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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Entreprises

Pacte d'associés : contenu, good et bad leaver, drag along, tag along et confidentialité

Contrat confidentiel entre associés, le pacte organise ce que les statuts ne disent pas : prise de décision, répartition du prix de sortie, départ d'un fondateur, entrée d'investisseurs. Ses clauses usuelles, leurs limites et la manière de le rendre efficace.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le pacte d'associés est un contrat signé entre tout ou partie des associés, en complément des statuts, qui reste confidentiel et organise la gouvernance, les transferts de titres et la sortie de chacun.
  • Ses clauses phares sont la sortie conjointe (tag along), qui permet aux minoritaires de vendre aux mêmes conditions que le majoritaire, et la sortie forcée (drag along), qui oblige les minoritaires à céder lorsque l'offre est acceptée par une majorité définie.
  • Les clauses de good leaver et de bad leaver fixent le prix auquel un fondateur qui quitte ses fonctions cède ses titres, selon les circonstances de son départ.
  • Le pacte n'engage que ses signataires : sa violation ouvre surtout droit à des dommages et intérêts, d'où l'intérêt de promesses de vente signées d'avance et de clauses statutaires en relais.
  • Conclu pour une durée déterminée, il échappe à la faculté de résiliation unilatérale qui s'attache aux contrats à durée indéterminée (article 1211 du Code civil).

Statuts et pacte : deux documents complémentaires

Les statuts sont l'acte constitutif de la société : ils sont déposés au greffe, consultables par les tiers, et s'imposent à tous les associés présents et futurs. Le pacte d'associés est un contrat de droit commun, non publié, qui lie seulement ceux qui le signent. Il peut réunir tous les associés, un groupe de fondateurs, ou les fondateurs et un investisseur.

Cette confidentialité en fait le lieu naturel des sujets sensibles : répartition du prix en cas de vente, engagements des fondateurs, droits particuliers d'un investisseur, règles de valorisation. Les verrous essentiels, comme l'agrément et la préemption, gagnent en revanche à figurer aussi dans les statuts, où leur violation entraîne la nullité de la cession. Notre guide sur les clauses des statuts de SAS détaille cette articulation.

La gouvernance : qui décide, et comment

Le pacte précise la manière dont les décisions importantes sont préparées et prises : comité stratégique, décisions soumises à l'accord préalable d'un investisseur ou d'une majorité renforcée, budget annuel, recrutements clés, endettement au-delà d'un seuil, cessions d'actifs. Il organise aussi l'information des associés : reporting mensuel ou trimestriel, accès aux comptes, rendez-vous annuels.

Il peut prévoir des engagements de vote, par lesquels les signataires s'obligent à voter dans un sens convenu en assemblée, par exemple pour nommer un membre du comité proposé par un investisseur. Ces conventions de vote sont admises lorsqu'elles respectent l'intérêt social et le droit de vote de chaque associé ; leur rédaction précise les décisions visées et la durée de l'engagement.

Tag along et drag along : sortir ensemble

La clause de sortie conjointe, ou tag along, protège les minoritaires : si un associé, ou un groupe, cède tout ou partie de ses titres à un tiers, les autres peuvent céder les leurs aux mêmes conditions de prix. La sortie conjointe peut être totale, lorsqu'un changement de contrôle se produit, ou proportionnelle à la part cédée.

La clause de sortie forcée, ou drag along, sert l'acquéreur qui veut 100 % du capital : lorsqu'une offre est acceptée par des associés représentant un seuil fixé par le pacte, par exemple deux tiers ou trois quarts des titres, les autres signataires s'engagent à céder aux mêmes conditions. Pour être efficace, elle s'accompagne en pratique de promesses de vente consenties d'avance par les minoritaires, dont l'exécution peut être poursuivie.

Ces deux clauses fixent les conditions de prix et de garanties : le minoritaire contraint de céder supporte au plus la même garantie de passif que le majoritaire, à proportion de ses titres, et le prix doit être payé dans les mêmes délais. Notre guide sur la garantie d'actif et de passif éclaire ce point.

