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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Location

Louer un bien hérité : bail en cours, accord des héritiers, gestion et fiscalité des loyers

Un logement reçu par succession peut rester loué ou être mis en location. Qui signe le bail, comment les loyers se partagent et se déclarent, et ce qu'il faut régler avant.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le bail en cours continue au décès du propriétaire (article 1742 du Code civil) : les héritiers deviennent bailleurs et perçoivent les loyers à compter du décès.
  • Les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits peuvent conclure ou renouveler un bail d'habitation et confier la gestion à un mandataire (article 815-3 du Code civil), à charge d'informer les autres.
  • Encaisser les loyers pour payer les dettes urgentes ou les déposer chez le notaire reste un acte conservatoire ; signer un nouveau bail peut en revanche valoir acceptation tacite de la succession.
  • Le conjoint survivant usufruitier perçoit seul les loyers et peut consentir seul un bail d'habitation (article 595 du Code civil).
  • Chaque héritier déclare sa quote-part des loyers perçus après le décès ; les loyers antérieurs figurent dans la dernière déclaration du défunt.

Le logement était loué : le bail continue

L'article 1742 du Code civil pose le principe : le contrat de louage n'est pas résolu par la mort du bailleur. Le locataire reste dans les lieux aux mêmes conditions, et les héritiers prennent la place du défunt dans le bail. Le dépôt de garantie versé à l'entrée devient une dette de la succession, à restituer au départ du locataire.

Dès les premières semaines, le locataire doit savoir à qui payer. Nous lui adressons, avec l'accord des héritiers, une lettre l'informant du décès et des nouvelles coordonnées de paiement, souvent le compte de l'étude pendant le règlement de la succession. Les loyers échus avant le décès appartiennent à la succession ; ceux qui courent ensuite sont des revenus de l'indivision, qui accroissent à celle-ci (article 815-10 du Code civil) et se partagent selon les droits de chacun.

Louer sans accepter la succession trop tôt

L'héritier qui hésite encore entre accepter et renoncer doit mesurer la portée de ses gestes. L'article 784 du Code civil répute purement conservatoire le recouvrement des fruits et revenus des biens de la succession, à condition que les fonds servent à payer les dettes urgentes ou soient déposés chez un notaire ou consignés. Le renouvellement d'un bail qui, à défaut, obligerait à verser une indemnité compte parmi les actes d'administration provisoire.

Conclure un nouveau bail avec un nouveau locataire excède souvent ces actes et peut être regardé comme une acceptation tacite (article 782). Lorsque le passif de la succession est incertain, l'héritier prudent sollicite l'autorisation du juge, ou attend d'avoir exercé son option ; notre guide sur l'option successorale en décrit les conséquences.

Qui décide quand les héritiers sont en indivision ?

Jusqu'au partage, le logement appartient aux héritiers en indivision. L'article 815-3 du Code civil permet aux indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis de conclure et renouveler les baux d'habitation, d'effectuer les actes d'administration et de donner à l'un d'eux ou à un tiers un mandat général d'administration. Ils doivent informer les autres indivisaires, faute de quoi la décision leur est inopposable.

L'unanimité reste requise pour tout acte qui sort de l'exploitation normale du bien, notamment un bail commercial ou rural. Chaque indivisaire peut seul prendre les mesures nécessaires à la conservation du bien (article 815-2). Celui qui gère au su des autres, sans opposition, reçoit un mandat tacite pour l'administration courante, qui ne l'autorise pas à signer un bail. Notre guide sur la gestion de l'indivision successorale détaille ces règles, que la loi du 7 avril 2026 sur la sortie de l'indivision a laissées inchangées.

L'enfant mineur est représenté par son administrateur légal, en principe son ou ses parents, qui exprime son vote dans l'indivision. La conclusion d'un bail d'habitation relève des actes d'administration : l'administrateur légal l'accomplit seul, sans autorisation du juge des tutelles, et les autres indivisaires décident avec lui à la majorité des deux tiers.

Le conjoint survivant usufruitier

Lorsque le conjoint survivant a opté pour l'usufruit de la succession, les enfants reçoivent la nue-propriété. L'usufruitier perçoit alors seul les loyers et peut consentir seul un bail d'habitation (article 595 du Code civil) ; le concours du nu-propriétaire n'est exigé que pour un bail rural ou commercial. Les grosses réparations, comme la toiture ou les murs porteurs, restent à la charge du nu-propriétaire, l'entretien à celle de l'usufruitier.

Les droits du conjoint dépendent du régime matrimonial, d'une éventuelle donation entre époux et de la présence d'enfants d'une autre union ; notre guide sur les droits du conjoint survivant en présente les options. Lorsque le conjoint a reçu la pleine propriété d'une quote-part, il devient indivisaire avec les enfants et participe aux décisions à ce titre.

Organiser la gestion pendant et après la succession

Un logement hérité remis en location doit respecter les règles du moment, qui ont souvent changé depuis le bail précédent : diagnostic de performance énergétique à jour, interdiction de louer les logements classés G, critères de décence, permis de louer dans le centre de Chartres. Les travaux se décident à la majorité des deux tiers lorsqu'ils relèvent de l'administration, et les dépenses se répartissent entre héritiers selon leurs droits.

