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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Immobilier

Vendre en viager : bouquet, rente, droit d'usage et d'habitation et fiscalité de la rente

Le fonctionnement de la vente en viager pour le vendeur : calcul du prix, garanties, charges pendant l'occupation, fiscalité de la rente et de la plus-value, précautions familiales.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le prix d'une vente en viager se compose le plus souvent d'un capital versé à la signature, le bouquet, et d'une rente viagère versée jusqu'au décès du vendeur ; la vente est obligatoirement reçue par un notaire.
  • Dans le viager occupé, le vendeur conserve un droit d'usage et d'habitation ou l'usufruit du bien : le prix est calculé sur la valeur occupée, inférieure à la valeur libre.
  • La vente est nulle si le vendeur décède, dans les vingt jours de l'acte, de la maladie dont il était atteint à sa signature (article 1975 du Code civil).
  • Seule une fraction de la rente est imposable, fixée selon l'âge du vendeur au premier versement : 30 % à partir de 70 ans ; les prélèvements sociaux s'appliquent à cette fraction au taux de 18,6 % depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
  • La vente en viager de la résidence principale échappe à l'impôt sur la plus-value.

Le principe : un prix payé en partie sous forme de rente

Le viager est une vente dont le prix est payé, en tout ou partie, par une rente versée au vendeur, le crédirentier, jusqu'à son décès. L'acquéreur, le débirentier, verse généralement un capital le jour de l'acte, le bouquet, puis la rente à échéances fixes, le plus souvent mensuelles. Au décès du vendeur, la rente s'éteint et l'acquéreur dispose librement du bien. Les règles figurent aux articles 1968 à 1983 du Code civil.

Le contrat est aléatoire : nul ne sait combien de temps la rente sera versée. Cet aléa est une condition de validité. Une rente constituée sur la tête d'une personne déjà décédée au jour du contrat est sans effet (article 1974), et il en va de même lorsque le vendeur, atteint d'une maladie au jour de l'acte, en meurt dans les vingt jours (article 1975). Un prix dérisoire, par exemple une rente inférieure aux revenus que le bien procure, expose aussi la vente à l'annulation.

Pour le vendeur, le viager transforme un patrimoine immobilier en revenus réguliers, tout en permettant, dans sa forme occupée, de rester chez soi. Il suppose d'accepter que le bien sorte de la succession : les héritiers recueilleront la part du bouquet non consommée plutôt que la maison.

Viager occupé ou viager libre

Dans le viager occupé, forme la plus répandue, le vendeur continue d'habiter le bien. Il se réserve soit un droit d'usage et d'habitation, qui lui permet d'occuper le logement avec sa famille sans pouvoir le louer, soit l'usufruit, qui l'autorise aussi à le donner en location et à en percevoir les loyers. Le choix a des conséquences sur les charges, la fiscalité et la possibilité de tirer un revenu du bien après un départ en établissement.

Dans le viager libre, l'acquéreur entre en jouissance dès la signature, qu'il occupe ou loue le bien. Le prix se calcule alors sur la valeur libre, et la rente est plus élevée. Cette formule concerne souvent une résidence secondaire ou un bien loué dont le vendeur souhaite convertir la valeur en revenu viager.

Une rente peut être constituée sur deux têtes, par exemple celles de deux époux : elle continue d'être versée au survivant, en totalité ou pour une part convenue. Le montant initial en tient compte et se trouve réduit, puisque la durée probable de versement s'allonge.

Calculer le bouquet et la rente

Le calcul part de la valeur du bien libre, établie comme pour toute vente ; notre guide sur l'estimation d'un bien immobilier décrit les méthodes. Dans le viager occupé, on en déduit la valeur du droit réservé au vendeur, calculée à partir de la valeur locative du bien, de l'espérance de vie du vendeur selon les tables statistiques et d'un taux d'actualisation. On obtient ainsi la valeur occupée.

Les parties répartissent ensuite cette valeur entre le bouquet et la rente. Le bouquet est libre ; il représente souvent de l'ordre de 30 % de la valeur occupée. Le solde de la valeur occupée est converti en rente, en fonction de la durée probable de versement et d'un taux d'intérêt. Les parties fixent le taux de la rente comme elles l'entendent (article 1976 du Code civil), dans la limite de l'aléa.