Good leaver et bad leaver : le départ d'un fondateur

Les clauses de leaver répondent à une question simple : que deviennent les titres d'un fondateur qui quitte ses fonctions opérationnelles ? En général, le fondateur consent une promesse de vente de ses titres au profit des autres associés ou de la société, exerçable en cas de départ. Le prix dépend du motif : le good leaver, qui part pour invalidité, décès ou révocation sans faute, cède à la valeur de marché ; le bad leaver, qui démissionne tôt ou est révoqué pour faute grave, cède avec une décote, parfois à la valeur nominale.

Ces clauses sont licites lorsque le prix est déterminé ou déterminable dès la signature : la promesse fixe une formule objective, sans renvoyer à la volonté d'une seule partie. La décote doit rester proportionnée ; lorsque le fondateur est aussi salarié, une décote déclenchée par un licenciement pour faute peut être contestée comme une sanction pécuniaire, interdite par l'article L1331-2 du Code du travail. La rédaction distingue donc soigneusement le mandat social, le contrat de travail et les événements retenus.

Le vesting organise une acquisition progressive des droits : la part des titres rachetée au prix plein augmente avec l'ancienneté du fondateur, par exemple par quarts annuels sur quatre ans. Il se combine avec les dispositifs d'intéressement des équipes présentés dans notre guide sur les BSPCE et actions gratuites.

Les autres clauses courantes

Le pacte comporte souvent une clause d'exclusivité et de non-concurrence des fondateurs, limitée dans le temps et dans l'espace et proportionnée aux intérêts de la société ; une clause de confidentialité, qui s'étend au contenu même du pacte ; une clause de préférence ou de préemption conventionnelle ; une clause anti-dilution au profit d'un investisseur ; enfin, une clause de règlement des désaccords, avec médiation préalable ou mécanisme de sortie en cas de blocage.

Le pacte peut aussi organiser la liquidité : fenêtre de cession après un certain délai, engagement de rechercher un acquéreur, ou promesse de rachat par le majoritaire. Il articule enfin les engagements des signataires avec leur situation personnelle : un associé marié sous un régime de communauté fait intervenir son conjoint lorsque des biens communs financent les titres, sujet traité dans notre guide sur l'apport de biens communs en société.

  • Gouvernance : décisions réservées, comité, information des associés.
  • Transferts : inaliénabilité temporaire, préemption, agrément conventionnel.
  • Sortie : tag along, drag along, liquidité, clause de blocage.
  • Fondateurs : good et bad leaver, vesting, exclusivité, non-concurrence.
  • Investisseurs : anti-dilution, liquidation préférentielle, reporting.
  • Durée, adhésion des nouveaux associés, confidentialité, règlement des litiges.

Durée, adhésion et sanctions : rendre le pacte efficace

Un pacte conclu sans durée est résiliable à tout moment par chaque partie, moyennant un préavis raisonnable (article 1211 du Code civil), et un engagement perpétuel est prohibé (article 1210). La jurisprudence a déjà traité comme conclu à durée indéterminée un pacte dont la durée dépendait de la présence des signataires au capital. La pratique fixe donc une durée déterminée, assortie le cas échéant d'une reconduction expresse. Une clause d'adhésion impose à tout nouvel associé de signer le pacte ; les statuts peuvent en faire une condition de l'agrément.

La violation d'un pacte se règle d'abord par des dommages et intérêts. Pour un pacte de préférence, l'article 1123 du Code civil permet en outre d'obtenir la nullité du contrat conclu avec un tiers, ou la substitution du bénéficiaire, lorsque ce tiers connaissait l'existence du pacte et l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir. Les promesses de vente signées d'avance donnent au mécanisme sa force : la rétractation du promettant pendant le délai d'option n'empêche pas la formation du contrat (article 1124).

