L'essentiel
- La maison du couple revient à l'époux que les deux désignent d'un commun accord ou, à défaut, à celui à qui le juge l'attribue ; dans les deux cas, celui qui la garde verse à l'autre une soulte égale à sa part de la valeur nette.
- Pendant la procédure, le juge attribue la jouissance du logement à l'un des époux, à titre gratuit ou moyennant une indemnité d'occupation (article 255, 4° du Code civil) : cette mesure provisoire laisse la propriété intacte.
- Après un divorce, l'attribution préférentielle d'une maison commune n'est jamais de droit : le juge apprécie les intérêts en présence et peut exiger que la soulte soit payée comptant (article 1476 du Code civil).
- Une maison propre à l'un des époux lui reste ; l'autre peut seulement obtenir un bail sur ce logement s'il exerce l'autorité parentale et que les enfants y résident, au plus jusqu'à la majorité du plus jeune (article 285-1).
Tout dépend d'abord de la propriété de la maison
La première question porte sur le titre de propriété. Une maison achetée pendant le mariage par des époux mariés sans contrat est commune, quel que soit celui qui a payé les échéances. Une maison achetée ensemble par des époux séparés de biens, ou par des concubins avant leur mariage, est indivise selon les quotes-parts de l'acte. Reste propre, enfin, la maison que l'un des époux possédait avant le mariage ou qu'il a reçue par donation ou par héritage.
Seule une maison commune ou indivise peut être attribuée à l'un ou à l'autre dans le partage. La maison propre reste à son propriétaire, sous réserve des comptes à faire si l'autre époux ou la communauté l'ont financée. Notre guide sur la maison achetée avant le mariage détaille ces comptes, qui s'appliquent aussi à la maison reçue par héritage.
| Situation de la maison | Qui peut la garder | Contrepartie |
|---|---|---|
| Commune (achat pendant le mariage sans contrat) | L'un ou l'autre, par accord ou décision du juge | Soulte sur la valeur nette, récompenses comprises |
| Indivise (séparation de biens, achat avant le mariage) | L'un ou l'autre, par accord ou décision du juge | Soulte selon les quotes-parts, créances comprises |
| Propre à un époux (avant le mariage, héritage, donation) | Son propriétaire | Récompense ou créance éventuelle ; bail possible au profit de l'autre |
Pendant la procédure : qui reste dans le logement ?
Tant que le mariage dure, le logement de la famille est protégé : aucun époux ne peut le vendre ou le louer sans l'accord de l'autre, même s'il lui appartient en propre (article 215 du Code civil). Dans un divorce judiciaire, le juge décide, lors de l'audience d'orientation et sur mesures provisoires, lequel des époux occupera le logement jusqu'au divorce, en précisant si cette jouissance est gratuite ou donne lieu à une indemnité d'occupation.
Le juge tient compte de la résidence des enfants, des ressources de chacun et des possibilités de relogement. Sa décision est provisoire : l'occupation des lieux pendant l'instance laisse entière la question de l'attribution au partage. L'indemnité éventuelle, calculée sur la valeur locative, se règle au moment du partage. Son calcul est détaillé dans notre guide sur le logement familial pendant la procédure.
Garder la maison d'un commun accord
Dans la grande majorité des divorces, les époux s'accordent sur celui qui garde la maison. Le notaire calcule alors la soulte, c'est-à-dire la somme que l'attributaire verse à l'autre pour rétablir l'égalité : dans le cas simple d'une maison commune, elle correspond à la moitié de la valeur nette, prêt restant dû déduit, corrigée des récompenses et des autres biens partagés.
L'époux qui garde la maison doit financer à la fois la soulte et le prêt en cours, que la banque accepte de lui laisser seul ou qu'elle fasse rembourser par un nouveau prêt. Les banques appliquent la norme du Haut Conseil de stabilité financière : mensualités de 35 % des revenus au plus, assurance comprise, et durée de 25 ans au plus, avec des dérogations limitées. Le calcul et les solutions de financement figurent dans notre guide sur le rachat de soulte.
L'acte de partage, reçu par le notaire, supporte le droit de partage de 1,1 % de l'actif net partagé. Dans un divorce amiable, il est signé avant la convention de divorce ; dans un divorce judiciaire, pendant l'instance ou après le jugement.
Sans accord : l'attribution préférentielle décidée par le juge
Lorsque les deux époux veulent garder la maison, ou que l'un refuse que l'autre la conserve, le juge peut être saisi d'une demande d'attribution préférentielle. Les articles 1476 et 1542 du Code civil renvoient pour cela aux règles du partage successoral, qui visent notamment le local servant effectivement d'habitation. Après un divorce, cette attribution n'est jamais de droit : le juge apprécie les intérêts en présence et peut décider que la totalité de la soulte sera payable comptant.
Pèsent en pratique dans sa décision l'intérêt des enfants et leur résidence, l'occupation effective du logement par le demandeur et, surtout, sa capacité à payer la soulte. Le bien est attribué pour sa valeur au jour du partage. Lorsque aucun époux ne peut obtenir l'attribution, le partage judiciaire peut conduire à la vente du bien, parfois aux enchères. Notre guide consacré au cas où un époux refuse de vendre présente ces recours.