Une clause d'indexation, souvent sur l'indice des prix à la consommation publié par l'Insee, revalorise la rente chaque année. Le contrat peut prévoir une majoration de la rente si le vendeur libère définitivement le logement avant son décès, par exemple pour entrer dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes : cette clause, fréquente, compense la jouissance que l'acquéreur récupère plus tôt que prévu.

Charges, travaux et impôts pendant l'occupation

L'acte répartit les charges entre les parties, et sa rédaction mérite une attention particulière. À défaut de clause, le vendeur usufruitier supporte les réparations d'entretien et l'acquéreur les grosses réparations : gros murs, voûtes, charpente, couverture entière, murs de soutènement (articles 605 et 606 du Code civil). Le titulaire d'un droit d'usage et d'habitation qui occupe tout le logement est tenu, comme un usufruitier, de l'entretien et des contributions (article 635).

La taxe foncière est établie au nom du propriétaire ou, en cas d'usufruit, de l'usufruitier (article 1400 du Code général des impôts) ; l'acte peut prévoir son remboursement par l'occupant. Pour un appartement, les charges de copropriété se répartissent de la même manière, et l'acte précise qui vote en assemblée générale sur chaque type de décision. L'assurance du logement, les consommations et l'entretien courant restent à la charge de l'occupant. Un état des lieux annexé à l'acte fixe l'état du bien à la signature et prévient les désaccords sur les travaux ultérieurs.

Les garanties du vendeur

En cas de simple défaut de paiement de la rente, la loi permet seulement au vendeur de saisir et de faire vendre les biens de l'acquéreur (article 1978 du Code civil). Pour qu'il puisse reprendre son bien, l'acte comporte donc une clause résolutoire, qui entraîne la résolution de la vente après un commandement de payer resté sans effet, et précise que le bouquet et les rentes déjà perçues restent acquis au vendeur à titre d'indemnité. Le juge peut modérer cette indemnité si elle est manifestement excessive (article 1231-5).

Le paiement de la rente est en outre garanti par une hypothèque légale inscrite sur le bien au profit du vendeur. Au décès de l'acquéreur, l'obligation de payer la rente se transmet à ses héritiers avec le bien. Le vendeur conserve ainsi une garantie réelle pendant toute la durée du contrat.

La fiscalité du vendeur

La rente viagère perçue en contrepartie de la vente est soumise à l'impôt sur le revenu pour une fraction seulement de son montant, déterminée une fois pour toutes selon l'âge du vendeur à l'entrée en jouissance de la rente (article 158, 6 du Code général des impôts). Cette fraction supporte aussi les prélèvements sociaux, au taux global de 18,6 % : la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 vise les rentes viagères constituées à titre onéreux.

Le prix de la vente, bouquet et valeur en capital de la rente, relève du régime des plus-values immobilières. La vente de la résidence principale en viager occupé est exonérée ; pour un autre bien, la plus-value se calcule selon les règles décrites dans notre guide sur la plus-value immobilière, et notre guide sur l'exonération de la résidence principale en précise les conditions.

La fiscalité du vendeur
Âge du vendeur au premier versementFraction de la rente imposable
Moins de 50 ans70 %
De 50 à 59 ans50 %
De 60 à 69 ans40 %
70 ans et plus30 %

Côté acquéreur, et vente au sein de la famille

L'acquéreur paie les droits de mutation sur le prix, bouquet et capital représentatif de la rente, soit en Eure-et-Loir un peu plus de 6,3 % pour un bien ancien depuis le relèvement du taux départemental au 1er avril 2025, auxquels s'ajoutent les émoluments du notaire. Notre guide sur les frais de notaire en Eure-et-Loir en détaille le calcul. La rente qu'il verse ne se déduit pas de ses revenus.

