Aller au contenu
Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Immobilier

Mur mitoyen, clôture, haies et arbres : les règles de voisinage à connaître avant d'acheter

Les règles du Code civil sur les murs mitoyens, les clôtures et les plantations en limite de propriété, ce qu'elles impliquent pour un acquéreur et les vérifications à faire avant de signer.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Un mur qui sépare deux bâtiments, deux cours ou deux jardins est présumé mitoyen, sauf titre ou marque contraire (articles 653 et 654 du Code civil) : son entretien se partage entre les deux voisins, à proportion de leurs droits.
  • À défaut de règlement ou d'usage local, un arbre ou une haie de plus de deux mètres de haut se plante à au moins deux mètres de la limite, les autres plantations à au moins cinquante centimètres (article 671).
  • Le voisin peut exiger l'arrachage ou la réduction d'une plantation trop proche, sauf titre, destination du père de famille ou prescription trentenaire (article 672) ; il peut toujours exiger la coupe des branches qui avancent sur son terrain (article 673).
  • Avant d'acheter, le titre, le plan de bornage, la visite des limites et les déclarations du vendeur révèlent la plupart des difficultés de voisinage.

Mur mitoyen ou mur privatif : la présomption du Code civil

Dans les villes comme dans les campagnes, tout mur servant de séparation entre bâtiments jusqu'à l'héberge, c'est-à-dire jusqu'au point où le plus bas des deux s'arrête, ou entre cours et jardins, et même entre enclos dans les champs, est présumé mitoyen (article 653 du Code civil). Il appartient alors aux deux voisins, chacun étant copropriétaire de l'ensemble du mur.

La présomption tombe devant un titre contraire, par exemple un ancien acte de division précisant que le mur appartient à l'un des fonds, devant une possession trentenaire, ou devant des marques de non-mitoyenneté : sommet droit et à plomb d'un seul côté et incliné de l'autre, chaperon, filets ou corbeaux de pierre placés d'un seul côté (article 654). Ces indices se lisent sur place, dans les longères et les murs de pierre de la Beauce comme dans les cours du centre de Chartres.

Ce que permet et impose un mur mitoyen

La réparation et la reconstruction du mur mitoyen sont à la charge des deux propriétaires, à proportion de leurs droits (article 655) ; celui dont la faute a causé un dommage le répare seul. Un voisin peut se dispenser de contribuer en abandonnant son droit de mitoyenneté, à condition que le mur ne soutienne pas un bâtiment qui lui appartient (article 656).

Chaque copropriétaire peut bâtir contre le mur mitoyen et l'exhausser à ses frais, la partie surélevée lui appartenant alors en propre (articles 657 et 658). Il ne peut en revanche pratiquer aucun enfoncement ni appuyer un ouvrage dans le mur sans le consentement de l'autre ou, à défaut, sans avoir fait régler les conditions par experts (article 662), ni y ouvrir aucune fenêtre, même à verre dormant (article 675). Ces règles comptent pour un acquéreur qui projette une extension, une véranda ou un abri adossés à la limite.

Le propriétaire d'un terrain qui joint un mur privatif peut en acquérir la mitoyenneté, en tout ou en partie, en remboursant au propriétaire la moitié de la valeur de la portion concernée et la moitié de la valeur du sol (article 661). L'accord se constate par un acte notarié publié au service de la publicité foncière.

Clôturer son terrain : hauteur, autorisation, partage des frais

Tout propriétaire peut clore son héritage (article 647). Dans les villes et faubourgs, chacun peut même contraindre son voisin à contribuer à la construction et à l'entretien de la clôture séparant leurs maisons, cours et jardins (article 663). À défaut de règlement ou d'usage local, cette clôture mesure au moins 3,20 mètres dans les villes de 50 000 habitants et plus, 2,60 mètres dans les autres, ce qui est le cas de Chartres. Toute clôture séparative est réputée mitoyenne, sauf si un seul des terrains est clos ou en présence d'un titre, d'une prescription ou d'une marque contraire (article 666).

