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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Patrimoine

Organiser son patrimoine selon son âge : les décisions utiles à 30, 45, 60 et 75 ans

Chaque étape de la vie ouvre des décisions patrimoniales différentes, et plusieurs règles fiscales dépendent directement de l'âge : 70 ans pour l'assurance-vie, 80 ans pour le don d'argent, une décennie pour chaque palier du barème de l'usufruit.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Les abattements de donation se reconstituent tous les quinze ans : un parent qui donne à 45, 60 et 75 ans utilise trois fois l'abattement de 100 000 € par enfant.
  • Le barème de l'article 669 du Code général des impôts fixe la valeur de la nue-propriété à 50 % entre 51 et 60 ans, 60 % entre 61 et 70 ans et 70 % entre 71 et 80 ans : donner en se réservant l'usufruit coûte moins cher avant chaque changement de décennie.
  • Les primes d'assurance-vie versées avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire ; celles versées après 70 ans, d'un abattement global de 30 500 €.
  • Le don de somme d'argent exonéré jusqu'à 31 865 € suppose un donateur de moins de 80 ans et un bénéficiaire majeur (article 790 G du Code général des impôts).
  • À tout âge, le régime matrimonial, le testament et le mandat de protection future déterminent qui décide et qui reçoit : ils se vérifient à chaque étape de vie.

Pourquoi l'âge compte en matière de patrimoine

Les besoins changent au fil de la vie : constituer un patrimoine, le protéger, puis le transmettre. Plusieurs règles fiscales en tiennent compte directement. La valeur fiscale de l'usufruit baisse d'un palier à chaque décennie de l'usufruitier ; l'assurance-vie distingue les primes versées avant et après 70 ans ; le don d'argent exonéré s'arrête au 80e anniversaire du donateur ; les abattements de donation se renouvellent tous les quinze ans.

Ces règles laissent chacun libre de son calendrier. Elles invitent plutôt à placer les décisions au bon moment, une fois vos propres besoins assurés. Les repères ci-dessous correspondent à des situations fréquentes ; votre calendrier dépend de votre famille, de vos revenus et de vos projets, que nous étudions lors d'un bilan patrimonial.

Autour de 30 ans : le couple, le premier achat, les enfants

Le choix entre mariage, PACS et concubinage produit ses effets dès le premier achat. Les concubins n'héritent pas l'un de l'autre et un legs entre eux est taxé à 60 % ; les partenaires de PACS sont exonérés de droits de succession entre eux mais n'héritent qu'en vertu d'un testament ; le conjoint marié est héritier légal. Notre comparaison du PACS et du mariage détaille ces différences.

Pour un achat à deux, l'acte de vente indique la part de chacun, qui doit correspondre au financement réel : apport personnel, remboursement du prêt. Une convention d'indivision ou une clause d'accroissement protège le survivant d'un couple non marié ; un contrat de mariage adapte la communauté légale lorsque l'un des époux exerce une activité indépendante.

La naissance d'un enfant invite à rédiger un testament désignant la personne qui deviendrait son tuteur en cas de décès des deux parents, et à vérifier les garanties décès des prêts. Les parents peuvent aussi prévoir qu'un tiers administrera les biens que l'enfant recevrait en héritage.

Autour de 45 ans : investir, recomposer, commencer à transmettre

Le milieu de la vie active est souvent celui de l'investissement locatif. Acheter en nom propre ou en société civile immobilière, louer nu ou meublé, emprunter seul ou à deux : chaque choix a des conséquences sur l'impôt, sur le patrimoine du conjoint et sur la transmission future. Notre guide acheter en nom propre ou en SCI aide à trancher.

Les familles recomposées ont intérêt à organiser tôt la protection du nouveau conjoint et l'égalité entre enfants de plusieurs unions : donation au dernier vivant, testament, adoption simple de l'enfant du conjoint, clause bénéficiaire d'assurance-vie. Un chef d'entreprise vérifie son régime matrimonial et la séparation entre ses biens personnels et ceux de l'entreprise. Depuis le 15 mai 2022, l'entrepreneur individuel dispose de plein droit d'un patrimoine professionnel distinct de son patrimoine personnel, mais les garanties personnelles données à la banque restent un sujet à organiser avec le conjoint. Sa résidence principale est insaisissable de plein droit par ses créanciers professionnels, et ses autres biens fonciers non affectés à l'activité peuvent être protégés par une déclaration notariée d'insaisissabilité.

