L'essentiel
- La double imposition d'une succession franco-américaine s'évite par la convention du 24 novembre 1978, modifiée par l'avenant du 8 décembre 2004 : elle répartit entre les deux États le droit d'imposer les successions et les donations et organise un crédit d'impôt (article 12).
- Un bien immobilier situé en France reste imposable en France (article 5) ; les titres, comptes et créances ne sont imposables par un État que si le défunt ou le donateur en avait la citoyenneté ou y était domicilié, et si sa loi les taxe (article 8).
- Pour les décès de 2026, l'exclusion de base de l'impôt fédéral américain sur les successions atteint 15 millions de dollars ; pour beaucoup de familles, l'impôt effectivement dû sur une maison en France se limite alors aux droits français.
- L'article 11 traite comme biens de communauté, pour l'impôt français, les biens acquis pendant le mariage par un époux domicilié aux États-Unis ou citoyen américain, sauf choix exprès d'un autre régime.
- Face à un testament américain ou à un trust, la réserve héréditaire française peut s'appliquer au bien situé en France : loi applicable, prélèvement compensatoire et fiscalité des trusts s'examinent pour chaque bien.
Ce que couvre la convention de 1978
La convention vise, côté américain, l'impôt fédéral sur les successions, l'impôt sur les donations et l'impôt sur les transferts qui sautent une génération ; côté français, les droits de succession et de donation. Elle concerne aussi bien les successions que les donations qui intéressent les deux pays. Les impôts propres à certains États fédérés restent hors de son champ.
Chaque État définit d'abord le domicile selon sa loi. Si le défunt est domicilié dans les deux, l'article 4 le rattache successivement au foyer d'habitation permanent, au centre des intérêts vitaux, au séjour habituel, puis à la nationalité. Une règle particulière protège les séjours limités : sous conditions de durée, un citoyen de l'un des États installé depuis peu dans l'autre, notamment pour une mission professionnelle, reste réputé domicilié dans l'État dont il a la citoyenneté (article 4, paragraphe 3).
Quel État impose quoi
La convention attribue le droit d'imposer selon la nature des biens. L'État de situation d'un immeuble peut toujours le taxer ; l'État de domicile ou de citoyenneté taxe aussi, en éliminant ensuite la double imposition par un crédit. Pour les placements financiers, l'article 8 réserve l'imposition à l'État dont le défunt avait la citoyenneté ou le domicile, à condition que sa loi les atteigne.
Concrètement, la France taxe la maison d'un Américain domicilié à New York ; son portefeuille de titres américains et ses comptes français relèvent des seuls États-Unis. Pour un défunt de nationalité française domicilié aux États-Unis, la France peut aussi taxer, selon l'article 750 ter du Code général des impôts, les biens reçus par un héritier domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années : cette situation appelle une analyse au cas par cas.
| Bien | Imposition en France | Article de la convention |
|---|---|---|
| Maison, appartement, terrain situés en France | Oui, quel que soit le domicile du défunt | Article 5 |
| Biens d'un établissement stable ou d'une base fixe en France | Oui | Article 6 |
| Meubles corporels situés en France | Oui, hors biens relevant de l'article 6 | Article 7 |
| Titres, comptes, créances, numéraire | Si le défunt était Français ou domicilié en France, et si la loi française les taxe | Article 8 |
Le crédit d'impôt et l'exclusion américaine
L'article 12 élimine la double imposition. Lorsque le défunt était domicilié en France, la France taxe l'ensemble de la succession et impute l'impôt américain payé sur les biens imposables aux États-Unis, dans la limite de l'impôt français afférent à ces biens. Lorsqu'il était domicilié ou citoyen aux États-Unis, l'impôt fédéral accorde un crédit pour les droits français payés sur les immeubles et les biens professionnels situés en France.
