L'essentiel
- En cas de désaccord sur la valeur de la maison, les époux font le plus souvent établir une expertise par un professionnel choisi ensemble ; à défaut, le juge aux affaires familiales peut désigner un expert dès les mesures provisoires (article 255, 9° du Code civil).
- La valeur retenue est la valeur vénale du bien à une date aussi proche que possible du partage, et non son prix d'achat ; elle doit refléter le marché, faute de quoi l'administration fiscale peut rectifier le droit de partage.
- Pour une maison commune, un écart de valeur ne pèse que pour moitié sur la soulte : un désaccord de 40 000 € représente un enjeu de 20 000 € pour chaque époux, à comparer au coût d'une expertise ou d'un contentieux.
- Le copartageant lésé de plus du quart dans un partage amiable peut obtenir un complément de part dans les deux ans (article 889 du Code civil), règle que la Cour de cassation applique au partage de la communauté.
Quelle valeur retenir : la valeur vénale au jour du partage
La maison entre dans le partage pour sa valeur vénale, c'est-à-dire le prix qu'elle obtiendrait sur le marché, entre un vendeur et un acquéreur libres et informés. Cette valeur s'apprécie à la date de la jouissance divise, fixée dans l'acte aussi près que possible du partage (article 829 du Code civil, applicable au partage de la communauté). Le prix d'achat, la valeur retenue par la banque lors du prêt ou l'estimation faite il y a trois ans servent de repères, sans plus.
Chaque époux a un intérêt opposé : celui qui garde la maison souhaite une valeur basse, qui réduit la soulte à verser ; celui qui la cède souhaite une valeur haute. Ce conflit d'intérêts explique la fréquence des désaccords, et la nécessité de s'appuyer sur des éléments objectifs, compréhensibles par les deux époux et par leurs avocats. Notre guide sur le rachat de soulte montre l'incidence directe de la valeur sur la somme à financer.
Les données qui objectivent la valeur
Les ventes réellement signées constituent la meilleure référence. Les données « Demandes de valeurs foncières », publiées gratuitement par l'administration fiscale, recensent les ventes des cinq dernières années, commune par commune et parcelle par parcelle, à l'exception de l'Alsace-Moselle et de Mayotte. Elles indiquent le prix, la date, les surfaces, sans rien dire de l'état des biens vendus. Les bases immobilières des notaires décrivent chaque vente plus précisément, et les prix médians qui en sont tirés sont publiés sur le portail immobilier des notaires.
Une estimation sérieuse sélectionne plusieurs ventes comparables, par la surface, la situation, l'état et la classe énergétique, puis ajuste les prix pour tenir compte des différences. À Chartres, dans les communes de la métropole et dans les villages de la Beauce, la taille du terrain, les dépendances et la proximité de la gare expliquent des écarts sensibles entre biens de même surface. Ces méthodes sont détaillées dans notre guide sur l'estimation d'un bien immobilier.
Les solutions amiables pour sortir du désaccord
La plupart des désaccords se règlent sans juge, dès lors que chacun accepte une méthode avant de connaître le résultat. Les époux conviennent, par exemple, de retenir la moyenne de deux estimations indépendantes, ou de s'en remettre à un expert choisi ensemble, dont ils s'engagent par écrit à accepter la valeur. Une expertise conforme à la Charte de l'expertise en évaluation immobilière expose ses références et ses ajustements, ce qui la rend difficile à contester.
Lorsque l'écart persiste, la mise en vente du bien tranche la question par le marché : le prix obtenu s'impose à tous. Un médiateur familial peut aussi aider à renouer le dialogue lorsque le désaccord sur la valeur masque un conflit plus large. Dans tous les cas, nous chiffrons l'enjeu réel du désaccord avant d'engager des frais d'expertise.
- Moyenne de deux avis de valeur établis par des professionnels différents.
- Expert unique choisi d'un commun accord, avec engagement écrit d'accepter sa valeur.
- Troisième estimation en cas d'écart important entre les deux premières.
- Mise en vente du bien, le prix obtenu servant de base au partage.
- Médiation familiale lorsque le désaccord dépasse la seule question de la valeur.
Pendant la procédure : l'expert désigné par le juge
Dans un divorce judiciaire, le juge aux affaires familiales peut désigner, dès l'audience d'orientation et sur mesures provisoires, tout professionnel qualifié chargé de dresser un inventaire estimatif ou de faire des propositions sur le règlement des intérêts pécuniaires des époux (article 255, 9° du Code civil). Il peut aussi désigner un notaire pour élaborer un projet de liquidation (article 255, 10°), qui s'appuie sur cette évaluation.
Le juge fixe la mission, le délai et la provision à verser, souvent par moitié. Pour les couples domiciliés en Eure-et-Loir, les experts sont fréquemment choisis parmi ceux inscrits auprès de la cour d'appel de Versailles, dont relève le tribunal judiciaire de Chartres. Si le désaccord persiste malgré l'expertise, le juge peut statuer sur les demandes de liquidation et de partage dans le jugement de divorce (article 267). Le guide sur le projet d'état liquidatif décrit cette articulation.
Après le divorce : l'expertise dans le partage judiciaire
Lorsque le divorce a été prononcé sans que les biens soient partagés, l'ex-époux qui veut sortir de l'indivision assigne l'autre en partage devant le tribunal judiciaire. Le tribunal peut désigner un notaire commis pour conduire les opérations et ordonner une expertise sur la valeur de la maison. Le notaire dispose en principe d'un an pour établir son projet, délai suspendu pendant l'expertise.
