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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Donation

Donation-partage transgénérationnelle : transmettre directement à ses petits-enfants

Avec l'accord de votre enfant, vos petits-enfants reçoivent directement tout ou partie de sa part : une génération est franchie en un seul acte, avec une fiscalité adaptée.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Depuis la réforme du 23 juin 2006, une donation-partage peut réunir des descendants de degrés différents : vos enfants et vos petits-enfants (article 1075-1 du Code civil).
  • Votre enfant doit consentir dans l'acte à ce que ses propres enfants soient allotis à sa place, en tout ou partie (articles 1078-4 et 1078-5).
  • Les droits sont calculés d'après le lien entre le grand-parent et le petit-enfant alloti, avec l'abattement de 31 865 € par petit-enfant (articles 784 B et 790 B du Code général des impôts).
  • Un bien déjà donné à votre enfant peut être réattribué à vos petits-enfants : lorsque la donation initiale a plus de quinze ans, seul le droit de partage de 2,5 % est dû.

Le principe : franchir une génération avec l'accord de l'enfant

La loi n° 2006-728 du 23 juin 2006, entrée en vigueur le 1er janvier 2007, a ouvert la donation-partage aux descendants de degrés différents. Un grand-parent peut ainsi répartir des biens entre ses enfants et ses petits-enfants dans un même acte, alors que la donation-partage classique ne réunit que les héritiers présomptifs, c'est-à-dire en principe les seuls enfants.

Le mécanisme repose sur une renonciation consentie de l'enfant : il accepte que ses propres enfants reçoivent, à sa place, tout ou partie de ce qui lui serait revenu. Cette solution répond à une situation fréquente : des enfants déjà installés, dont le patrimoine est constitué, et des petits-enfants qui entrent dans la vie active, financent leurs études ou achètent un premier logement.

L'opération évite une double transmission. Sans elle, le bien donné à l'enfant supporterait des droits une première fois, puis une seconde fois lorsque celui-ci le transmettrait à son tour à ses propres enfants, par donation ou dans sa succession. Elle permet aussi au grand-parent de voir de son vivant l'usage que ses petits-enfants font de ce qu'il leur transmet.

Le consentement de l'enfant, pièce maîtresse de l'acte

L'article 1078-4 du Code civil permet aux enfants du donateur de consentir à ce que leurs propres descendants soient allotis en leur lieu et place, en tout ou partie. Ce consentement est donné dans l'acte même, ce qui suppose la présence ou la représentation de l'enfant lors de la signature. Les petits-enfants d'une même souche peuvent être allotis séparément ou conjointement entre eux.

L'article 1078-5 précise que la libéralité constitue une donation-partage même lorsque le grand-parent n'a qu'un seul enfant, que le partage se fasse entre cet enfant et ses descendants ou entre ses descendants seulement. Il exige le consentement, dans l'acte, de l'enfant qui renonce à tout ou partie de ses droits et des descendants qui en bénéficient.

Chaque petit-enfant accepte la donation. Pour un mineur, l'acceptation revient à ses représentants légaux (article 935 du Code civil). Lorsque le parent qui consent à la renonciation est aussi celui qui accepte pour l'enfant, nous vérifions l'absence de conflit d'intérêts, qui imposerait la désignation d'un administrateur ad hoc.

Un partage par souche

Lorsque des descendants de degrés différents concourent à la même donation-partage, le partage s'opère par souche (article 1078-6 du Code civil). Chaque enfant du donateur forme une souche avec ses propres descendants, et c'est entre les souches que l'équilibre s'apprécie.

La souplesse est grande : dans une souche, l'enfant peut tout céder à ses enfants ; dans une autre, il peut conserver sa part entière ; dans une troisième, il peut partager avec ses descendants. Une fille installée à Paris peut ainsi transmettre directement à ses deux enfants, pendant que son frère, agriculteur en Beauce, reçoit lui-même des terres pour poursuivre l'exploitation.

