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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Investissement locatif

Déficit foncier : imputer ses travaux, plafonds et engagement de location

Les travaux d'un logement loué nu peuvent réduire l'impôt sur vos autres revenus, dans des limites annuelles et à condition de maintenir la location pendant trois ans.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un déficit foncier naît au régime réel lorsque les charges d'une location nue dépassent les loyers de l'année ; le micro-foncier l'exclut.
  • La part du déficit qui ne provient pas des intérêts d'emprunt s'impute sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an ; le surplus et les intérêts se reportent sur les revenus fonciers des dix années suivantes (article 156 du Code général des impôts).
  • La limite est portée à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique qui font passer un logement de la classe E, F ou G à la classe A, B, C ou D, payés jusqu'au 31 décembre 2027.
  • Le logement doit rester loué jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit l'imputation, sous peine de reprise, sauf licenciement, invalidité ou décès.
  • Les travaux de construction, de reconstruction et d'agrandissement restent exclus des charges déductibles.

Comment naît un déficit foncier

Les loyers d'un logement loué vide constituent des revenus fonciers. Au régime réel, obligatoire au-delà de 15 000 € de loyers bruts annuels et ouvert sur option en deçà, le revenu imposable correspond aux loyers diminués des charges effectivement payées dans l'année. Lorsque les charges l'emportent, le résultat est négatif : c'est le déficit foncier. Au micro-foncier, l'abattement forfaitaire de 30 % tient lieu de toutes les charges : le déficit foncier suppose donc le régime réel.

L'option pour le régime réel se matérialise par le dépôt de la déclaration n° 2044 et vous engage pour trois ans. Une année de gros travaux justifie souvent l'option, même si les années suivantes redeviennent ordinaires. Le fonctionnement général des revenus fonciers est présenté dans notre guide sur la location nue.

Les travaux qui créent un déficit

Pour un local d'habitation, les dépenses de réparation et d'entretien, qui maintiennent ou remettent le logement en état, et les dépenses d'amélioration, qui apportent un confort nouveau sans modifier la structure, se déduisent l'année de leur paiement. Réfection d'une toiture, remplacement de fenêtres, isolation, installation d'un chauffage plus performant, mise aux normes électriques, rénovation d'une salle de bains relèvent de ces catégories.

Les travaux de construction, de reconstruction et d'agrandissement restent exclus. Ils augmentent le volume ou la surface habitable, ou modifient le gros œuvre de manière importante : extension, surélévation, transformation d'une grange en logement, aménagement de combles en pièces habitables. Ces dépenses, sans effet sur le revenu, majoreront en revanche le prix d'acquisition lors du calcul de la plus-value immobilière.

  • Intérêts, frais de dossier et assurance de l'emprunt.
  • Travaux de réparation, d'entretien et d'amélioration.
  • Taxe foncière, hors taxe d'enlèvement des ordures ménagères récupérable.
  • Charges de copropriété non récupérables et primes d'assurance.
  • Frais de gestion, dont un forfait de 20 € par local.

L'imputation : 10 700 € sur le revenu global

Les intérêts d'emprunt s'imputent d'abord, et exclusivement, sur les revenus fonciers. La part du déficit qui provient des autres charges, travaux compris, se déduit du revenu global de l'année dans la limite de 10 700 € ; elle réduit ainsi l'impôt dû sur vos salaires, pensions ou bénéfices, au taux marginal qui vous concerne. L'avantage porte sur l'impôt sur le revenu : les prélèvements sociaux, qui frappent les seuls revenus du patrimoine, restent inchangés.

Le surplus, ainsi que la part due aux intérêts, se reporte sur les revenus fonciers des dix années suivantes, qu'il réduit au barème et aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Si le revenu global de l'année est lui-même insuffisant, la fraction imputable se reporte sur le revenu global des six années suivantes.

L'imputation : 10 700 € sur le revenu global
Part du déficitImputation l'année des travauxReport du solde
Intérêts d'empruntRevenus fonciers de l'annéeRevenus fonciers des dix années suivantes
Autres charges et travauxRevenu global, jusqu'à 10 700 €Revenus fonciers des dix années suivantes
Travaux de rénovation énergétique éligiblesRevenu global, jusqu'à 21 400 €Revenus fonciers des dix années suivantes

Le plafond de 21 400 € pour la rénovation énergétique

La loi de finances pour 2023 a doublé la limite, à 21 400 €, pour les dépenses de rénovation énergétique qui permettent à un logement de passer d'une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D du diagnostic de performance énergétique. Les travaux doivent avoir fait l'objet d'un devis accepté à compter du 5 novembre 2022 et être payés entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027. Le gain de classe se justifie par un diagnostic avant travaux et un diagnostic après travaux.

Ce plafond majoré rejoint une contrainte de location : un logement classé G ne peut plus faire l'objet d'un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025, la classe F suivra le 1er janvier 2028 et la classe E en 2034. Notre guide sur le calendrier du DPE détaille ces échéances. Pour les maisons anciennes de Chartres et de la Beauce, souvent classées E ou F, les deux logiques se rejoignent.

L'engagement de location pendant trois ans

L'imputation sur le revenu global devient définitive si le logement reste loué nu jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit celle de l'imputation. Un déficit imputé sur les revenus de 2026 suppose ainsi une location jusqu'au 31 décembre 2029. Une vente ou une reprise pour habiter avant cette date entraîne la réintégration du déficit dans le revenu des années concernées, sauf licenciement, invalidité ou décès du contribuable ou de son conjoint.

