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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Patrimoine

Transmettre une maison de famille ou une résidence secondaire à plusieurs enfants

Une maison de famille transmise à plusieurs enfants tombe en indivision, sauf organisation préalable : convention, SCI ou attribution à l'un d'eux avec une contrepartie pour les autres.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Sans préparation, la maison revient en indivision aux enfants : chacun peut demander le partage à tout moment (article 815 du Code civil), et la vente exige en principe l'accord de tous.
  • La donation-partage permet d'attribuer la maison à l'enfant qui souhaite la garder, les autres recevant d'autres biens ou une soulte ; les valeurs sont figées au jour de l'acte.
  • Une convention d'indivision ou une SCI organise la détention à plusieurs : gérance, répartition des séjours et des charges, sortie d'un enfant, décès d'un associé.
  • Donner la nue-propriété permet aux parents de conserver l'usage de la maison ; les droits se calculent sur 50 %, 60 % ou 70 % de sa valeur selon leur âge.
  • Le coût d'entretien d'une maison de famille pèse autant que la fiscalité : son financement se prévoit dès la transmission.

L'indivision, point de départ par défaut

Au décès des parents, la maison revient à leurs enfants en indivision : chacun détient une quote-part de l'ensemble, sans droit exclusif sur une pièce ou une période. Les actes d'administration, comme la conclusion d'un bail ou des travaux d'entretien, se décident à la majorité des deux tiers des droits (article 815-3 du Code civil) ; la vente et les actes de disposition exigent en principe l'unanimité. L'enfant qui occupe seul la maison doit une indemnité d'occupation à l'indivision (article 815-9).

Surtout, nul n'est tenu de rester dans l'indivision : chaque enfant peut demander le partage à tout moment, et un désaccord peut conduire à la vente de la maison, amiable ou judiciaire. Les indivisaires titulaires des deux tiers des droits peuvent aussi demander au tribunal l'autorisation de vendre (article 815-5-1). La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a encore facilité la sortie de l'indivision, comme l'explique notre guide sur l'indivision successorale bloquée.

Attribuer la maison à un enfant par une donation-partage

Lorsque l'un des enfants souhaite reprendre la maison et que les autres y sont prêts, la donation-partage lui en attribue la propriété, de votre vivant. Les autres enfants reçoivent des biens de valeur équivalente, une somme d'argent ou une soulte payée par l'attributaire. Les valeurs retenues sont celles du jour de l'acte pour le règlement de votre succession (article 1078 du Code civil), ce qui évite de rouvrir le débat au décès si la maison prend de la valeur. Notre guide sur la donation-partage en présente les conditions.

La donation-partage peut porter sur la nue-propriété, les parents conservant l'usage de la maison jusqu'à leur décès. Si la répartition ne peut se faire de votre vivant, le testament-partage offre une solution voisine, présentée dans notre guide sur le choix entre testament-partage et donation-partage.

Organiser l'indivision par une convention

Lorsque les enfants souhaitent conserver ensemble la maison, la convention d'indivision des articles 1873-1 et suivants du Code civil organise leur vie commune. Conclue pour une durée déterminée de cinq ans au plus, renouvelable, elle empêche de provoquer le partage avant son terme, sauf justes motifs ; conclue pour une durée indéterminée, elle laisse à chacun la faculté de demander le partage de bonne foi (article 1873-3). Elle peut désigner un gérant. Portant sur un immeuble, elle est établie par acte notarié et publiée au service de la publicité foncière.

La convention règle le calendrier des séjours, la répartition des charges, les travaux, la mise en location éventuelle et le sort de la quote-part d'un indivisaire qui décède ou souhaite partir. Notre guide sur la convention d'indivision détaille son contenu. Elle peut être signée par les parents et les enfants dès la donation de la maison en indivision.

La SCI familiale pour une maison partagée

La société civile immobilière offre une organisation plus durable. Les parents apportent la maison à la société ou la font acquérir par elle, puis donnent des parts à leurs enfants, souvent en nue-propriété, au fil des années. Les statuts fixent les majorités, la gérance, l'agrément d'un nouvel associé, par exemple un conjoint ou un petit-enfant, et les conditions de sortie d'un associé. Un règlement intérieur précise l'usage de la maison et la répartition des frais.

Une SCI qui met gratuitement la maison à la disposition de ses associés reste sans revenus : ses charges restent sans effet fiscal, et les associés financent l'entretien par des apports en compte courant. L'apport de la maison à la société constitue une mutation dont le coût se chiffre à l'avance. Notre guide sur la SCI familiale en présente les avantages et les limites.

Garder l'usage : la réserve d'usufruit

Beaucoup de parents souhaitent transmettre la maison sans renoncer à y passer leurs étés. La donation de la nue-propriété avec réserve d'usufruit, directement ou par des parts de SCI, leur conserve l'usage du bien. Les droits se calculent sur la valeur de la nue-propriété : 60 % de la valeur entre 61 et 70 ans révolus, 70 % entre 71 et 80 ans. Au décès de l'usufruitier, les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires.