Le pacte chez le notaire

Nous rédigeons les pactes d'associés en cohérence avec les statuts, le régime matrimonial de chaque signataire et les projets de transmission : un pacte qui impose la cession des titres au décès ou au divorce d'un associé se prépare avec le contrat de mariage et, le cas échéant, avec un pacte Dutreil. Signé sous seing privé ou conservé au rang des minutes de l'étude, le pacte acquiert, dans ce second cas, une date certaine et une conservation sécurisée.

L'enregistrement du pacte reste facultatif. La confidentialité se protège par la clause qui interdit sa communication, et par le soin de n'en produire que les extraits utiles en cas de litige.

Exemple chiffré

Une clause de bad leaver appliquée à un cofondateur

Deux fondateurs détiennent chacun 40 % d'une SAS, un investisseur 20 %. Le pacte prévoit un vesting sur quatre ans par quarts annuels : en cas de départ, les titres acquis sont rachetés à la valeur de marché, les autres à la valeur nominale en cas de bad leaver. La société est valorisée 1 500 000 € ; chaque fondateur a souscrit ses titres pour 4 000 €. Un fondateur démissionne au bout de deux ans et demi.

Valeur de marché de sa participation (40 %)
600 000 €
Titres acquis au titre du vesting (deux quarts)
50 % de sa participation
Rachat de la part acquise à la valeur de marché
300 000 €
Rachat de la part non acquise à la valeur nominale (50 % de 4 000 €)
2 000 €
Prix total perçu par le fondateur partant
302 000 €
Même départ en good leaver (100 % à la valeur de marché)
600 000 €

Le mécanisme conserve à la société les titres non acquis, qui pourront rémunérer le remplaçant du fondateur, tout en payant à sa valeur la part correspondant au travail accompli. La qualification du départ, bon ou mauvais, porte sur 298 000 € : c'est la définition des cas de leaver qu'il faut soigner.

Questions fréquentes

Le pacte d'associés est-il obligatoire ?

Il reste facultatif. Il devient vite indispensable dès que les associés sont plusieurs à travailler dans la société, qu'un investisseur entre au capital ou que la répartition du capital diffère de celle des pouvoirs. Le signer à la création, quand les relations sont bonnes, coûte moins cher que de le négocier au premier désaccord.

Un associé peut-il refuser de signer le pacte ?

Oui : le pacte est un contrat, et nul ne peut être contraint de le signer. Un pacte peut toutefois réunir une partie seulement des associés. Pour les nouveaux entrants, les statuts peuvent subordonner l'agrément à l'adhésion au pacte, ce qui assure en pratique que chaque associé futur y soit partie.

Le pacte est-il opposable à la société ou aux tiers ?

Il lie ses signataires. La société peut y être partie, notamment pour s'engager à racheter des titres ou à faire respecter une procédure. Les tiers restent en principe étrangers au pacte ; un acquéreur de titres qui en connaissait l'existence et l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir s'expose toutefois, pour un pacte de préférence, à la nullité ou à la substitution prévues par l'article 1123 du Code civil.

Faut-il prévoir le sort des titres en cas de divorce ?

C'est souvent utile. Lorsque les titres sont communs, le partage au divorce peut les attribuer au conjoint, qui deviendrait associé. Le pacte et les statuts peuvent prévoir un agrément, une préemption ou une promesse de rachat dans ce cas. Pour un fondateur, le choix du régime matrimonial compte autant, comme l'explique notre guide sur l'entrepreneur marié.

Le pacte peut-il déroger aux statuts ?

Il complète les statuts, sans pouvoir les contredire à l'égard de la société et des tiers. En cas de contradiction, les statuts s'appliquent à la société, et le signataire qui a respecté les statuts mais violé le pacte engage sa responsabilité envers les autres signataires. D'où l'intérêt d'une rédaction coordonnée des deux documents, et d'une clause du pacte qui organise la mise à jour des statuts.

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Sources

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