Cette voie coûte plus cher et dure plus longtemps qu'une expertise amiable : frais d'avocats, provision de l'expert, puis éventuel procès-verbal de difficultés et jugement sur les points contestés. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a renforcé les pouvoirs du juge commis pour régler les contestations en cours de partage, un décret devant en préciser la procédure. Une valeur déterminée tôt, pendant la procédure de divorce, évite le plus souvent ce second contentieux.
Les risques d'une valeur mal fixée
Une valeur sous-estimée d'un commun accord réduit la soulte, mais aussi l'assiette du droit de partage de 1,1 % : l'administration fiscale peut la rectifier en s'appuyant sur des ventes comparables, avec un rappel de droits et des intérêts de retard. Elle expose surtout l'époux qui a cédé sa part à une remise en cause du partage. Le guide sur le partage des biens et le droit de partage précise l'assiette de ce droit.
L'article 889 du Code civil permet au copartageant qui établit avoir subi une lésion de plus du quart d'obtenir un complément de part, en argent ou en nature, les biens étant estimés à leur valeur à l'époque du partage. L'action se prescrit par deux ans à compter du partage. La Cour de cassation l'applique au partage de la communauté après divorce, en reconstituant l'ensemble de la masse partagée, dettes comprises. Une évaluation documentée, annexée à l'acte, protège les deux époux contre ce risque.
Exemple chiffré
Deux estimations pour la maison de Luisant
Maud et Stéphane, mariés sans contrat, divorcent. Maud souhaite garder la maison commune de Luisant, grevée d'un prêt de 110 000 €. Elle produit un avis de valeur de 270 000 € ; Stéphane en produit un de 310 000 €. Ils conviennent de faire appel à un expert commun et de retenir sa valeur : 292 000 €.
- Soulte selon l'estimation de Maud ((270 000 € − 110 000 €) ÷ 2)
- 80 000 €
- Soulte selon l'estimation de Stéphane ((310 000 € − 110 000 €) ÷ 2)
- 100 000 €
- Enjeu réel du désaccord pour chaque époux
- 20 000 €
- Soulte sur la valeur de l'expert ((292 000 € − 110 000 €) ÷ 2)
- 91 000 €
- Seuil de lésion de plus du quart pour Stéphane (91 000 € × 75 %)
- Part inférieure à 68 250 €
- Droit de partage (1,1 % de 182 000 €)
- 2 002 €
Un écart de 40 000 € entre les estimations ne représentait que 20 000 € d'enjeu sur la soulte. L'expertise commune, dont le coût se partage, a permis de conclure sans procédure. La valeur retenue, documentée et annexée à l'acte, sécurise aussi le partage à l'égard de l'administration fiscale.
Questions fréquentes
Qui paie l'expert ?
Dans une expertise amiable, les époux se partagent en général ses honoraires par moitié, ou les mettent à la charge de celui qui garde la maison. Lorsque le juge désigne l'expert, il fixe la provision et précise qui l'avance ; la somme est ensuite prise en compte dans les comptes de la liquidation. Demandez un devis avant la mission : le coût dépend de la complexité du bien.
Peut-on retenir une valeur basse pour réduire les frais ?
Le droit de partage se calcule sur la valeur réelle des biens. Une valeur manifestement inférieure au marché expose à un redressement fiscal, avec intérêts de retard, et fragilise le partage entre les époux eux-mêmes. Ce risque dépasse de loin l'économie de quelques centaines d'euros de droits, surtout lorsque la soulte en dépend.
L'estimation d'une agence immobilière suffit-elle ?
Un avis de valeur suffit lorsque les époux sont d'accord et que la valeur paraît cohérente avec les ventes du secteur. En cas de désaccord, une expertise détaillée, qui expose ses références et ses ajustements, a plus de poids, notamment devant le juge. Nous pouvons aussi établir un avis de valeur à partir des bases notariales, communiqué aux deux époux.
Si le partage tarde, faut-il refaire l'estimation ?
La valeur retenue doit être aussi proche que possible de la date du partage. Une estimation de plus d'un an, dans un marché qui a évolué, mérite d'être actualisée, faute de quoi l'un des époux pourrait contester l'équilibre du partage. Une simple mise à jour par le même professionnel coûte en général moins cher qu'une nouvelle expertise.
Mon ex-conjoint a revendu la maison bien plus cher juste après le partage : ai-je un recours ?
Si vous établissez avoir reçu moins des trois quarts de ce qui vous revenait, compte tenu de la valeur réelle du bien au jour du partage, l'action en complément de part de l'article 889 du Code civil est ouverte pendant deux ans. Une revente rapide à un prix nettement supérieur constitue un indice, que le juge apprécie avec les autres éléments. Notre guide qui garde la maison au divorce rappelle les conditions de l'attribution.
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Sources
- Code civil, article 255 : mesures provisoires (Légifrance)
- Code civil, article 889 : action en complément de part (Légifrance)
- Dalloz Actualité étudiant, partage des biens : l'appréciation de la lésion (Cass. 1re civ., 18 mars 2015)
- Service-public.gouv.fr, connaître le prix des logements vendus
- Etalab, application « Demande de valeurs foncières »
- Cour d'appel de Versailles, juridictions du ressort