L'essentiel
- Les héritiers choisissent librement le notaire chargé de la succession, où qu'il exerce en France : rien n'impose de passer par le notaire habituel du défunt ni par une étude de la commune du décès.
- En cas de désaccord, les règles professionnelles du notariat donnent la priorité au notaire choisi par le conjoint survivant, puis à celui des héritiers réservataires, puis des légataires universels, enfin des autres héritiers.
- Chaque héritier peut se faire assister de son propre notaire, qui intervient en concours : les émoluments réglementés d'un même acte sont alors partagés entre les deux études.
- Changer de notaire en cours de dossier reste possible ; le premier notaire est rémunéré pour les actes et les travaux déjà accomplis.
Le principe : un libre choix, sans compétence territoriale
Un notaire est compétent sur tout le territoire national. La famille d'une personne décédée à Chartres peut donc confier la succession à une étude de Chartres, de Dreux, de Paris ou de Bordeaux, et un notaire d'Eure-et-Loir peut régler la succession d'un défunt qui vivait à Lyon. Le lieu de situation des immeubles ne limite pas davantage ce choix : l'attestation de propriété d'une maison en Beauce peut être établie par n'importe quel notaire.
Le choix est souvent guidé par des raisons pratiques. Le notaire qui a reçu le contrat de mariage, les donations ou le testament du défunt connaît déjà le dossier et conserve ces actes dans ses minutes. La proximité compte aussi pour des héritiers qui préfèrent signer en personne, même si la procuration notariée établie à distance permet désormais à chacun de signer depuis chez lui.
Qui saisit le notaire, et quand ?
Un rendez-vous pris par un héritier, le conjoint survivant ou un légataire ouvre le dossier. L'initiative d'un seul suffit : n'importe quel héritier peut demander l'établissement de l'acte de notoriété, qui constate la dévolution et permet ensuite de débloquer les comptes. Les autres héritiers sont contactés par l'étude et restent libres d'accepter ce notaire ou d'en désigner un autre.
Le choix peut être exprès ou tacite : un héritier qui transmet ses pièces et signe les actes sans formuler d'objection est réputé l'avoir accepté. Mieux vaut régler la question dès les premières semaines, avant que les actes ne soient engagés, surtout lorsque les relations familiales sont tendues.
Le testament déposé chez un notaire
Lorsque le défunt a rédigé un testament authentique ou déposé un testament olographe chez un notaire, le fichier central des dispositions de dernières volontés en indique l'existence et l'étude dépositaire. Ce notaire conserve l'original, et la famille reste libre de confier le règlement à une autre étude, à laquelle il délivre une copie du testament.
Un testament olographe retrouvé dans les papiers du défunt doit être remis à un notaire, qui dresse un procès-verbal d'ouverture et de description, puis en adresse une copie au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession dans le mois (article 1007 du Code civil). Là encore, le notaire qui reçoit ce dépôt peut être celui que les héritiers ont choisi pour le reste du règlement.
En cas de désaccord entre héritiers
Lorsque les héritiers ne s'entendent pas, le règlement national inter-cours des notaires fixe un ordre de priorité entre les notaires choisis par chacun. Ces règles professionnelles visent à désigner le notaire qui dressera les actes ; elles laissent intacte la faculté de chaque héritier de se faire assister par le sien. La liste ci-dessous en rappelle l'ordre.
À rang égal, par exemple lorsque deux enfants choisissent chacun un notaire différent, la préférence revient au notaire qui représente l'intérêt le plus important dans la succession, puis, à égalité, au notaire le plus ancien. La chambre des notaires peut être saisie en cas de difficulté persistante.
- Le notaire du conjoint survivant, s'il n'a pas été privé de tout droit successoral.
- Le notaire des héritiers réservataires, c'est-à-dire des enfants ou de leurs descendants.
- Le notaire des légataires universels.
- Le notaire des autres héritiers.
Deux notaires en concours : comment se partagent les frais
Un héritier qui souhaite être conseillé par son propre notaire peut lui demander d'intervenir aux côtés du notaire chargé du dossier. Les deux études examinent ensemble la dévolution, les évaluations et le projet de partage ; le notaire désigné reçoit l'acte, l'autre y participe en concours. Cette organisation est fréquente lorsque les héritiers vivent loin les uns des autres ou appartiennent à deux branches familiales distinctes.
Les émoluments d'un acte tarifé sont fixés par le tarif national, quel que soit le nombre de notaires. Lorsqu'un acte est reçu en concours, ces émoluments sont répartis entre les études selon les règles de la profession, sans augmentation du tarif pour les héritiers. Seules les prestations hors tarif, comme une consultation approfondie, peuvent donner lieu à des honoraires convenus par écrit avec le notaire qui les fournit. Le détail des frais figure dans notre guide sur les frais de notaire d'une succession.
