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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

International

Allemagne : succession et donation entre la France et l'Allemagne, sans double imposition

Comment la convention du 12 octobre 2006 répartit l'impôt sur les successions et les donations entre la France et l'Allemagne, et comment régler un héritage franco-allemand à distance.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La double imposition d'un héritage franco-allemand s'évite par la convention du 12 octobre 2006, qui couvre les successions et les donations : un immeuble situé en France est imposable en France, et l'impôt payé dans un État s'impute sur celui de l'autre, dans la limite de ce dernier (article 11).
  • Chaque État garde ses propres critères, la France ceux de l'article 750 ter du Code général des impôts, l'Allemagne la résidence du défunt, du donateur ou du bénéficiaire : grâce au crédit d'impôt, la charge d'ensemble correspond en règle générale à l'impôt le plus élevé des deux.
  • L'Allemagne accorde un abattement de 500 000 € au conjoint, de 400 000 € à chaque enfant et de 200 000 € à chaque petit-enfant ; la France accorde 100 000 € à chaque enfant et exonère le conjoint survivant de droits de succession.
  • Le règlement européen sur les successions s'applique dans les deux pays : la loi de la dernière résidence habituelle régit toute la succession, sauf choix de la loi nationale par testament.
  • Les couples franco-allemands disposent depuis le 1er mai 2013 d'un régime matrimonial optionnel de participation aux acquêts, reconnu à l'identique en France et en Allemagne.

Ce que couvre la convention du 12 octobre 2006

La convention signée à Paris le 12 octobre 2006, publiée en France par le décret n° 2009-487 du 29 avril 2009, vise les droits de mutation à titre gratuit français et l'impôt allemand sur les successions et les donations (Erbschaft- und Schenkungsteuer). Elle fait partie des rares conventions qui couvrent aussi les donations, avec celles conclues avec l'Autriche, l'Italie, la Suède ou les États-Unis.

Son article 5 pose la règle qui intéresse la plupart des familles : les biens immobiliers sont imposables dans l'État où ils sont situés. Une maison à Chartres, un appartement à Berlin ou des terres en Beauce sont donc taxés dans leur pays de situation, quelle que soit la résidence du défunt ou des héritiers.

L'article 11 élimine la double imposition par un crédit d'impôt : lorsqu'un État taxe un bien que la convention attribue à l'autre, il déduit l'impôt payé dans cet autre État, dans la limite de son propre impôt afférent à ce bien. Pour les autres biens, comptes, titres ou meubles, la convention retient en principe l'État du domicile du défunt ou du donateur. Un protocole prévoit en outre qu'un ressortissant allemand parti depuis moins de cinq ans reste considéré comme domicilié en Allemagne.

Quel État taxe quoi ? Les situations les plus fréquentes

La France applique l'article 750 ter du Code général des impôts : tous les biens du défunt ou du donateur domicilié en France ; les seuls biens situés en France lorsqu'il vit à l'étranger ; et aussi les biens étrangers reçus par un héritier domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années. Notre guide sur la succession d'un Français de l'étranger détaille ces critères.

L'Allemagne soumet à son impôt l'ensemble des biens transmis lorsque le défunt, le donateur ou le bénéficiaire y a son domicile ou sa résidence habituelle, et assimile à un résident le ressortissant allemand installé à l'étranger depuis moins de cinq ans (§ 2 de la loi sur l'impôt sur les successions, ErbStG). Un enfant vivant à Munich est ainsi imposable en Allemagne sur la maison française léguée par son père domicilié à Chartres, sous déduction de l'impôt français.