Le plan local d'urbanisme fixe souvent la hauteur maximale, les matériaux et l'aspect des clôtures. Une déclaration préalable est exigée dans un secteur protégé, aux abords d'un monument historique, dans un site patrimonial remarquable ou lorsque la commune l'a décidé par délibération. Dans le centre ancien de Chartres, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France s'y ajoute : voyez notre guide sur le site patrimonial remarquable.

Haies et arbres : les distances de plantation

Les règlements particuliers et les usages locaux priment. À défaut, l'article 671 du Code civil impose une distance de deux mètres de la ligne séparative pour les plantations dont la hauteur dépasse deux mètres, et de cinquante centimètres pour les autres. La distance se mesure depuis le centre du tronc, la hauteur depuis le sol jusqu'à la cime. Contre un mur mitoyen, les arbres en espalier peuvent être plantés sans distance, à condition de ne pas dépasser la crête du mur.

Le voisin peut exiger que les arbres, arbustes et haies plantés à une distance moindre soient arrachés ou réduits à la hauteur légale, à moins qu'il n'existe un titre, une destination du père de famille ou une prescription trentenaire (article 672). Cette prescription court à compter du jour où la plantation a dépassé la hauteur autorisée : un cèdre haut de quinze mètres, planté à un mètre de la limite il y a quarante ans, peut ainsi être à l'abri d'une demande de réduction.

La haie mitoyenne appartient aux deux voisins : chacun l'entretient de son côté, les frais communs se partagent, et ses produits aussi (articles 668 à 670). Chaque copropriétaire peut la détruire jusqu'à la limite de sa propriété, à charge de construire un mur sur cette limite.

Branches, racines, fruits : les règles du quotidien

Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres du voisin peut le contraindre à les couper ; il ne peut pas les couper lui-même. Les racines, ronces et brindilles qui avancent sur son terrain, il peut en revanche les couper lui-même, à la limite de la ligne séparative. Ces droits sont imprescriptibles : ils subsistent quelle que soit l'ancienneté de l'arbre (article 673).

Les fruits tombés naturellement des branches sur le terrain voisin appartiennent au voisin ; ceux qui restent sur l'arbre appartiennent à son propriétaire. Au-delà de ces règles, un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage, comme une perte d'ensoleillement grave ou des chutes de feuilles massives obstruant les gouttières, engage la responsabilité de plein droit de celui qui en est à l'origine (article 1253 du Code civil, issu de la loi du 15 avril 2024).

Les vérifications à faire avant de signer

Les limites et les ouvrages qui les matérialisent se vérifient avant l'avant-contrat. Le notaire lit le titre du vendeur et les actes antérieurs, qui mentionnent souvent la mitoyenneté d'un mur, une servitude de passage ou une convention sur une haie ; notre guide sur les servitudes décrit ces recherches. Un plan de bornage, lorsqu'il existe, fixe les limites de manière contradictoire ; à défaut, chaque propriétaire peut obliger son voisin au bornage, à frais communs (article 646).

Lors de la visite, observez l'état des murs de limite, fissures, ventres, chaperons abîmés, et la végétation proche des bâtiments ou des réseaux. Interrogez le vendeur sur les travaux partagés, les accords verbaux et les éventuels différends ; ses réponses figurent dans l'avant-contrat. Notre guide sur la visite d'une maison ancienne complète cette liste, et celui sur la vente avec un litige de voisinage présente l'obligation d'information du vendeur.

  • Titre de propriété et actes antérieurs : mitoyenneté, servitudes, conventions.
  • Plan de bornage ou procès-verbal de délimitation.
  • Règlement du plan local d'urbanisme sur les clôtures.
  • État des murs de limite et des plantations à moins de deux mètres.
  • Déclarations écrites du vendeur sur les litiges et accords avec les voisins.

En cas de désaccord avec un voisin

La plupart des différends se règlent par le dialogue, puis par un courrier rappelant la règle applicable. Avant de saisir le tribunal judiciaire, celui de Chartres pour un bien situé en Eure-et-Loir, une tentative de règlement amiable par un conciliateur de justice ou un médiateur est en principe obligatoire pour ces litiges de voisinage. La démarche est gratuite auprès du conciliateur.

