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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Divorce

Travaux payés dans la maison de son conjoint : récupérer sa mise au divorce

Les travaux financés dans la maison de son conjoint se récupèrent en argent au divorce, sur la base de la plus-value qu'ils apportent aujourd'hui. Récompense, créance, contribution aux charges : ce qui s'applique selon le régime et l'origine des fonds.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Les travaux payés dans la maison propre de son conjoint se récupèrent au divorce sous la forme d'une somme d'argent, calculée sur la plus-value qu'ils apportent aujourd'hui au bien, et non sur leur coût d'origine (article 1469, alinéa 3 du Code civil).
  • Mariés sans contrat, lorsque les travaux ont été payés avec les revenus du couple, l'époux propriétaire doit une récompense à la communauté, dont l'autre reçoit la moitié ; payés avec les fonds personnels de l'autre époux, ils ouvrent une créance entre époux pour la totalité.
  • En séparation de biens, l'apport en capital de fonds personnels pour améliorer le bien de l'autre ouvre une créance (Cass. 1re civ., 5 avril 2023, n° 21-22.296) ; les dépenses payées au fil du mariage relèvent en principe de la contribution aux charges du mariage.
  • Les dépenses d'entretien courant restent à la charge de la communauté ; le travail fourni personnellement se valorise difficilement. Factures, relevés bancaires et estimation du bien avec et sans travaux forment l'essentiel du dossier.

La maison reste à son propriétaire, la mise se récupère en argent

Les travaux payés dans la maison de son conjoint laissent la propriété à ce dernier : ce qui est incorporé à un bien appartient au propriétaire de ce bien. Une extension, une véranda, une nouvelle toiture ou une rénovation énergétique financées pendant le mariage profitent donc, en nature, à l'époux propriétaire de la maison, qui la conserve au divorce.

La loi rééquilibre ces transferts au moment de la liquidation, par une somme d'argent. Son fondement et son bénéficiaire dépendent du régime matrimonial et de l'origine des fonds. La méthode de calcul, elle, est commune à la plupart des situations : elle part de la plus-value que les travaux apportent aujourd'hui au bien.

La maison reste à son propriétaire, la mise se récupère en argent
Régime et origine des fondsMécanismeQui en profite
Sans contrat, travaux payés avec les revenus du coupleRécompense due à la communauté (article 1437)Les deux époux, par moitié
Sans contrat, travaux payés avec les fonds propres de l'autre époux (héritage, donation reçue)Créance entre époux (articles 1478 et 1479)L'époux qui a payé, en totalité
Séparation de biens, apport en capital de fonds personnelsCréance entre époux (article 1543)L'époux qui a payé, sauf intention de donner
Séparation de biens, dépenses payées au fil du mariageContribution aux charges du mariage, en principeRemboursement seulement en cas de surcontribution prouvée

Mariés sans contrat : la récompense due à la communauté

Les salaires des époux mariés sans contrat sont communs. Lorsqu'ils financent l'amélioration d'un bien propre, par exemple la maison héritée ou achetée avant le mariage par l'un des époux, la communauté a droit à une récompense (article 1437 du Code civil). L'époux propriétaire en rapporte le montant à la masse commune, dont l'autre reçoit la moitié.

Seules certaines dépenses donnent lieu à récompense. Les charges de la jouissance des biens propres, comme l'entretien courant, les petites réparations ou la peinture d'une pièce, incombent à la communauté (article 1409), en contrepartie de l'usage qu'elle retire du bien. Les dépenses de conservation, comme le remplacement d'une toiture menacée, ouvrent une récompense au moins égale à la dépense faite. Les travaux d'amélioration, enfin, ouvrent une récompense égale à la plus-value qu'ils procurent. Notre guide sur les récompenses replace ces règles dans l'ensemble de la liquidation.

Travaux payés avec vos fonds personnels : une créance entre époux

Lorsque l'époux non propriétaire a financé les travaux avec des fonds qui lui sont propres, héritage, donation de ses parents, prix de vente d'un bien possédé avant le mariage, l'argent passe directement de son patrimoine personnel à celui de son conjoint. Il dispose alors d'une créance personnelle contre lui, qui lui revient en totalité.

Sauf convention contraire, cette créance s'évalue selon les règles de l'article 1469, alinéa 3, et les intérêts courent du jour de la liquidation (article 1479 du Code civil). Elle suppose de prouver l'origine propre des fonds, puis leur affectation aux travaux : déclaration de succession ou acte de donation, relevés bancaires, factures. Lorsque des travaux ont été payés pour partie par la communauté et pour partie par des fonds personnels, le notaire répartit la plus-value entre la récompense et la créance à proportion des financements.

En séparation de biens : créance ou contribution aux charges ?

Entre époux séparés de biens, la question centrale est celle de la contribution aux charges du mariage. Chaque époux y participe à proportion de ses facultés, et les dépenses courantes du logement familial, échéances de prêt comprises, relèvent en principe de cette contribution : elles restent acquises au propriétaire. La Cour de cassation distingue cependant l'apport en capital : l'apport de fonds personnels destiné à améliorer, par une construction, le bien personnel de l'autre affecté à l'usage familial ne relève pas de cette contribution (Cass. 1re civ., 5 avril 2023, n° 21-22.296).

Cet apport ouvre une créance, calculée selon le profit subsistant, sauf si l'époux qui a payé avait l'intention de donner, ce qu'il appartient à son conjoint de démontrer. Le contrat de mariage compte aussi : une clause selon laquelle chacun est réputé avoir contribué au jour le jour peut faire obstacle à certaines réclamations. Notre guide sur le divorce en séparation de biens détaille cette jurisprudence.