Au décès du grand-parent, les biens reçus s'imputent sur la part de réserve revenant à la souche, puis subsidiairement sur la quotité disponible, et les donations faites aux membres d'une même souche sont imputées ensemble, quel que soit leur degré de parenté avec le défunt (article 1078-8). L'égalité se mesure donc entre les enfants et leurs descendants pris ensemble, et non entre chaque bénéficiaire.

Les effets dans la succession du grand-parent et dans celle de l'enfant

Dans la succession du grand-parent, les biens dont les descendants ont été allotis sont évalués au jour de la donation-partage lorsque tous ses enfants ont consenti au partage anticipé et qu'aucun usufruit ne porte sur une somme d'argent. L'équilibre arrêté entre les souches devient alors définitif.

Dans la succession de l'enfant qui a consenti, les biens reçus par ses propres descendants sont traités comme s'ils les tenaient de lui (article 1078-9 du Code civil). Ils sont soumis aux règles des donations entre vifs pour la réunion fictive, l'imputation, le rapport et, le cas échéant, la réduction. Si l'enfant a d'autres descendants, nés après l'acte ou non allotis, l'égalité entre eux se rétablit ainsi à son décès.

Ces règles méritent d'être expliquées à chaque génération avant la signature : l'acte engage durablement l'organisation de deux successions. Nous examinons avec l'enfant les conséquences de l'acte sur sa propre succession, en particulier lorsqu'il a des enfants de plusieurs unions ou lorsque d'autres enfants peuvent encore naître.

La fiscalité : les droits du grand-parent au petit-enfant

L'article 784 B du Code général des impôts prévoit que les droits sont liquidés en fonction du lien de parenté entre l'ascendant donateur et les descendants allotis. Le petit-enfant bénéficie de son propre abattement de 31 865 € par grand-parent (article 790 B), renouvelable tous les quinze ans ; la doctrine administrative lui refuse l'abattement de 100 000 € de son parent. Au-delà, le barème en ligne directe s'applique, de 5 % à 45 %.

Le rappel fiscal joue pour les donations consenties par le même grand-parent au même petit-enfant depuis moins de quinze ans. Pour des sommes d'argent, l'exonération des dons familiaux jusqu'à 31 865 € peut s'ajouter lorsque le grand-parent a moins de 80 ans et le petit-enfant est majeur.

L'économie tient surtout à la génération franchie : les biens transmis directement aux petits-enfants échappent à une seconde taxation dans la succession de leur parent. La réserve d'usufruit au profit du grand-parent réduit encore l'assiette, calculée sur la seule nue-propriété.

Réattribuer un bien déjà donné à l'enfant

Une donation-partage transgénérationnelle peut réincorporer un bien que le grand-parent avait donné à son enfant, pour l'attribuer aux petits-enfants avec l'accord de celui-ci. La situation se rencontre souvent lorsqu'un appartement donné il y a longtemps à un fils est désormais destiné à ses enfants.

Le traitement fiscal dépend de l'ancienneté de la première donation. Lorsqu'elle remonte à plus de quinze ans, seul le droit de partage de 2,5 % est exigible, sur la valeur du bien au jour de la réincorporation. Lorsqu'elle a moins de quinze ans, la réattribution supporte les droits de donation entre le grand-parent et le petit-enfant, sous déduction des droits acquittés lors de la première donation à raison du même bien.

Dans ce second cas, la donation est réputée consentie directement par le grand-parent au petit-enfant, et non par l'enfant. Le calendrier des donations antérieures commande donc le coût de l'opération : il arrive qu'attendre quelques mois, pour franchir le cap des quinze ans, réduise sensiblement la facture fiscale. Nous vérifions ces dates avant de proposer un projet.

