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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Stratégie patrimoniale

Achat démembré entre parent et enfant : article 751 du CGI, financement et précautions

L'achat démembré permet à un enfant de devenir plein propriétaire au décès de son parent sans droits de succession sur le bien, à condition de prouver qu'il a financé lui-même sa nue-propriété.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Dans un achat démembré, le parent acquiert l'usufruit et l'enfant la nue-propriété du même bien, par le même acte ; au décès du parent, l'usufruit s'éteint et l'enfant devient plein propriétaire sans droits (article 1133 du CGI).
  • L'article 751 du CGI présume toutefois que le bien fait partie de la succession de l'usufruitier lorsque la nue-propriété appartient à son héritier présomptif : les droits de succession sont alors dus sur la pleine propriété.
  • La présomption tombe si l'enfant prouve qu'il a payé sa nue-propriété avec ses propres ressources, par exemple un prêt bancaire, ou avec une somme reçue par une donation régulière ayant date certaine plus de trois mois avant le décès.
  • Sur le plan civil, une nue-propriété payée par le parent constitue une donation indirecte, rapportable à la succession et réductible si elle excède la quotité disponible.
  • Le parent usufruitier déclare à l'IFI la valeur du bien en pleine propriété (article 968 du CGI).

Le mécanisme de l'achat démembré

Le vendeur cède, dans un seul acte, l'usufruit au parent et la nue-propriété à l'enfant. Le parent occupe le logement ou le loue et en perçoit les loyers ; l'enfant détient les murs, sans jouissance jusqu'à l'extinction de l'usufruit. Au décès du parent, l'usufruit s'éteint et l'enfant réunit la pleine propriété. L'article 1133 du CGI dispense cette réunion de tout droit : le bien, et sa plus-value accumulée pendant la durée de l'usufruit, passent ainsi à l'enfant sans droits de succession.

Ce résultat suppose que l'opération soit réelle et que chacun ait financé sa propre part. L'administration dispose pour cela d'une présomption légale, l'article 751, et le droit civil protège les autres héritiers par le rapport et la réduction. Les principes du démembrement, droits et obligations de chacun, sont rappelés dans notre guide sur l'usufruit et la nue-propriété.

Répartir le prix entre usufruit et nue-propriété

Le prix se répartit entre les deux acquéreurs selon la valeur respective de leurs droits. Le barème fiscal de l'article 669 du CGI sert souvent de référence : pour un parent de 66 ans, l'usufruit vaut 40 % du prix et la nue-propriété 60 %. Une valeur économique, calculée à partir de l'espérance de vie de l'usufruitier et du rendement du bien, peut aussi être retenue lorsqu'elle reflète mieux la réalité ; l'acte en expose alors le mode de calcul.

Les frais d'acquisition, droits de mutation et émoluments, se répartissent dans les mêmes proportions. Chacun paie sa part par des fonds dont l'origine est tracée dans l'acte : virement depuis son propre compte, déblocage d'un prêt souscrit à son nom. Cette traçabilité, établie le jour de la signature, fonde la preuve qui sera demandée des années plus tard.

L'article 751 du CGI : la présomption fiscale

L'article 751 répute faire partie de la succession de l'usufruitier, jusqu'à preuve contraire, tout bien dont l'usufruit appartient au défunt et la nue-propriété à l'un de ses présomptifs héritiers ou à leurs descendants, à ses donataires ou légataires, ou à des personnes interposées. Un achat démembré entre un parent et son enfant entre exactement dans ce texte : au décès du parent, l'administration peut réclamer les droits de succession sur la valeur du bien en pleine propriété, comme si l'enfant l'avait hérité.

La présomption est simple : l'enfant la combat en démontrant la sincérité de l'opération. L'administration admet notamment la preuve que le nu-propriétaire a payé le prix avec des fonds qui lui appartiennent, et la preuve d'une donation de deniers constatée par un acte ayant date certaine, consentie plus de trois mois avant le décès, qui a servi à financer la nue-propriété. La charge de la preuve pèse sur l'enfant, souvent longtemps après l'achat : les justificatifs se conservent avec le titre de propriété.

Financer la nue-propriété de l'enfant

Le financement le plus sûr combine l'épargne personnelle de l'enfant et un prêt bancaire souscrit à son nom, qu'il rembourse lui-même. Les revenus du bien revenant à l'usufruitier, l'enfant supporte seul les échéances : sa capacité d'emprunt se vérifie avant de fixer la répartition.

Le parent peut aussi aider son enfant en amont, par une donation de somme d'argent déclarée ou constatée par acte notarié, au moins trois mois avant l'éventuel décès. La donation utilise l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, et l'argent donné finance ensuite la nue-propriété. La démarche est décrite dans notre guide sur le don manuel et sa déclaration ; l'acte de donation peut préciser l'emploi des fonds.

Un prêt du parent à l'enfant reste possible, à condition d'être réel : contrat écrit, échéancier, remboursements effectifs. Un prêt jamais remboursé serait requalifié en donation déguisée, avec le rappel des droits. Les règles sont exposées dans notre guide sur le prêt d'argent à un enfant.

Le versant civil : frères, sœurs et réserve héréditaire

Lorsque le parent paie tout ou partie de la nue-propriété, il consent à l'enfant une donation indirecte. Celle-ci est rapportable à la succession, sauf dispense, et réductible si elle dépasse la quotité disponible au détriment des autres enfants. La valeur rapportée se calcule en principe d'après le bien acquis grâce aux fonds donnés, à la date du partage (article 860-1 du Code civil), ce qui peut créer un écart important avec le prix payé à l'achat.