Pendant l'usufruit, les parents supportent la taxe foncière et l'entretien courant, les enfants les grosses réparations, sauf clause contraire de l'acte. Une réversion d'usufruit au profit du conjoint survivant permet au dernier des parents de conserver la maison jusqu'à son propre décès.

Anticiper les charges et les désaccords

L'entretien d'une maison ancienne, dans le Perche ou en bord de mer, représente souvent plusieurs milliers d'euros par an : toiture, chauffage, assurance, taxe foncière, taxe d'habitation sur les résidences secondaires. La transmission est l'occasion d'en prévoir le financement : compte commun alimenté par chaque enfant, somme d'argent donnée en même temps que la maison, location saisonnière partielle pour couvrir les frais.

Les situations des enfants évoluent : l'un s'installe loin, un autre n'a plus les moyens de contribuer, un conjoint souhaite vendre après un décès. Une clause de rachat de la part d'un enfant qui veut sortir, avec une méthode d'évaluation fixée à l'avance, évite bien des conflits.

Comparer les solutions

Le tableau résume les principales voies. Nous les étudions avec les parents et, lorsqu'ils le souhaitent, avec les enfants, pour retenir celle qui correspond à l'histoire de la maison et aux projets de chacun.

Comparer les solutions
SolutionIntérêt principalPoint d'attention
Indivision sans conventionAucune formalitéPartage possible à tout moment, unanimité pour vendre
Convention d'indivisionRègles d'usage et gérantDurée de cinq ans au plus, ou durée indéterminée résiliable
SCI familialeOrganisation durable, donations de parts progressivesFormalisme, coût de l'apport, comptabilité
Donation-partage avec attribution à un enfantMaison gardée par un seul, égalité assuréeFinancement de la soulte ou des lots des autres enfants
Donation avec réserve d'usufruitUsage conservé par les parentsGrosses réparations à la charge des enfants, sauf clause

Exemple chiffré

Une longère du Perche donnée à trois enfants

M. et Mme Lefèvre, 68 et 66 ans, mariés en communauté, possèdent une longère du Perche d'une valeur de 360 000 €. Ils consentent à leurs trois enfants une donation-partage de la nue-propriété, en indivision égale, et signent avec eux une convention d'indivision. Aucune donation depuis quinze ans.

Valeur de la nue-propriété (61 à 70 ans : 60 %)
216 000 €
Part de chaque enfant
72 000 €
Reçu de chaque parent par enfant
36 000 €
Droits de donation, après l'abattement de 100 000 €
0 €
Abattement restant par parent et par enfant
64 000 €

Les parents gardent l'usage de la maison, la convention organise dès maintenant les séjours et les charges, et les enfants deviendront pleins propriétaires sans droits au décès du dernier parent. Émoluments, taxe de publicité foncière et contribution de sécurité immobilière en sus.

Refaire le calcul avec vos chiffres : transmettre maintenant ou plus tard

Questions fréquentes

Un enfant peut-il forcer la vente de la maison de famille ?

En indivision sans convention, chaque enfant peut demander le partage, et le tribunal peut ordonner la vente si la maison ne peut être partagée en nature. Les indivisaires réunissant les deux tiers des droits peuvent aussi obtenir l'autorisation de vendre malgré l'opposition d'un autre. Une convention d'indivision ou une SCI encadre ce risque pendant sa durée.

Comment évaluer la maison pour la donation ?

La valeur retenue est la valeur vénale au jour de l'acte, estimée d'après les ventes de biens comparables, l'état de la maison et son marché local. Un avis de valeur écrit du notaire ou d'un expert étaye ce montant, que l'administration peut contrôler. Une valeur sous-estimée expose à un rappel de droits ; une valeur surestimée fausse l'égalité entre les enfants.

L'enfant qui garde la maison doit-il payer une soulte immédiatement ?

La soulte peut être payée comptant ou à terme, selon les modalités fixées dans l'acte, avec des garanties pour les autres enfants. Les parents peuvent aussi composer les lots autrement, en attribuant aux autres enfants des sommes d'argent ou d'autres biens, ce qui évite à l'attributaire de s'endetter.

Peut-on louer la maison de famille pour financer son entretien ?

Oui, en indivision comme en SCI, selon les majorités prévues. Les loyers deviennent imposables, dans la catégorie des revenus fonciers en location nue ou des bénéfices industriels et commerciaux en meublé de tourisme, avec les règles locales de déclaration. Une location meublée régulière soumet une SCI à l'impôt sur les sociétés au-delà de 10 % de ses recettes.

Que devient la maison si un enfant décède avant ses parents ?

Sans clause particulière, sa part revient à ses propres héritiers, parfois son conjoint, qui deviennent indivisaires ou associés. Une clause de retour conventionnel dans la donation fait revenir le bien aux parents ; en SCI, une clause d'agrément contrôle l'entrée des héritiers. Notre guide sur les clauses de retour et d'inaliénabilité détaille ces protections.

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Sources

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