Les premières donations aux enfants trouvent leur place à cet âge, par exemple pour financer des études ou une installation. Elles lancent le cycle de quinze ans : une donation consentie à 45 ans libère à nouveau l'abattement de 100 000 € à 60 ans. L'exonération temporaire des dons familiaux affectés à un logement neuf ou à une rénovation énergétique, jusqu'à 100 000 € par donateur, reste ouverte jusqu'au 31 décembre 2026.

Autour de 60 ans : préparer la retraite et organiser la transmission

La soixantaine réunit plusieurs échéances. La retraite approche et modifie les revenus ; les enfants s'installent ; entre 61 et 70 ans révolus, le barème de l'usufruit valorise la nue-propriété à 60 %. Une donation de la nue-propriété consentie avant le 71e anniversaire transmet ainsi le bien pour 60 % de sa valeur fiscale, alors que les parents en conservent l'usage ou les loyers.

Les versements sur une assurance-vie effectués avant 70 ans bénéficient de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire prévu à l'article 990 I du Code général des impôts. La rédaction de la clause bénéficiaire mérite autant d'attention que le choix du contrat, qui relève de votre assureur ou de votre conseiller financier. Un dirigeant qui envisage de transmettre son entreprise sous pacte Dutreil par donation en pleine propriété bénéficie en outre d'une réduction de 50 % des droits lorsqu'il a moins de 70 ans.

C'est aussi l'âge où le couple vérifie la protection du survivant : donation au dernier vivant, aménagement du régime matrimonial, réversion d'usufruit dans les donations. Nos guides sur la retraite et le patrimoine immobilier et sur la donation avant 70 ans développent ces points.

Autour de 75 ans : simplifier, protéger, transmettre aux générations suivantes

Après 70 ans, les nouvelles primes d'assurance-vie relèvent de l'article 757 B du Code général des impôts : un abattement global de 30 500 € s'applique aux primes, et les gains du contrat échappent aux droits de succession. Le don de somme d'argent exonéré de 31 865 € reste possible jusqu'à 80 ans, au profit des enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants majeurs.

La donation-partage transgénérationnelle permet d'associer les petits-enfants, avec l'accord de leurs parents, et de transmettre directement à la génération qui en a le plus besoin. Elle peut aussi incorporer des donations anciennes pour figer l'équilibre entre les enfants. Le logement devient une question centrale : l'adapter, le vendre, en céder la nue-propriété ou le vendre en viager pour compléter les revenus.

Le mandat de protection future désigne à l'avance la personne qui gérera vos biens si votre santé ne vous le permet plus ; reçu par acte notarié, il peut autoriser les actes de disposition, comme la vente de la maison. Le testament mérite une relecture : un legs rédigé trente ans plus tôt peut viser un bien vendu depuis ou un bénéficiaire décédé.

Les seuils d'âge à retenir

Le tableau réunit les seuils fiscaux liés à l'âge, en vigueur en 2026. Les montants de donation s'apprécient par donateur et par bénéficiaire, sur quinze ans.

Les seuils d'âge à retenir
ÂgeRègleEffet
De 51 à 60 ansBarème de l'article 669 du CGINue-propriété évaluée à 50 % de la pleine propriété
De 61 à 70 ansBarème de l'article 669 du CGINue-propriété évaluée à 60 %
De 71 à 80 ansBarème de l'article 669 du CGINue-propriété évaluée à 70 %
Avant 70 ansAssurance-vie, article 990 I du CGIAbattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les capitaux issus des primes
Après 70 ansAssurance-vie, article 757 B du CGIAbattement global de 30 500 € sur les primes ; gains exonérés
Avant 70 ansPacte Dutreil, donation en pleine propriétéRéduction de 50 % des droits
Avant 80 ansDon d'argent, article 790 G du CGIExonération jusqu'à 31 865 € par bénéficiaire majeur

Ce qui se revoit à chaque étape

Quel que soit l'âge, quelques documents décident de la répartition de vos biens et méritent d'être relus à chaque événement familial : le contrat de mariage ou la convention de PACS, le testament, la donation au dernier vivant, les clauses bénéficiaires d'assurance-vie et de plan d'épargne retraite, les statuts des sociétés familiales. Un divorce, un remariage, une naissance, le décès d'un bénéficiaire ou un départ à l'étranger peuvent rendre l'un d'eux inadapté.