Quel État taxe quoi ? Les situations les plus fréquentes
SituationImpôt françaisImpôt allemand
Parent domicilié en France, enfant résidant en Allemagne, maison en FranceDû sur la maison, après l'abattement françaisDû par l'enfant résident, sous déduction de l'impôt français
Parent domicilié en Allemagne, enfant résidant en Allemagne, maison en FranceDû sur la maison, située en FranceDû, sous déduction de l'impôt français
Parent domicilié en Allemagne, enfant installé en France depuis plus de six ans sur dix, compte bancaire en AllemagneDû par l'enfant, sous déduction de l'impôt allemandDû au titre du domicile du défunt
Parent domicilié en France, enfant résidant en France, appartement à BerlinDû, sous déduction de l'impôt allemandDû sur l'appartement, situé en Allemagne

Abattements et barèmes : deux logiques différentes

En France, chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, renouvelable tous les quinze ans pour les donations ; au-delà, le barème en ligne directe progresse de 5 % à 45 %, par tranches. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession, et bénéficient d'un abattement de 80 724 € pour les donations. Notre guide sur les droits de succession, barème et abattements présente l'ensemble des règles.

En Allemagne, les abattements personnels atteignent 500 000 € pour le conjoint ou le partenaire enregistré, 400 000 € pour chaque enfant et 200 000 € pour chaque petit-enfant. Les proches de la première classe fiscale supportent ensuite un taux de 7 % à 30 %, qui s'applique à la totalité de la part taxable selon sa tranche, et non tranche par tranche. Les donations consenties par une même personne sont additionnées sur dix ans, contre quinze ans en France.

Ces écarts expliquent qu'en ligne directe, l'impôt français soit souvent le plus élevé : pour un enfant qui hérite d'un bien situé en France, le crédit d'impôt allemand absorbe fréquemment la totalité de l'impôt allemand. Le calcul se fait toutefois bien par bien et héritier par héritier.

Donner un bien français quand on vit en Allemagne, ou à un enfant qui y vit

La donation d'un immeuble situé en France se fait par acte notarié, publié au service de la publicité foncière. Le donateur et le donataire qui vivent en Allemagne y consentent par une procuration authentique, exigée par les articles 931 et 933 du Code civil. Nous la recevons à distance, en visioconférence, ou la faisons établir par un Notar : la convention franco-allemande du 13 septembre 1971 dispense cet acte de légalisation et d'apostille, une traduction restant nécessaire.

Le calendrier compte. Une donation-partage fige la valeur des biens pour le règlement futur de la succession, et la donation de la nue-propriété réduit l'assiette selon le barème de l'article 669 du Code général des impôts. Le donataire résidant en Allemagne signale en outre l'acquisition au Finanzamt dans les trois mois. Notre guide sur la fiscalité des donations entre la France et l'étranger situe ces choix dans leur cadre général.

Quelle loi pour la succession ? Règlement européen et Pflichtteil

La France et l'Allemagne appliquent toutes deux le règlement (UE) n° 650/2012 : la succession est régie, pour l'ensemble des biens, par la loi de l'État de la dernière résidence habituelle du défunt, sauf s'il a choisi par testament la loi de sa nationalité (article 22). Un Français installé à Hambourg peut ainsi désigner la loi française, avec sa réserve héréditaire.

Le droit allemand protège aussi les enfants, par une autre technique : le Pflichtteil, égal à la moitié de la part légale, prend la forme d'une créance en argent contre les héritiers. Lorsque les époux relèvent du régime légal allemand, la part du conjoint survivant est augmentée d'un quart au titre du partage des acquêts. Ces différences se mesurent avant de rédiger un testament ; notre guide sur la succession internationale et le règlement européen en expose les ressorts.

Le certificat successoral européen, délivré en France par un notaire, prouve la qualité d'héritier devant les banques et le registre foncier allemands ; l'Erbschein allemand joue ce rôle en Allemagne pour une succession réglée sur place.

Le régime optionnel franco-allemand de participation aux acquêts

Signé le 4 février 2010 et en vigueur depuis le 1er mai 2013, l'accord franco-allemand crée un régime matrimonial commun aux deux pays, ouvert aux époux dont le régime relève de la loi française ou allemande, quelle que soit leur nationalité. Chacun gère ses biens pendant le mariage ; à la dissolution, l'époux qui s'est le moins enrichi reçoit une créance égale à la moitié de la différence d'enrichissement.