Pour les décès survenus en 2026, l'exclusion de base de l'impôt fédéral sur les successions atteint 15 000 000 $, et l'exclusion annuelle des donations 19 000 $ par bénéficiaire. Dans de nombreuses successions, l'impôt fédéral est nul et le crédit sans objet : les droits français sur la maison restent la seule charge. En France, chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, puis du barème de 5 % à 45 %, décrit dans notre guide sur les droits de succession.
Époux, communauté et déduction pour le conjoint
Neuf États américains appliquent un régime de communauté entre époux : Arizona, Californie, Idaho, Louisiane, Nevada, Nouveau-Mexique, Texas, Washington et Wisconsin. Pour les autres, l'article 11, paragraphe 1, de la convention prévoit que les biens acquis à titre onéreux pendant le mariage par un époux domicilié aux États-Unis ou citoyen américain sont traités, pour l'impôt français, comme des biens de communauté, sauf si les époux ont expressément choisi un autre régime. La moitié seulement entre alors dans la succession taxée en France.
La convention ouvre aussi, sous conditions et sur option de l'exécuteur, une déduction au profit du conjoint survivant, y compris pour un conjoint de nationalité étrangère (article 11, paragraphe 3). En France, le conjoint marié est exonéré de droits de succession. Le régime matrimonial civil, qui fixe la part du conjoint avant tout partage, se détermine selon les règles exposées dans notre guide sur le régime matrimonial des couples internationaux.
Testament américain, trust et réserve héréditaire
Le règlement européen n° 650/2012 soumet la succession à la loi de la dernière résidence habituelle, donc à celle de l'État américain du défunt, y compris ses règles de conflit lorsqu'elles renvoient à la loi d'un État membre (article 34). Lorsque la règle de conflit de cet État soumet les immeubles à la loi de leur situation, la loi française s'applique à la maison située en France, avec la réserve héréditaire des enfants. Un défunt de nationalité française peut aussi avoir choisi la loi française par testament (article 22).
Lorsque la loi applicable ignore la réserve, l'article 913, alinéa 3, du Code civil permet aux enfants, sous conditions, d'effectuer un prélèvement compensatoire sur les biens situés en France. Un testament américain est accueilli en France s'il respecte les formes de la convention de La Haye du 5 octobre 1961. Notre guide sur la réserve héréditaire précise les parts protégées.
Un trust qui détient un bien situé en France, ou dont le constituant ou un bénéficiaire réside en France, relève des articles 792-0 bis, 990 J et 1649 AB du Code général des impôts : droits de mutation lors des transmissions, prélèvement annuel éventuel et déclaration par l'administrateur. Nous examinons l'acte de trust avant toute opération sur le bien.
Donner depuis les États-Unis, recevoir en France
La donation d'un immeuble situé en France se fait par acte notarié. Donateur et donataire, s'ils vivent aux États-Unis, signent chacun une procuration authentique, que nous recevons à distance (articles 931 à 933 du Code civil). Les droits français s'appliquent au bien donné, avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, et la convention de 1978 coordonne l'impôt fédéral sur les donations.
Lorsque le bénéficiaire vit en France depuis au moins six des dix dernières années, les biens étrangers qu'il reçoit peuvent aussi entrer dans le champ français. Notre guide sur la donation entre la France et l'étranger détaille ces règles et les critères de l'article 750 ter.
Régler la succession depuis les États-Unis
Les héritiers vivant aux États-Unis signent chacun leur procuration à distance, en fin d'après-midi à Chartres, soit en matinée sur la côte Est. Nous établissons l'acte de notoriété, l'attestation immobilière et la déclaration de succession, à déposer dans les douze mois pour un décès survenu hors de France. L'acte de décès, le testament et, le cas échéant, la décision d'homologation reçoivent une apostille puis une traduction.
Les sommes revenant à chacun transitent par la comptabilité de l'étude et sont virées sur un compte à son nom. Nous transmettons à l'exécuteur américain le décompte des droits français payés, dont il a besoin pour le crédit prévu par la convention.