Pour des héritiers dispersés, confier la gestion à un tiers évite les tensions sur l'encaissement des loyers et le choix des entreprises. Le mandat est alors signé par des indivisaires réunissant les deux tiers des droits, dans les conditions décrites dans notre guide sur le mandat de gestion locative. Les comptes rendus indiquent la part revenant à chacun.

La fiscalité des loyers d'un bien hérité

Les loyers encaissés jusqu'au décès figurent dans la dernière déclaration de revenus du défunt, déposée par les héritiers. Les loyers encaissés après le décès sont déclarés par chaque héritier, à hauteur de sa quote-part dans l'indivision, avec les charges payées pour son compte. Le régime du micro-foncier s'apprécie foyer par foyer : chacun additionne sa quote-part à ses autres revenus fonciers pour vérifier le seuil de 15 000 €. Les revenus fonciers supportent 17,2 % de prélèvements sociaux.

Dans la déclaration de succession, un logement occupé par un locataire s'évalue en tenant compte de cette occupation, qui réduit sa valeur vénale. Notre guide sur les décotes d'évaluation en présente les usages. Cette décote, appréciée au cas par cas, réduit l'assiette des droits de succession ; elle se justifie par les conditions du bail en cours et les références de ventes de biens occupés.

Taxe foncière, assurance et charges du logement hérité

La taxe foncière est due par le propriétaire au 1er janvier. Celle de l'année du décès reste une dette de la succession ; les suivantes sont établies au nom des héritiers et se répartissent entre eux selon leurs droits, comme les charges de copropriété et l'assurance du propriétaire non occupant. Ces dépenses, payées pour le compte de l'indivision, se déduisent des revenus fonciers de chacun au régime réel, à proportion de sa quote-part.

Pendant le règlement de la succession, l'étude peut encaisser les loyers et payer ces dépenses sur le compte ouvert à la Caisse des dépôts, puis établir un décompte par héritier au moment du partage. Chacun dispose ainsi des montants à déclarer, et les comptes de l'indivision sont arrêtés sans discussion.

Exemple chiffré

Trois enfants héritent d'un appartement loué

Trois enfants héritent à parts égales d'un appartement de Lucé loué 700 € par mois hors charges. Deux d'entre eux souhaitent relouer au départ du locataire ; le troisième préférerait vendre. Aucun n'a d'autres revenus fonciers.

Droits des deux enfants favorables à la location
2/3 des droits indivis
Majorité exigée pour signer un bail d'habitation
2/3 : atteinte
Loyers annuels (700 € × 12)
8 400 €
Quote-part de chaque héritier
2 800 €
Revenu imposable de chacun au micro-foncier (2 800 € × 70 %)
1 960 €

Les deux enfants majoritaires peuvent signer le nouveau bail, à condition d'en informer le troisième. Chacun déclare 2 800 € de loyers bruts et bénéficie de l'abattement de 30 %, sauf option pour le régime réel si les charges de sa quote-part le justifient.

Questions fréquentes

Un héritier peut-il s'opposer à la location du logement ?

La location décidée par des indivisaires réunissant deux tiers des droits s'impose au minoritaire, qui doit seulement en être informé. Si aucune majorité ne se dégage et que le blocage met en péril l'intérêt commun, un indivisaire peut demander au tribunal judiciaire l'autorisation de passer seul l'acte (article 815-5 du Code civil).

Un des héritiers peut-il louer le logement à lui-même ?

Oui, avec l'accord des autres indivisaires dans les conditions de l'article 815-3. Un bail à un prix de marché, ou à défaut une indemnité d'occupation (article 815-9), évite qu'il occupe le bien gratuitement au détriment des autres. Le rachat de la part des cohéritiers reste une autre solution, fréquente pour une maison de famille.

Faut-il attendre la fin de la succession pour relouer ?

Relouer rapidement limite la vacance, mais les héritiers encore indécis doivent mesurer le risque d'acceptation tacite. Lorsque tous acceptent la succession, les héritiers peuvent relouer sans attendre le partage : les indivisaires à la majorité des deux tiers signent le bail, et l'attestation de propriété immobilière peut être établie en parallèle.

Vaut-il mieux louer ou vendre le logement hérité ?

Le choix dépend des besoins de chacun, de l'état du bien, de sa performance énergétique et de l'entente entre héritiers. Un logement libre se vend en général plus aisément qu'un logement loué. Notre guide sur la vente d'une maison héritée présente les règles de majorité et la fiscalité d'une vente.

Les loyers peuvent-ils être versés à l'étude pendant la succession ?

Oui, avec l'accord des héritiers. Les loyers déposés chez le notaire restent des actes conservatoires au sens de l'article 784 du Code civil, ce qui préserve la liberté d'option de chaque héritier. Ils servent à payer les charges du logement et les dettes urgentes, puis le solde est réparti lors du partage.

Le locataire en place peut-il racheter le logement hérité ?

Les héritiers peuvent lui proposer la vente à tout moment, d'un commun accord. Pour vendre le logement libre, ils doivent en revanche attendre la fin du bail et lui délivrer un congé pour vendre au moins six mois avant l'échéance pour un logement vide ; ce congé lui ouvre un droit de préemption sur le logement, au prix et aux conditions indiqués.

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Sources

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