Lorsque la maison appartient à un seul époux
Une maison propre reste à son propriétaire, même si l'autre y a vécu pendant vingt ans avec les enfants. L'époux non propriétaire peut en obtenir la jouissance pendant la procédure, puis, après le divorce, un bail judiciaire : le juge peut le lui concéder s'il exerce seul ou en commun l'autorité parentale et que les enfants résident habituellement dans ce logement. Le juge fixe la durée du bail et peut le renouveler jusqu'à la majorité du plus jeune enfant (article 285-1 du Code civil).
Ce bail donne lieu au paiement d'un loyer et prend fin à son terme ou si des circonstances nouvelles justifient sa résiliation. La propriété reste à l'époux propriétaire. En revanche, si la communauté a remboursé le prêt de la maison propre ou financé des travaux, l'époux propriétaire doit une récompense, dont l'autre récupère la moitié au partage.
Les autres façons de conserver le cadre de vie des enfants
Lorsque l'attribution est impossible à financer, d'autres montages permettent de différer la décision. Les ex-époux peuvent rester propriétaires ensemble quelques années par une convention d'indivision notariée, qui fixe l'occupant, la prise en charge du prêt et la date de vente. La prestation compensatoire peut aussi prendre la forme de l'abandon de la part d'un époux dans la maison, ce qui réduit ou supprime la soulte.
Un droit d'usage et d'habitation au profit du parent qui accueille les enfants, au titre de la contribution à leur entretien, constitue une autre solution. Chacune a ses conséquences fiscales et bancaires : notre guide maison et divorce compare le rachat, la vente et l'indivision.
Exemple chiffré
Élise peut-elle garder la maison de Mainvilliers ?
Élise et Nicolas, mariés sans contrat, possèdent une maison commune à Mainvilliers estimée 280 000 €, avec un prêt restant dû de 110 000 €. Élise, chez qui résideront les deux enfants, souhaite la garder. La banque refuse la reprise du prêt par avenant : il faut un nouveau prêt qui rembourse l'ancien et finance la soulte. Élise perçoit 2 600 € nets par mois.
- Valeur nette de la maison (280 000 € − 110 000 €)
- 170 000 €
- Soulte due à Nicolas (moitié de la valeur nette)
- 85 000 €
- Nouveau prêt à financer (soulte + capital restant dû)
- 195 000 €
- Mensualité sur 25 ans, taux hypothétique de 3,5 %, hors assurance
- 976 €
- Taux d'effort avant assurance (976 € ÷ 2 600 €)
- 37,5 %
- Revenu nécessaire pour respecter 35 %, hors assurance
- environ 2 790 € par mois
Le projet dépasse la norme bancaire. Un apport d'épargne personnelle, le paiement différé d'une partie de la soulte avec l'accord de Nicolas ou sa compensation avec une prestation compensatoire peuvent le rendre finançable. Sans l'un de ces leviers, le juge saisi d'une demande d'attribution préférentielle pourrait écarter la demande faute de capacité à payer la soulte.
Questions fréquentes
La résidence des enfants suffit-elle pour garder la maison ?
Elle pèse lourd, en particulier pour la jouissance du logement pendant la procédure. Au partage, le juge vérifie en outre que l'époux qui demande la maison peut payer la soulte et assumer les charges. Un parent qui accueille les enfants sans pouvoir financer le rachat peut en revanche obtenir un bail, si la maison appartient à l'autre, ou négocier une indivision temporaire.
Mon conjoint peut-il m'obliger à quitter la maison avant le jugement ?
Avant toute décision du juge, chaque époux a le droit d'occuper le logement de la famille. Le juge aux affaires familiales statue sur la jouissance lors de l'audience d'orientation. En cas de violences, une ordonnance de protection permet d'attribuer rapidement le logement à l'époux victime. Changer les serrures sans décision expose, à l'inverse, à une indemnité d'occupation et à un contentieux inutile.
Puis-je garder la maison en payant la soulte plus tard ?
Oui, si votre conjoint l'accepte : l'acte de partage fixe alors un échéancier, éventuellement des intérêts, et une garantie sur la maison, en particulier l'hypothèque légale du copartageant. Si l'attribution est décidée par le juge après un divorce, il peut au contraire exiger le paiement comptant. Un accord sur un paiement différé se négocie donc avant de saisir le juge.
Nous voulons tous les deux garder la maison : qui l'emporte ?
À défaut d'accord, le juge tranche en appréciant la situation de chacun : résidence des enfants, occupation effective du logement, capacité à payer la soulte et à supporter les charges. S'il n'attribue la maison à aucun des deux, elle sera vendue et le prix partagé. Une estimation contradictoire et une simulation bancaire pour chacun des époux éclairent souvent la discussion avant même l'audience.
Qui paie les frais de l'acte quand l'un des époux garde la maison ?
Les époux les répartissent librement : souvent par moitié, parfois à la charge de celui qui garde la maison, en contrepartie d'une soulte ajustée. Ces frais comprennent le droit de partage de 1,1 %, l'émolument du notaire et la contribution de sécurité immobilière. Notre guide sur le crédit immobilier au divorce signale en outre les frais bancaires liés à la reprise du prêt.
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Sources
- Service-public.gouv.fr, partage des biens après un divorce
- Code civil, article 255 : mesures provisoires (Légifrance)
- Code civil, articles 215, 285-1, 1476 et 1542 (Légifrance)
- Congrès des notaires 2020, la protection du logement lors du divorce et de la séparation de corps
- Haut Conseil de stabilité financière, mesure relative à l'octroi de crédits immobiliers