Mesurer la plus-value apportée par les travaux

La plus-value correspond à la différence entre la valeur actuelle de la maison et celle qu'elle aurait aujourd'hui sans les travaux. Elle s'apprécie à une date aussi proche que possible du partage. Une extension ou une pièce supplémentaire conserve en général une plus-value durable ; une cuisine équipée ou une salle de bains refaites il y a quinze ans peuvent au contraire n'en apporter presque plus, leur usure réduisant d'autant la somme due.

Le mécanisme joue dans les deux sens : si la plus-value dépasse le coût des travaux, la somme due dépasse la mise ; si elle est inférieure, la somme due l'est aussi, sauf dépense de conservation nécessaire. Les époux fixent souvent ces valeurs d'un commun accord sur la base d'une estimation ; en cas de désaccord, une expertise s'impose, comme l'explique notre guide sur le désaccord sur la valeur de la maison. Pour une maison entièrement construite sur le terrain d'un époux, la méthode propre à cette situation figure dans notre guide sur la maison construite sur un terrain propre.

Travail personnel et preuves à réunir

Beaucoup d'époux ont consacré leurs week-ends aux travaux de la maison de l'autre. Selon la jurisprudence, ce travail personnel se valorise difficilement : il est en principe regardé comme une participation à la vie du ménage, et seules les sommes effectivement dépensées entrent dans le calcul. Les matériaux achetés avec vos fonds restent en revanche pris en compte, d'où l'importance de conserver les factures et la preuve de leur paiement.

La prescription ne court pas entre époux pendant le mariage (article 2236 du Code civil) : des travaux payés il y a vingt ans peuvent encore être invoqués au divorce, à condition d'en apporter la preuve. Mieux vaut formuler la demande dès le projet d'état liquidatif, pièces à l'appui, pour qu'elle soit discutée avec le reste des comptes.

  • Factures des entreprises et des matériaux, avec leur date.
  • Relevés bancaires montrant le compte débité pour chaque paiement.
  • Justificatif de l'origine des fonds personnels : succession, donation, vente d'un bien antérieur au mariage.
  • Permis de construire ou déclaration préalable pour les travaux d'agrandissement.
  • Photographies et descriptif de la maison avant les travaux, utiles à l'expert.

Exemple chiffré

L'extension de la maison héritée par Claire

Claire a hérité d'une maison à Lèves. Mariée sans contrat avec David, elle y fait réaliser en 2016 une extension et une rénovation pour 45 000 € : 30 000 € sont payés avec les salaires du couple, 15 000 € avec le prix de vente d'un studio que David possédait avant le mariage. Au divorce, la maison vaut 310 000 € ; sans les travaux, elle vaudrait 250 000 €.

Plus-value apportée par les travaux (310 000 € − 250 000 €)
60 000 €
Récompense due par Claire à la communauté (60 000 € × 30 000 ÷ 45 000)
40 000 €
Part de la récompense revenant à David dans le partage
20 000 €
Créance personnelle de David (60 000 € × 15 000 ÷ 45 000)
20 000 €
Total revenant à David au titre des travaux
40 000 €
Même calcul si la plus-value n'était que de 36 000 €
Récompense de 24 000 €, créance de 12 000 €

Claire garde sa maison. David récupère 40 000 € au titre des travaux, soit davantage que les 30 000 € correspondant à sa moitié des fonds communs et à son apport personnel, parce que la plus-value dépasse le coût des travaux. Avec une plus-value plus faible, la somme due diminue dans la même proportion.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

J'ai financé la cuisine de la maison de ma femme il y a quinze ans : que puis-je récupérer ?

La somme due se calcule sur la plus-value que cette cuisine apporte aujourd'hui à la maison, qui peut être faible après quinze ans d'usage. Si les fonds provenaient de vos revenus pendant un mariage sans contrat, la récompense profite à la communauté et vous en recevez la moitié. S'ils provenaient d'un héritage ou de votre épargne antérieure au mariage, la créance vous revient en totalité.

Mon conjoint soutient que les travaux étaient un cadeau : qui doit prouver quoi ?

L'époux qui a payé prouve le paiement et, le cas échéant, l'origine personnelle des fonds. Celui qui soutient qu'il s'agissait d'une donation doit démontrer l'intention de donner, qui ne se présume pas. Des messages, un courrier ou un acte évoquant expressément un cadeau peuvent suffire ; à défaut, la créance ou la récompense est due.

Les factures sont au nom de mon conjoint : ai-je perdu mes droits ?

Ce qui compte est l'origine des fonds qui ont payé les factures, et non le nom qui y figure. Les relevés bancaires montrant les virements depuis votre compte personnel, ou depuis le compte commun, établissent le financement. Conservez ces relevés dès que possible : les banques les archivent pendant une durée limitée.

Et si la maison a été vendue avant le divorce ?

La plus-value se calcule alors au jour de la vente, sur le prix obtenu, et la récompense ou la créance se prélève sur ce prix ou sur les autres biens. Si un nouveau bien a été acheté avec le prix, le calcul se reporte sur ce nouveau bien. Le notaire reconstitue ces étapes à partir des actes de vente et d'achat successifs.

Le notaire peut-il chiffrer ces sommes avant que nous négocions ?

Oui. À partir des factures, des relevés et d'une estimation du bien avec et sans travaux, nous établissons un projet de calcul, communiqué aux deux époux et à leurs avocats. Ce chiffrage donne une base objective à la négociation. Le guide sur la maison achetée avant le mariage montre comment ces sommes s'articulent avec la récompense due pour le prêt.

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Sources

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