Le patrimoine de départ est réévalué selon l'évolution des prix, les immeubles étant estimés à la dissolution, et la créance est plafonnée à la moitié du patrimoine de l'époux débiteur. Ce régime se choisit par contrat de mariage, avant le mariage ou au cours de celui-ci ; notre guide sur la participation aux acquêts compare son fonctionnement avec celui du régime français.

Régler une succession française depuis l'Allemagne

Les héritiers vivant en Allemagne signent l'acte de notoriété, l'attestation immobilière et la déclaration de succession sans venir en France, par procuration. La déclaration française se dépose dans les douze mois lorsque le décès survient à l'étranger, dans les six mois lorsqu'il survient en France métropolitaine ; l'impôt allemand suit ses propres délais de déclaration.

Nous transmettons à votre Steuerberater le décompte des droits français, qui justifie le crédit d'impôt en Allemagne, et versons votre part par virement SEPA sur votre compte allemand. Notre guide pour les héritiers vivant à l'étranger décrit chaque étape, de la procuration au virement.

Exemple chiffré

Un fils vivant à Hambourg hérite de la maison familiale de Chartres

Le père de Thomas, veuf et domicilié à Chartres, décède en 2026. Thomas, son fils unique, vit à Hambourg depuis quinze ans. Il reçoit la maison familiale, estimée à 600 000 €, seul bien de la succession.

Part taxable en France (600 000 € − abattement de 100 000 €)
500 000 €
Droits français selon le barème en ligne directe
98 194,35 €
Part taxable en Allemagne (600 000 € − abattement de 400 000 €)
200 000 €
Impôt allemand avant crédit (11 % sur la totalité de la part)
22 000 €
Crédit d'impôt pour l'impôt français, limité à l'impôt allemand
22 000 €
Impôt allemand restant dû
0 €
Charge fiscale totale
98 194,35 €

La maison, située en France, est imposable en France ; l'Allemagne taxe Thomas en tant que résident mais impute l'impôt français, supérieur au sien. Thomas acquitte donc les seuls droits français, sans double imposition. Ce calcul simplifié omet les frais et dettes déductibles, qui réduiraient la part taxable.

Refaire le calcul avec vos chiffres : donation avec rappel fiscal

Questions fréquentes

Mon père vivait en Allemagne et possédait un appartement à Chartres : où déclarer la succession ?

Dans les deux pays. En France, la déclaration porte sur l'appartement, situé en France, et se dépose dans les douze mois du décès auprès du service des impôts des non-résidents. En Allemagne, la succession est déclarée au titre du domicile de votre père, et l'impôt français payé sur l'appartement s'impute sur l'impôt allemand. Nous établissons la déclaration française et le décompte utile au Finanzamt.

La convention couvre-t-elle aussi les donations ?

Oui, la convention du 12 octobre 2006 vise à la fois les successions et les donations. Un immeuble français donné par un parent résidant en Allemagne est imposable en France, et l'Allemagne impute l'impôt français. Les règles de forme restent françaises : acte notarié et procuration authentique pour le donateur comme pour le donataire.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits dans l'un des deux pays ?

En France, le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. En Allemagne, ils bénéficient d'un abattement personnel de 500 000 €, auquel peuvent s'ajouter d'autres allègements propres au droit allemand. Lorsque l'Allemagne taxe le conjoint sur un bien français, l'exonération française laisse l'impôt allemand sans crédit à imputer : un point à anticiper avec votre conseiller allemand.

Un testament choisissant la loi française est-il reconnu en Allemagne ?

Oui. Le règlement européen sur les successions s'applique en Allemagne comme en France : un Français résidant en Allemagne peut choisir, par testament, la loi française pour l'ensemble de sa succession. Le choix doit être exprès ou résulter clairement des termes du testament ; nous vous aidons à le rédiger lors d'un rendez-vous à distance.

Pouvons-nous adopter le régime franco-allemand après notre mariage ?

Oui, si votre régime relève de la loi française ou allemande. Le changement se fait par acte notarié, comme tout changement de régime matrimonial en France. Nous recevons vos procurations à distance si vous vivez en Allemagne, après un rendez-vous en visioconférence pour mesurer les effets du nouveau régime sur vos biens.

Premier rendez-vous

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7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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