L'article 918 du Code civil vise un cas voisin : la vente par le parent lui-même d'un bien à un de ses enfants avec réserve d'usufruit, présumée donation sauf consentement des autres enfants. L'achat démembré auprès d'un tiers échappe à ce texte, mais la logique d'équilibre familial demeure. Informer les autres enfants, voire recueillir leur accord dans l'acte, prévient les contestations ; les enjeux d'une vente intrafamiliale sont traités dans notre guide vendre à un enfant ou à un proche.

IFI, revenus, travaux : la vie du bien démembré

Le parent usufruitier perçoit les loyers, les déclare et déclare le bien à l'IFI pour sa valeur en pleine propriété (article 968 du CGI) ; l'enfant nu-propriétaire est dispensé de toute déclaration à ce titre tant que dure l'usufruit. L'achat démembré laisse donc l'IFI du parent au niveau qu'aurait atteint un achat en pleine propriété.

Le Code civil répartit les dépenses : l'usufruitier supporte l'entretien et les charges annuelles, le nu-propriétaire les grosses réparations (articles 605 et 606 du Code civil). Une convention de démembrement, annexée à l'acte ou signée à part, précise le partage des travaux, de la taxe foncière, des charges de copropriété et le sort du prix en cas de vente anticipée. Une vente du bien avant le décès, avec report de l'usufruit sur le prix, appelle une analyse particulière, au regard notamment de l'article 774 bis du CGI.

Les précautions à prendre dans l'acte

L'acte d'acquisition mentionne l'origine des fonds de chacun, la méthode de répartition du prix et, le cas échéant, la donation préalable qui a financé l'enfant. Lorsque deux parents achètent l'usufruit ensemble, une clause de réversion peut maintenir l'usufruit au conjoint survivant ; elle se rédige en tenant compte de son traitement fiscal et des droits des enfants, comme l'explique notre guide sur la réversion d'usufruit au conjoint.

Nous préparons l'achat démembré avec la famille à l'étude de Chartres : choix de la répartition, vérification du financement de l'enfant auprès de sa banque, rédaction de la convention et conservation des justificatifs dans le dossier. Un parent âgé ou en mauvaise santé au jour de l'achat, ou un enfant sans ressources propres, justifie une réflexion sur d'autres solutions, comme la donation directe.

Exemple chiffré

Une mère et son fils achètent un appartement à Chartres

Une mère de 66 ans et son fils de 35 ans achètent en démembrement un appartement de 300 000 € à Chartres. La mère paie l'usufruit avec son épargne ; le fils finance la nue-propriété par un prêt bancaire de 150 000 € et 30 000 € d'économies. Quatorze ans plus tard, la mère décède ; l'appartement vaut alors 350 000 €. Le fils dispose de son abattement entier.

Usufruit acquis par la mère (40 %, barème de l'article 669)
120 000 €
Nue-propriété acquise par le fils (60 %)
180 000 €
Réunion de l'usufruit au décès, présomption écartée par la preuve du prêt
0 € de droits
Si la présomption s'appliquait : valeur taxable dans la succession
350 000 €
Après abattement de 100 000 €
250 000 €
Droits de succession qui seraient dus par le fils
48 194 €

La preuve du financement personnel du fils, contrat de prêt et relevés de remboursement, écarte l'article 751 et épargne 48 194 € de droits. Sans ces justificatifs, l'appartement serait taxé comme s'il avait été hérité, sur sa valeur au jour du décès.

Refaire le calcul avec vos chiffres : usufruit et nue-propriété

Questions fréquentes

L'article 751 s'applique-t-il si mon fils rembourse lui-même son prêt ?

La présomption s'applique en principe, puisque votre fils est votre héritier présomptif, mais elle est simple : il la renverse en prouvant qu'il a financé sa nue-propriété avec ses propres fonds. Le contrat de prêt à son nom, les relevés de ses remboursements et l'acte mentionnant l'origine des fonds constituent cette preuve. Conservez-les avec le titre de propriété, car ils seront demandés au décès.

Puis-je donner à ma fille l'argent nécessaire pour acheter la nue-propriété ?

Oui. La donation de somme d'argent, déclarée ou constatée par acte notarié, doit avoir date certaine et intervenir plus de trois mois avant votre décès pour écarter la présomption de l'article 751. Elle utilise l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Sur le plan civil, cette donation se rapporte à votre succession, sauf dispense, et se compare aux sommes reçues par vos autres enfants.

Qui paie la taxe foncière et les travaux ?

Le Code civil met les charges annuelles et l'entretien à la charge de l'usufruitier, et les grosses réparations, comme la toiture ou les murs porteurs, à la charge du nu-propriétaire. La taxe foncière est due par l'usufruitier. Une convention de démembrement peut aménager cette répartition, par exemple pour un ravalement voté en copropriété, et prévoir comment se financent les travaux lourds.

Que se passe-t-il si nous revendons le bien avant mon décès ?

Le prix se répartit entre usufruit et nue-propriété selon la valeur de chacun de ces droits au jour de la vente, sauf accord pour reporter l'usufruit sur le prix (article 621 du Code civil). Le report crée un quasi-usufruit sur la somme, et votre enfant devient titulaire d'une créance de restitution, dont la déductibilité à votre décès mérite une analyse préalable. La plus-value se calcule pour chacun sur sa quote-part.

L'achat démembré réduit-il mon IFI ?

Il le laisse au même niveau : l'usufruitier déclare le bien pour sa valeur en pleine propriété (article 968 du CGI). La répartition selon le barème de l'article 669 est réservée à quelques cas, qui excluent l'acquisition conjointe avec un enfant. L'intérêt de l'opération tient à la transmission : l'enfant devient plein propriétaire à votre décès sans droits sur la valeur du bien, lorsque le financement est démontré.

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Sources

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