la demande
Premier cas : sort de l'appartement
Bien personnel de Camille, hors partage
Second cas : sort de l'appartement
Bien commun, à inscrire dans l'état liquidatif
Second cas : valeur nette commune (180 000 − 160 000)
20 000 €
Second cas : droits de son conjoint sur cette valeur
10 000 €, sous réserve des comptes de récompense
Second cas : droit de partage si Camille garde l'appartement (1,1 % × 20 000)
220 €

Dans le second cas, signer la convention avant l'achat, ou y prévoir une date d'effet antérieure avec l'intervention du conjoint à l'acte, aurait évité d'intégrer l'appartement au partage.

Refaire le calcul avec vos chiffres : frais d'acquisition

Questions fréquentes

Mon conjoint doit-il signer l'acte d'achat de mon nouveau logement ?

Sa signature n'est pas juridiquement exigée pour acquérir, mais son intervention est vivement recommandée pendant la procédure : elle permet de constater que le bien vous restera personnel et d'éviter une contestation lors de la liquidation. La banque peut aussi exiger son consentement au prêt.

Si la procédure de divorce est abandonnée, que devient le logement acheté ?

Sous le régime de la communauté, le bien acquis pendant le mariage redevient, en l'absence de divorce, un bien commun, sauf s'il a été financé par des fonds propres avec une déclaration de remploi. Une reconnaissance faite dans l'acte en vue du divorce ne produit pas d'effet si le divorce n'a pas lieu.

Puis-je utiliser l'épargne commune pour mon apport ?

L'épargne existant à la date des effets du divorce appartient à la communauté, puis à l'indivision entre époux. L'utiliser sans accord crée une dette envers l'indivision, réglée au partage, et peut nourrir un contentieux. Le juge peut, pendant la procédure, accorder une avance sur la part de communauté : c'est la voie adaptée si vous avez besoin de ces fonds.

Vaut-il mieux attendre le jugement de divorce pour acheter ?

Attendre simplifie tout : le bien vous appartient sans discussion et la banque n'exige plus l'accord de votre ex-conjoint. Lorsqu'un achat rapide s'impose, par exemple pour loger les enfants près de leur école, il reste possible avec les précautions décrites plus haut. Un rendez-vous avant le compromis permet de choisir la rédaction adaptée.

Puis-je acheter avec mon nouveau compagnon pendant la procédure ?

Oui, mais votre quote-part suit les mêmes règles que si vous achetiez seul : sous le régime de la communauté, elle risque de tomber dans la communauté si l'achat précède la date des effets du divorce. L'acte d'achat fixe les quotes-parts de chacun selon son financement, et votre conjoint intervient utilement pour reconnaître le caractère personnel de votre part. Notre guide sur l'achat à deux présente les options d'un couple non marié.

Le logement acheté pendant la procédure peut-il être saisi par un créancier de mon conjoint ?

Tant que le divorce n'a pas été mentionné à l'état civil, les tiers peuvent ignorer la dissolution de la communauté. Un créancier de votre conjoint pourrait donc tenter de saisir un bien qu'il croit commun. La mention de la procédure et l'intervention du conjoint dans l'acte d'achat, publié au service de la publicité foncière, limitent ce risque, qui disparaît avec la transcription du divorce.

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Sources

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