Exemple chiffré
Une maison dans le Perche transmise par un résident de New York
Robert, citoyen américain domicilié à New York, veuf, laisse à ses deux enfants, domiciliés aux États-Unis, une maison dans le Perche d'Eure-et-Loir estimée 500 000 € et un portefeuille de titres américains. Son patrimoine mondial reste inférieur à l'exclusion fédérale de 2026. La maison relève de la loi française par renvoi.
- Part de chaque enfant dans la maison
- 250 000 €
- Abattement en ligne directe
- 100 000 €
- Part taxable de chaque enfant
- 150 000 €
- Droits par enfant (403,60 € + 403,70 € + 573,45 € + 20 % sur 134 068 €)
- 28 194,35 €
- Droits français pour les deux enfants
- 56 388,70 €
- Portefeuille de titres américains
- Non imposable en France (article 8)
- Impôt fédéral sur les successions
- 0 $, patrimoine inférieur à 15 000 000 $
Les droits français sur la maison constituent la seule charge fiscale de la succession ; le crédit de l'article 12 reste sans objet. Si le patrimoine de Robert avait dépassé l'exclusion fédérale, l'impôt américain aurait accordé un crédit pour ces 56 388,70 € de droits français.
Refaire le calcul avec vos chiffres : donation avec rappel fiscal
Questions fréquentes
Mes parents américains peuvent-ils me donner leur maison en France de leur vivant ?
Oui, par un acte notarié signé en France par leurs mandataires. Chacun de vos parents signe une procuration authentique à distance, et vous acceptez la donation de la même manière si vous vivez aussi à l'étranger. Les droits français se calculent après l'abattement de 100 000 € par parent ; l'impôt fédéral sur les donations et son exclusion annuelle se vérifient avec leur conseil américain.
Le bien est détenu par un trust américain : que doit faire le notaire ?
Nous demandons l'acte de trust et identifions le constituant, l'administrateur et les bénéficiaires. Selon leur résidence et la nature des transmissions, les droits de mutation de l'article 792-0 bis, le prélèvement de l'article 990 J et les déclarations de l'article 1649 AB peuvent s'appliquer. Ces règles se vérifient avant toute vente ou tout décès, pour éviter une taxation imprévue.
Un testament rédigé à New York est-il valable pour ma maison en France ?
En la forme, oui, s'il respecte la loi du lieu où il a été fait ou l'une des autres lois admises par la convention de La Haye de 1961. Son contenu doit toutefois se combiner avec la loi applicable à la succession, qui peut être la loi française pour la maison. Notre guide sur le testament et les biens dans plusieurs pays aide à coordonner vos dispositions.
Mon conjoint n'est pas citoyen américain : est-il pénalisé ?
La convention ouvre au conjoint survivant, sous conditions et sur option de l'exécuteur, une déduction pour les biens qu'il reçoit, même sans la citoyenneté américaine (article 11, paragraphe 3). En France, le conjoint marié est exonéré de droits de succession, quelle que soit sa nationalité. Les conditions précises se vérifient avec votre conseil américain.
Je vis en France et j'hérite d'un parent installé aux États-Unis : que paie-je ?
La réponse dépend de la nationalité du défunt et de la nature des biens. Si votre parent était Américain, la France taxe les immeubles et meubles situés en France, et ses titres comme ses comptes relèvent des seuls États-Unis. S'il était Français et que vous êtes domicilié en France depuis au moins six ans sur dix, la France peut aussi taxer ce que vous recevez à l'étranger, avec un crédit pour l'impôt américain.
Premier rendez-vous
Vous résidez loin de Chartres ?
Consultation en visioconférence et signature par procuration à distance.
7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.
Sources
- Impots.gouv.fr, convention franco-américaine du 24 novembre 1978 en matière de successions et de donations (version consolidée)
- BOFiP, liste des conventions fiscales conclues par la France, BOI-ANNX-000306
- IRS, what's new, estate and gift tax
- IRS, Publication 555, community property
- EUR-Lex, règlement (UE) n° 650/2012 sur les successions
- Sénat, rapport sur l'avenant du 8 décembre 2004 à la convention franco-américaine