La règle vaut aussi pour les décisions prises : une donation est irrévocable, un démembrement dure jusqu'au décès de l'usufruitier, une société engage pour longtemps. Nous privilégions les solutions qui laissent des marges d'adaptation, par exemple une donation-partage réalisée en plusieurs étapes plutôt qu'en une fois. La page stratégie patrimoniale présente l'ensemble de ces outils.

Exemple chiffré

Trois donations espacées de quinze ans

Un parent donne à chacun de ses deux enfants 100 000 € à 45 ans, puis la nue-propriété d'un appartement de 250 000 € à 60 ans (50 % au barème fiscal), enfin 100 000 € à chacun à 75 ans. Chaque donation intervient plus de quinze ans après la précédente.

Donation à 45 ans, par enfant
100 000 € taxables, droits nuls
Nue-propriété à 60 ans : valeur fiscale par enfant
62 500 €, droits nuls
Donation à 75 ans, par enfant
100 000 €, droits nuls
Valeur transmise par enfant (appartement en pleine propriété au décès)
325 000 €
Droits de donation payés
0 €

Répartie sur trente ans, la transmission de 650 000 € de biens à deux enfants se fait sans droits de donation, parce que chaque acte utilise un abattement reconstitué. Au décès, l'extinction de l'usufruit ne donne lieu à aucun droit (article 1133 du CGI). Seuls les émoluments, taxes et formalités des actes restent dus.

Refaire le calcul avec vos chiffres : transmettre maintenant ou plus tard

Questions fréquentes

Peut-on encore organiser sa transmission après 80 ans ?

Oui : on peut donner à tout âge avec les mêmes abattements de 100 000 € par enfant et de 31 865 € par petit-enfant. Après 80 ans, le don d'argent exonéré de l'article 790 G n'est plus ouvert et la nue-propriété vaut 80 % de la pleine propriété jusqu'à 90 ans révolus. La donation-partage, le testament et la clause bénéficiaire gardent tout leur intérêt pour organiser l'équilibre entre héritiers.

À quel âge faut-il faire son testament ?

Dès qu'une situation familiale le justifie : couple non marié, partenaire de PACS, enfants mineurs pour lesquels désigner un tuteur, famille recomposée, volonté d'avantager un proche ou une association. Un testament se modifie à tout moment. Le testament authentique, reçu par le notaire, est inscrit au fichier central des dispositions de dernières volontés et se retrouve sûrement au décès.

Donner tôt risque-t-il de priver le donateur de ressources pour sa retraite ?

Le risque existe, et le bilan patrimonial sert précisément à le mesurer. Une donation est irrévocable : elle se limite aux biens dont vous pouvez vous passer. La réserve d'usufruit permet de transmettre un bien tout en conservant ses revenus ou son usage ; une clause de retour fait revenir le bien si l'enfant décède avant vous. Nous calculons avec vous le revenu nécessaire avant de proposer une donation.

Le délai de quinze ans court-il à partir de la date de l'acte ?

Oui. Le rappel fiscal additionne les donations consenties par la même personne au même bénéficiaire au cours des quinze années précédant la nouvelle donation ou le décès (article 784 du Code général des impôts). Une donation signée le 10 mars 2011 sort du rappel pour une donation signée à partir du 11 mars 2026. Pour un don manuel, c'est la date de sa déclaration ou de sa révélation qui compte.

Premier rendez-vous

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Nous dressons avec vous le bilan de votre patrimoine et les actes qui le protègent et le transmettent.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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