La vente en viager à un enfant ou à un autre héritier présomptif en ligne directe est traitée comme une libéralité : la valeur du bien en pleine propriété s'impute sur la quotité disponible et l'excédent est sujet à réduction, sauf si les autres héritiers en ligne directe ont consenti à la vente (article 918 du Code civil). Leur intervention à l'acte sécurise l'opération. D'autres solutions existent pour tirer un revenu de son logement sans le vendre à un proche : donation avec réserve d'usufruit, vente de la nue-propriété, prêt viager hypothécaire. Nous les comparons avec vous lors d'un rendez-vous.

Exemple chiffré

Une maison de Chartres vendue en viager occupé

Madame B., 80 ans, vend en viager occupé la maison de Chartres qu'elle habite, en se réservant un droit d'usage et d'habitation. Valeur libre : 300 000 €. Valeur locative : 12 000 € par an. Hypothèses de calcul retenues à titre d'illustration : durée probable d'occupation de 10 ans, taux d'actualisation de 2 %.

Valeur du droit d'usage et d'habitation (12 000 € sur 10 ans, actualisés à 2 %)
environ 107 800 €
Valeur occupée (300 000 − 107 800, arrondie)
192 000 €
Bouquet versé à la signature (30 %)
57 600 €
Capital converti en rente
134 400 €
Rente annuelle sur 10 ans au taux de 2 %
environ 14 960 €, soit 1 247 € par mois
Fraction imposable de la rente (vendeuse de 70 ans ou plus)
30 %, soit environ 4 490 € par an
Prélèvements sociaux à 17,2 % sur cette fraction
environ 772 € par an
Impôt sur la plus-value (résidence principale)
0 €

Madame B. perçoit 57 600 € à la signature puis environ 1 247 € par mois, indexés, sa vie durant, tout en restant chez elle. Seuls 4 490 € par an s'ajoutent à son revenu imposable. Les hypothèses de durée et de taux sont déterminantes : chaque dossier fait l'objet d'un calcul propre.

Refaire le calcul avec vos chiffres : plus-value immobilière

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si le vendeur décède peu après la vente ?

La vente reste valable et l'acquéreur devient plein propriétaire sans rien devoir de plus, sauf si le vendeur est décédé dans les vingt jours de l'acte de la maladie dont il était atteint à sa signature : la vente est alors nulle (article 1975 du Code civil). Les héritiers du vendeur conservent le bouquet et les rentes déjà versées. C'est l'aléa propre au viager, accepté par les deux parties.

Et si l'acquéreur décède avant le vendeur ?

Ses héritiers deviennent propriétaires du bien et doivent continuer à payer la rente. S'ils ne la paient pas, le vendeur peut mettre en œuvre la clause résolutoire et reprendre le bien, en conservant le bouquet et les rentes perçues, sous le contrôle du juge. L'hypothèque légale inscrite à son profit garantit également le paiement.

Le vendeur peut-il partir en maison de retraite ?

Oui. Avec un droit d'usage et d'habitation, le logement se libère alors au profit de l'acquéreur, et une clause de majoration de la rente, prévue dans l'acte, compense souvent cette libération anticipée. Avec l'usufruit, le vendeur peut aussi louer le bien et en percevoir les loyers pour financer son hébergement. Ce point se prévoit à la rédaction de l'acte.

Peut-on vendre en viager à l'un de ses enfants ?

Oui, mais la loi présume que la vente à un héritier en ligne directe moyennant une rente viagère cache une donation (article 918 du Code civil). Pour écarter cette présomption, les autres héritiers en ligne directe doivent consentir à la vente, en principe en intervenant à l'acte. Sans leur accord, la valeur du bien sera imputée sur la quotité disponible lors de la succession, comme une donation.

La rente peut-elle être revalorisée ?

Oui, si l'acte prévoit une clause d'indexation, le plus souvent sur l'indice des prix à la consommation de l'Insee. La rente évolue alors chaque année selon cet indice. Sans clause, son montant reste fixe. Le vendeur a tout intérêt à prévoir l'indexation, qui protège son pouvoir d'achat sur une longue durée.

Premier rendez-vous

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L'étude réunit les documents et prépare la vente, de l'avant-contrat à l'acte.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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