Un accord durable gagne à être constaté par écrit : acquisition ou abandon de mitoyenneté, reconstruction d'un mur à frais partagés, autorisation d'accès temporaire au terrain voisin pour réaliser des travaux, dite tour d'échelle. Reçu par acte notarié et publié lorsqu'il touche à la propriété, il s'impose aux acquéreurs successifs des deux terrains.

Exemple chiffré

Acquérir la mitoyenneté d'un mur pour construire une extension

Un acquéreur achète une maison à Champhol et projette une extension adossée au mur de pierre qui borde son jardin. Les titres révèlent que ce mur, long de 15 mètres, appartient au seul voisin. Pour s'y appuyer, il en acquiert la mitoyenneté. Le mur est évalué à 9 000 € compte tenu de son état, et le sol qu'il occupe, 15 mètres sur 45 centimètres, à 120 € le mètre carré.

Moitié de la valeur du mur
4 500 €
Surface du sol occupé (15 m × 0,45 m)
6,75 m²
Moitié de la valeur du sol (6,75 m² × 120 € / 2)
405 €
Indemnité due au voisin (article 661)
4 905 €
Frais de l'acte notarié et de publication
Selon le décompte de l'étude

Devenu copropriétaire du mur, l'acquéreur peut y appuyer son extension, dans le respect de l'article 662 et des règles d'urbanisme, et partagera désormais son entretien. L'acte publié rend la mitoyenneté opposable aux futurs acquéreurs des deux maisons.

Refaire le calcul avec vos chiffres : frais d'acquisition

Questions fréquentes

Mon voisin peut-il m'obliger à payer la réparation du mur mitoyen ?

Oui, pour la part correspondant à vos droits, en principe la moitié, lorsque les travaux sont nécessaires à l'entretien ou à la conservation du mur (article 655 du Code civil). Il est préférable de s'accorder avant les travaux sur leur nature et leur coût, par écrit et sur devis. Celui qui a causé les dégradations par sa faute en supporte seul la réparation.

Puis-je couper moi-même les branches du voisin qui dépassent chez moi ?

Non : vous pouvez contraindre votre voisin à les couper, mais pas les couper vous-même (article 673 du Code civil). Les racines, ronces et brindilles qui avancent sur votre terrain peuvent en revanche être coupées par vous, à la limite de la propriété. Commencez par une demande amiable, puis par lettre recommandée, avant de solliciter un conciliateur.

L'arbre du voisin est planté trop près depuis plus de trente ans : que puis-je faire ?

Si l'arbre dépasse la hauteur autorisée depuis plus de trente ans, le voisin peut invoquer la prescription et échapper à l'arrachage ou à la réduction (article 672 du Code civil). Vous conservez cependant le droit imprescriptible d'exiger la coupe des branches qui avancent sur votre terrain et de couper vous-même les racines. La date de dépassement de la hauteur se prouve par tous moyens.

Faut-il une autorisation pour construire une clôture ?

Une déclaration préalable est nécessaire dans un secteur protégé, aux abords d'un monument historique, dans un site patrimonial remarquable ou lorsque la commune l'a décidé. Dans les autres cas, la clôture reste soumise aux règles du plan local d'urbanisme sur la hauteur et l'aspect. Renseignez-vous en mairie avant de commander les travaux.

Le vendeur doit-il m'informer d'un conflit avec les voisins ?

Le vendeur doit communiquer à l'acquéreur les informations dont il a connaissance et qui sont déterminantes pour son consentement (article 1112-1 du Code civil). Un procès en cours sur la limite, un mur menaçant ruine ou une demande d'arrachage relèvent de cette obligation. Leur dissimulation peut justifier l'annulation de la vente ou des dommages-intérêts.

Premier rendez-vous

Un achat immobilier en vue ?

L'étude vérifie le dossier et vous accompagne de l'avant-contrat à la signature.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

Guides liés