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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Notaire

Le rôle du notaire : officier public, conseiller des parties et garant de l'authenticité

Ce que recouvre le statut d'officier public, les obligations qui en découlent, le devoir de conseil, le secret professionnel et les contrôles auxquels le notaire est soumis.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le notaire est un officier public nommé par arrêté du garde des Sceaux : il reçoit une délégation de l'autorité de l'État pour conférer l'authenticité aux actes, tout en exerçant à titre libéral.
  • Il est tenu de prêter son ministère lorsqu'il en est requis (article 3 de la loi du 25 ventôse an XI), sauf pour un acte illicite ou frauduleux, et doit conseiller chaque partie sur la portée et les conséquences de l'acte.
  • Le secret professionnel s'impose à lui et à ses collaborateurs, sous peine des sanctions de l'article 226-13 du Code pénal.
  • Sa comptabilité est inspectée chaque année, sa responsabilité couverte par une assurance obligatoire et par la garantie collective de la profession, et sa discipline confiée depuis 2022 à des chambres présidées par un magistrat.

Un officier public nommé par le garde des Sceaux

L'article 1er de l'ordonnance n° 45-2590 du 2 novembre 1945 définit les notaires comme les officiers publics établis pour recevoir tous les actes et contrats auxquels les parties doivent ou veulent faire donner le caractère d'authenticité attaché aux actes de l'autorité publique, pour en assurer la date, en conserver le dépôt et en délivrer des copies. Cette définition réunit les trois missions du notaire : authentifier, dater, conserver.

Le notaire est nommé par arrêté du garde des Sceaux, ministre de la Justice. L'article 4 de la loi du 25 ventôse an XI subordonne la nomination à des conditions de nationalité, d'aptitude, d'honorabilité, d'expérience et d'assurance. Le candidat justifie d'une formation juridique longue, sanctionnée par le diplôme de notaire, puis prête serment. Depuis la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, de nouveaux offices peuvent être créés dans les zones où l'implantation est jugée utile, selon une carte établie par les pouvoirs publics.

Officier public, le notaire exerce néanmoins à titre libéral : il finance son office, emploie ses collaborateurs et se rémunère par les émoluments fixés par le tarif national et par les honoraires convenus pour les prestations hors tarif. Chacun choisit librement son notaire.

La délégation de l'autorité publique : ce qu'elle permet

Par délégation de l'État, le notaire confère à ses actes l'authenticité. L'acte qu'il reçoit fait foi de ce qu'il a personnellement constaté jusqu'à inscription de faux, a date certaine et peut être revêtu de la formule exécutoire, ce qui permet d'en poursuivre l'exécution forcée sans jugement. Notre guide sur les effets de l'acte authentique en présente les conséquences pratiques.

Le notaire accomplit aussi des missions pour le compte de l'État. Il calcule et verse les droits d'enregistrement, les droits de donation et de succession, l'impôt sur la plus-value immobilière ; il publie au service de la publicité foncière les actes qui transfèrent la propriété des immeubles, ce qui rend les droits de chacun opposables aux tiers et alimente un fichier immobilier fiable. Il inscrit les testaments et donations entre époux au fichier central des dispositions de dernières volontés.

Le notariat délivre enfin l'apostille des actes publics français depuis le 1er mai 2025 et leur légalisation depuis le 1er septembre 2025, missions auparavant confiées à d'autres administrations.

Prêter son ministère, rester impartial, refuser l'acte illicite

L'article 3 de la loi du 25 ventôse an XI dispose que les notaires sont tenus de prêter leur ministère lorsqu'ils en sont requis. Le notaire ne choisit donc pas ses clients selon la rentabilité du dossier. Il doit en revanche refuser son concours à un acte illicite, frauduleux ou contraire à l'ordre public, et se retirer lorsqu'un conflit d'intérêts l'empêche d'agir.

Le notaire unique d'une vente ou d'un partage tient la balance entre les parties : il rédige un acte équilibré et informe chacune d'elles des risques qu'elle prend. Lorsque chaque partie choisit son propre notaire, les deux confrères rédigent l'acte ensemble et se partagent l'émolument, sans coût supplémentaire pour les clients.

Au titre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le notaire vérifie l'identité de ses clients, l'origine des fonds et la cohérence de l'opération (article L561-2 du Code monétaire et financier). Il adresse une déclaration de soupçon à Tracfin lorsque les circonstances l'exigent, sans en informer le client concerné.

Le devoir de conseil

Le notaire doit éclairer les parties sur la portée, les effets et les risques des actes qu'il reçoit. La jurisprudence en a fait une obligation stricte : les compétences personnelles du client ne dispensent pas le notaire de le conseiller, et l'information doit porter sur les conséquences juridiques et fiscales de l'opération, y compris celles que le client n'a pas évoquées.