Changer de notaire en cours de succession
Les héritiers peuvent retirer le dossier à un notaire et le confier à un autre à tout moment, d'un commun accord. Le nouveau notaire demande la transmission des pièces et des fonds détenus pour la succession. Le premier notaire est rémunéré pour les actes qu'il a déjà signés et pour les travaux accomplis ; chaque acte n'est facturé qu'une fois au tarif.
Sans accord de tous, un héritier isolé peut se faire assister par le notaire de son choix, mais le dossier reste en principe confié au notaire désigné selon l'ordre de priorité. Une difficulté avec une étude, un délai jugé anormal ou une contestation de frais peut être portée devant la chambre des notaires ou le médiateur du notariat, selon la démarche décrite dans notre guide sur la réclamation auprès du médiateur.
Le notaire, officier public au service de tous les héritiers
Quel que soit l'héritier qui l'a choisi, le notaire doit son conseil à chacun et reste impartial. Il ne peut recevoir un acte dans lequel lui-même ou un proche parent est partie ; il doit éclairer chaque héritier sur les conséquences de ses choix, notamment l'option entre acceptation et renonciation. Notre guide sur le rôle du notaire, officier public présente ces obligations.
Lorsqu'aucun accord n'est possible sur le partage lui-même, le tribunal judiciaire ordonne un partage judiciaire et désigne le notaire chargé des opérations, en tenant compte le cas échéant des propositions des parties. Pour une succession ouverte dans son ressort, c'est le tribunal judiciaire de Chartres qui statue ; notre guide sur le partage amiable ou judiciaire décrit cette procédure.
Exemple chiffré
Deux notaires pour un même partage
Deux frères héritent de leur mère une maison à Chartres évaluée 300 000 €. L'aîné a saisi notre étude ; le cadet, installé à Nantes, demande à son notaire habituel d'intervenir en concours. Le partage attribue la maison à l'aîné contre une soulte.
- Émolument du partage sur 300 000 €, tarif national
- 3 490,98 € HT
- Avec un seul notaire
- 3 490,98 € HT
- Avec deux notaires en concours
- 3 490,98 € HT, répartis entre les deux études
- Droit de partage de 2,5 %, reversé au Trésor
- 7 500 €
L'intervention d'un second notaire ne modifie ni l'émolument tarifé de l'acte ni les impôts. Le cadet bénéficie d'un conseil personnel proche de chez lui, et les deux études travaillent sur un projet commun.
Questions fréquentes
Le notaire du défunt doit-il obligatoirement régler la succession ?
Le choix appartient à la famille. Le notaire qui détient le testament, le contrat de mariage ou les titres de propriété du défunt n'a aucun droit exclusif sur la succession. Les héritiers peuvent en choisir un autre, qui obtiendra la copie des actes nécessaires. Faire appel au notaire habituel présente souvent l'avantage de la connaissance du dossier, mais les héritiers restent libres de s'adresser à une autre étude.
Peut-on confier la succession à un notaire éloigné du domicile du défunt ?
Oui. Le notaire est compétent sur tout le territoire, y compris pour les immeubles situés dans un autre département. Les héritiers qui vivent loin peuvent aussi signer par procuration établie à distance, en visioconférence, comme l'explique notre guide sur la signature à distance pour un héritier éloigné. Le tarif des actes est le même dans toutes les études.
Le conjoint survivant choisit-il toujours le notaire ?
En cas de désaccord, les règles professionnelles donnent la priorité au notaire choisi par le conjoint survivant, à condition qu'il ait conservé des droits dans la succession. Les enfants gardent la faculté d'être assistés par leur propre notaire. En pratique, lorsque la famille s'entend, le choix se fait d'un commun accord, souvent au profit du notaire qui connaît déjà le couple.
Le notaire peut-il refuser de s'occuper d'une succession ?
Le notaire est tenu de prêter son ministère lorsqu'il est requis pour un acte authentique, sauf empêchement légitime, par exemple lorsqu'il est lui-même héritier ou parent proche d'une partie. Il peut en revanche décliner une mission de conseil hors tarif. Lorsqu'il ne peut intervenir, il oriente la famille vers une autre étude.
Un héritier peut-il imposer son notaire aux autres ?
Aucun héritier ne peut imposer seul son choix lorsque les autres s'y opposent. Les règles de priorité de la profession départagent les notaires proposés : le choix du conjoint survivant l'emporte, puis celui des enfants, puis, entre héritiers de même rang, celui qui représente les droits les plus importants. Les héritiers minoritaires conservent la possibilité d'être assistés, à leurs côtés, par le notaire de leur choix.
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Sources
- Chambre des notaires de Paris, Comment choisir le notaire de la succession ?
- Chambre des notaires de Paris, Quel notaire choisir pour régler une succession ?
- Règlement national inter-cours du notariat, version du 22 mai 2018 (Lextenso)
- Efficience Notaires, Peut-on prendre un deuxième notaire pour une succession ?
- Notaires de France, Le règlement des successions