Les associés d'une société civile immobilière à l'impôt sur le revenu imputent leur quote-part du déficit dans les mêmes limites ; ils s'engagent en outre à conserver leurs parts pendant la même durée. Une donation du logement avec réserve d'usufruit préserve l'avantage lorsque l'usufruitier continue de louer jusqu'au terme de l'engagement, selon la doctrine administrative rappelée par le 122e Congrès des notaires. Une donation en pleine propriété avant ce terme appelle une vérification préalable.

Construire une stratégie de travaux

Le plafond s'apprécie par année civile, d'après la date de paiement des factures. Répartir un chantier important sur deux années permet souvent d'utiliser deux fois la limite de 10 700 €, ou de 21 400 € pour une rénovation énergétique.

L'achat d'un logement à rénover se prête à cette stratégie : dans l'acte de vente, nous distinguons le cas échéant le prix du mobilier et vérifions les autorisations d'urbanisme nécessaires aux travaux. Le déficit foncier reste propre à la location nue : si vous envisagez ensuite une location meublée, le calendrier des deux régimes se prépare avant le début du chantier. Le nouveau dispositif Relance logement, ouvert depuis le 21 février 2026 aux logements collectifs lourdement réhabilités, constitue une autre voie, présentée dans notre guide sur la location nue.

Déficit foncier, transmission et plus-value

Le déficit foncier est personnel au contribuable. Les déficits en report ne se transmettent pas aux héritiers : au décès, ceux-ci repartent de zéro sur le bien reçu. Après une donation, le donateur conserve ses déficits reportables, imputables sur ses autres revenus fonciers, et le donataire ne peut s'en prévaloir. Avant de transmettre un patrimoine locatif à vos enfants, il est utile de mesurer le déficit restant à imputer.

Une dépense déduite des revenus fonciers ne peut ensuite majorer le prix d'acquisition dans le calcul de la plus-value. Le vendeur qui détient le bien depuis plus de cinq ans peut toutefois retenir un forfait de 15 % du prix d'achat pour travaux, sans justificatif, qui compense souvent cette règle.

Exemple chiffré

Une rénovation de 25 000 € sur une maison louée

Un couple imposé dans la tranche à 30 % perçoit 9 000 € de loyers en 2026. Il paie 3 000 € d'intérêts d'emprunt, 1 500 € de taxe foncière, d'assurance et de gestion, et 25 000 € de travaux de réparation et d'amélioration, sans changement de classe énergétique.

Loyers diminués des intérêts
6 000 €
Autres charges et travaux
26 500 €
Déficit hors intérêts
20 500 €
Imputé sur le revenu global 2026
10 700 €
Impôt sur le revenu économisé, à 30 %
3 210 €
Déficit reporté sur les revenus fonciers des dix années suivantes
9 800 €
Économie future, à 30 % et 17,2 %
4 626 €
Location à maintenir jusqu'au
31 décembre 2029

Si les mêmes travaux faisaient passer la maison de la classe F à la classe C, la limite de 21 400 € permettrait d'imputer la totalité des 20 500 € sur le revenu global en 2026, soit 6 150 € d'impôt en moins la première année.

Questions fréquentes

Peut-on créer un déficit foncier en SCI ?

Oui, dans une SCI soumise à l'impôt sur le revenu : le résultat foncier de la société se répartit entre les associés, et chacun impute sa quote-part du déficit sur son propre revenu global, dans la limite de 10 700 € par an. Chaque associé conserve ses parts jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation. Une SCI à l'impôt sur les sociétés relève d'autres règles, présentées dans notre guide sur la SCI à l'IR ou à l'IS.

Les intérêts d'emprunt peuvent-ils réduire mon impôt sur mes salaires ?

Les intérêts d'emprunt s'imputent uniquement sur les revenus fonciers, de l'année puis des dix années suivantes. Seules les autres charges, travaux compris, créent un déficit imputable sur le revenu global. Un emprunt important réduit donc surtout l'impôt sur les loyers, tandis que les travaux agissent sur l'impôt dû au titre de l'ensemble de vos revenus.

Que se passe-t-il si je vends le logement deux ans après les travaux ?

La vente avant le 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation entraîne la réintégration du déficit imputé sur le revenu global, dans le revenu de l'année où il avait été déduit. Seuls le licenciement, l'invalidité ou le décès du contribuable ou de son conjoint permettent d'y échapper. Avant de signer un avant-contrat, vérifiez avec nous la date de fin d'engagement.

Un bien acheté aux enchères ou en viager ouvre-t-il droit au déficit foncier ?

Le mode d'acquisition importe peu : dès lors que le logement est loué nu et que vous relevez du régime réel, ses charges et ses travaux se déduisent. Pour un bien occupé par un crédirentier, la question se pose autrement, puisque vous lui versez une rente au lieu de percevoir des loyers ; notre guide sur l'achat en viager en présente le régime.

Les travaux réalisés par le locataire sont-ils déductibles ?

Seules les dépenses payées par le propriétaire se déduisent. Des travaux financés par le locataire, avec votre accord, restent sans effet sur votre déficit ; en fin de bail, les améliorations laissées sans indemnité peuvent constituer un revenu foncier imposable pour leur valeur. Un avenant au bail précise la répartition des dépenses.

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Sources

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