Concrètement, le conseil se traduit par des questions posées dès le premier rendez-vous, des vérifications, des simulations chiffrées et des explications lors de la lecture de l'acte. Le notaire propose les clauses adaptées à la situation : clause de remploi dans une donation, clause d'attribution dans un contrat de mariage, condition suspensive dans un avant-contrat. Pour une donation, il vérifie l'équilibre entre les enfants et l'incidence future sur la succession.

Le devoir de conseil s'exerce dans les limites de l'acte confié et des informations transmises par le client. Répondre précisément aux questions posées, signaler un changement de situation familiale et fournir des pièces exactes lui permettent de s'exercer pleinement. Notre guide pour préparer un rendez-vous chez le notaire indique les informations utiles par type de dossier.

Le secret professionnel

Le notaire est dépositaire des informations les plus personnelles : patrimoine, situation familiale, dernières volontés. Il est tenu au secret professionnel, comme ses collaborateurs, et la violation de ce secret est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende par l'article 226-13 du Code pénal.

L'article 23 de la loi du 25 ventôse an XI interdit au notaire de délivrer copie de ses actes ou d'en donner connaissance à d'autres qu'aux personnes intéressées en nom direct, à leurs héritiers ou ayants droit, sauf ordonnance du président du tribunal judiciaire. Un testament reste ainsi confidentiel jusqu'au décès, et une donation demeure couverte par le secret à l'égard des personnes qui n'y sont pas parties.

Le secret cède devant les communications que la loi impose : administration fiscale, Tracfin, autorité judiciaire dans les cas prévus par les textes. Il laisse le notaire partager, avec l'accord du client, les informations nécessaires avec son avocat, son expert-comptable ou le notaire de l'autre partie.

Contrôles, responsabilité et garantie collective

Chaque étude fait l'objet d'une inspection annuelle, inopinée, qui porte sur la comptabilité et sur le traitement des dossiers. Les fonds détenus pour les clients sont déposés à la Caisse des dépôts et consignations, sur des comptes distincts du patrimoine du notaire, comme l'explique notre guide sur l'argent confié au notaire.

Le notaire répond des fautes commises dans l'exercice de ses fonctions. Sa responsabilité civile professionnelle est couverte par une assurance obligatoire, complétée par la garantie collective de la profession, qui intervient notamment lorsque des fonds confiés doivent être remboursés. Les manquements déontologiques relèvent, depuis l'ordonnance n° 2022-544 du 13 avril 2022, de chambres de discipline composées d'un magistrat et de deux notaires, avec appel devant la Cour nationale de discipline.

Les notaires d'Eure-et-Loir relèvent de la chambre interdépartementale des notaires de l'Ouest parisien, qui reçoit les réclamations des clients. Notre guide sur les réclamations et le médiateur du notariat détaille les voies de recours.

Questions fréquentes

Le notaire est-il un fonctionnaire ?

Le notaire est un officier public : nommé par le garde des Sceaux et investi d'une délégation de l'autorité de l'État, il exerce à titre libéral, dans un office qu'il dirige. Sa rémunération provient de ses clients, selon un tarif national pour la plupart des actes et selon une convention d'honoraires pour les autres prestations. Il reste soumis au contrôle de sa profession et du ministère public.

Le notaire du vendeur peut-il aussi être celui de l'acquéreur ?

Oui. Un notaire unique peut recevoir l'acte pour les deux parties : il leur doit alors à chacune conseil et impartialité. L'acquéreur peut aussi choisir son propre notaire, qui participe à la rédaction et à la signature ; l'émolument est partagé entre les deux études, et le coût total reste identique. Le choix se fait de préférence dès l'avant-contrat.

Le notaire peut-il refuser de recevoir un acte ?

Le notaire est tenu de prêter son ministère lorsqu'il en est requis. Il refuse en revanche un acte illicite ou frauduleux, un acte pour lequel il se trouve en conflit d'intérêts ou une opération dont l'origine des fonds ne peut être justifiée. Il oriente aussi vers la profession compétente pour une démarche qui sort de son rôle, par exemple une procédure contentieuse, qui appartient à l'avocat et au juge.

Le notaire conseille-t-il aussi sur la fiscalité ?

Oui. Le devoir de conseil couvre les conséquences fiscales de l'acte : droits de mutation, droits de donation ou de succession, plus-value, impôt sur la fortune immobilière. Le notaire calcule les droits dus, compare les options, par exemple entre une donation en pleine propriété et une donation avec réserve d'usufruit, et verse lui-même une partie de ces impôts au Trésor public.

Qui contrôle le notaire ?

Le notaire est contrôlé par les instances de sa profession, qui organisent l'inspection annuelle de chaque étude, et par le procureur de la République. Les réclamations sont reçues par la chambre des notaires, et les manquements sanctionnés par les chambres de discipline, avec appel devant la Cour nationale de discipline. Le médiateur du notariat traite gratuitement les litiges de consommation.

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Sources

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