Préparer l'acte avec l'étude

Nous réunissons chaque souche pour recueillir les souhaits de tous : ce que le grand-parent veut transmettre, ce que chaque enfant accepte de céder à ses descendants, la situation de chaque petit-enfant. Les biens sont évalués, les donations antérieures recensées, et le coût fiscal comparé selon les scénarios.

Les participants éloignés signent à distance par procuration notariée. Pour les autres manières d'aider vos petits-enfants, sans passer par un partage d'ensemble, notre guide donner à ses petits-enfants présente les solutions plus simples, et notre guide de la donation-partage rappelle les règles communes à toutes les donations-partages.

Exemple chiffré

Un portefeuille de titres transmis aux trois petits-enfants

Hélène, 78 ans, veuve, souhaite transmettre un portefeuille de titres de 150 000 €. Son fils Marc, 52 ans, dont la situation est confortable, consent à ce que ses trois enfants majeurs reçoivent la part qui lui serait revenue. Aucune donation n'a été consentie dans les quinze dernières années.

Part de chaque petit-enfant
50 000 €
Abattement grand-parent / petit-enfant
31 865 €
Base taxable par petit-enfant
18 135 €
Droits par petit-enfant (barème en ligne directe)
1 821 €
Total des droits pour les trois petits-enfants
5 464 €
Pour comparaison, donation de 150 000 € à Marc (abattement de 100 000 €)
8 194 €, puis de nouveaux droits lors de la transmission aux petits-enfants

La donation-partage transgénérationnelle coûte moins cher dès la première transmission et évite une seconde taxation lorsque les biens seraient passés de Marc à ses enfants.

Refaire le calcul avec vos chiffres : coût d'un partage

Questions fréquentes

Mon enfant peut-il recevoir une partie et ses enfants l'autre ?

Oui. L'article 1078-4 du Code civil autorise l'enfant à consentir à ce que ses descendants soient allotis à sa place « en tout ou partie ». Il peut ainsi conserver un bien et laisser les autres à ses enfants. L'acte précise la répartition au sein de chaque souche, et le calcul des droits distingue la part reçue par l'enfant, avec son abattement de 100 000 €, et celle reçue par chaque petit-enfant.

Faut-il que tous mes enfants participent ?

Chaque enfant décide pour sa souche : l'un peut s'effacer au profit de ses enfants, un autre recevoir lui-même son lot. L'évaluation au jour de l'acte, qui fige l'équilibre entre les souches, suppose en revanche que tous vos enfants aient consenti au partage anticipé et qu'aucun usufruit ne porte sur une somme d'argent. Nous veillons à ce que chaque souche soit représentée.

Le petit-enfant peut-il utiliser l'abattement de 100 000 € de son parent ?

La doctrine administrative l'exclut : le petit-enfant alloti bénéficie uniquement de son propre abattement de 31 865 € par grand-parent, sans cumul avec celui de son parent. Les droits sont calculés selon le lien direct entre le grand-parent et le petit-enfant (article 784 B du Code général des impôts). L'abattement de l'enfant reste disponible pour une autre donation consentie par le même grand-parent.

Des petits-enfants mineurs peuvent-ils être allotis ?

Oui. La donation est acceptée pour eux par leurs représentants légaux, le plus souvent leurs parents. Lorsqu'un conflit d'intérêts oppose le parent et l'enfant, un administrateur ad hoc, désigné par le juge des tutelles, accepte à la place du parent. Le grand-parent peut aussi prévoir que les biens donnés seront administrés par un tiers jusqu'à la majorité, et assortir la donation d'une clause d'inaliénabilité temporaire.

Peut-on la combiner avec une réserve d'usufruit ?

Oui, c'est même fréquent : le grand-parent conserve l'usufruit, les petits-enfants reçoivent la nue-propriété, et les droits portent sur la seule valeur de la nue-propriété selon le barème de l'article 669 du Code général des impôts. Pour préserver l'évaluation au jour de l'acte, l'usufruit doit porter sur d'autres biens qu'une somme d'argent.

Premier rendez-vous

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7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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