Aller au contenu
Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Donation

Clause de retour et clause d'inaliénabilité dans une donation : effets et rédaction

Deux clauses protègent le donateur et le bien donné : le retour conventionnel, en cas de prédécès du donataire, et l'inaliénabilité, qui encadre la vente. Leurs conditions et leurs effets.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La clause de retour conventionnel fait revenir le bien donné au donateur si le donataire décède avant lui, soit dans tous les cas, soit seulement s'il ne laisse pas de descendants ; elle ne peut être stipulée qu'au profit du donateur lui-même (article 951 du Code civil).
  • Le retour opère rétroactivement : il résout les ventes et les hypothèques consenties par le donataire, et le bien revient libre de charges (article 952) ; c'est pourquoi le donateur intervient à toute vente du bien donné.
  • La clause d'inaliénabilité interdit au donataire de vendre ou de donner le bien sans l'accord du donateur ; elle est valable si elle est temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime (article 900-1).
  • Le donataire peut être autorisé par le juge à disposer du bien si l'intérêt qui justifiait la clause a disparu ou si un intérêt plus important l'exige.

Le droit de retour conventionnel : reprendre le bien si l'enfant décède avant vous

L'article 951 du Code civil permet au donateur de stipuler le retour des biens donnés soit pour le cas du prédécès du donataire seul, soit pour le cas du prédécès du donataire et de ses descendants. Dans la première formule, le bien revient au donateur même si le donataire laisse des enfants ; dans la seconde, la plus courante, il revient seulement si le donataire décède sans postérité, ou si ses descendants décèdent eux-mêmes avant le donateur.

Le retour ne peut être stipulé qu'au profit du donateur seul. Un parent ne peut donc pas prévoir que le bien reviendra à son conjoint ou à ses autres enfants : pour organiser une transmission à un second bénéficiaire, il faut recourir à une libéralité graduelle ou résiduelle. Pour un bien commun donné par les deux époux, chacun stipule le retour pour la part qu'il donne.

En l'absence de clause, la loi prévoit un droit de retour légal au profit des parents lorsque leur enfant décède sans descendants : chaque parent reprend les biens qu'il lui avait donnés, mais dans la limite de sa part dans la succession, soit un quart ; si le bien a été vendu, le retour s'exerce en valeur, dans la limite de l'actif successoral. Le reste suit la dévolution ordinaire, souvent au profit du conjoint de l'enfant.

Le retour conventionnel est plus complet : il porte sur la totalité du bien, joue hors succession et s'impose aux héritiers comme aux acquéreurs, puisque la clause est publiée au service de la publicité foncière avec la donation. Il est particulièrement utile lorsque le donataire est jeune, marié ou pacsé sans enfant, ou lorsque le bien donné est un bien de famille.

Les effets du retour : une résolution rétroactive

Lorsque la condition se réalise, la donation est résolue : le bien revient au donateur comme s'il n'avait jamais été donné. L'article 952 en tire les conséquences : les aliénations consenties par le donataire sont résolues, et le bien revient libre des charges et hypothèques qu'il avait constituées. Un acquéreur ou une banque exige donc, avant toute vente ou tout prêt garanti par le bien, l'intervention du donateur.

En pratique, le donateur qui consent à la vente renonce à exercer son droit de retour sur le bien vendu. L'acte de vente peut prévoir que ce droit se reportera sur le prix ou sur le bien acquis en remploi. Au plan fiscal, le bien qui fait retour au donateur n'est pas traité comme une transmission par décès ; les droits payés lors de la donation restent acquis au Trésor.

La clause d'inaliénabilité : temporaire et justifiée

L'article 900-1 du Code civil valide la clause d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué à deux conditions : elle doit être temporaire et justifiée par un intérêt sérieux et légitime. La durée de vie du donateur est admise comme durée temporaire ; une interdiction perpétuelle serait nulle.

L'intérêt légitime tient le plus souvent à la protection des droits que le donateur s'est réservés : usufruit, droit de retour, rente ou charge d'entretien. Il peut aussi tenir à la protection du donataire lui-même, jeune ou peu expérimenté, ou à la volonté de conserver un bien de famille pendant une période déterminée. La clause s'accompagne souvent d'une interdiction d'hypothéquer, pour éviter qu'un créancier ne fasse vendre le bien.

  • Interdiction de vendre, d'apporter en société ou de donner sans l'accord du donateur.
  • Interdiction d'hypothéquer ou de consentir toute autre sûreté sur le bien.
  • Durée : la vie du donateur, ou celle du survivant des donateurs pour un bien commun.
  • Sanction prévue à l'acte : révocation de la donation en cas de violation.

Lever la clause : accord du donateur ou autorisation du juge

Le moyen le plus simple de lever l'interdiction est l'accord du donateur, qui intervient à l'acte de vente ou de prêt. Il peut subordonner cet accord au remploi du prix, par exemple dans l'achat d'un autre logement, sur lequel la clause se reportera.

Lorsque le donateur refuse, est décédé ou ne peut plus exprimer sa volonté, le donataire peut demander au tribunal judiciaire l'autorisation de disposer du bien. Le juge l'accorde si l'intérêt qui justifiait la clause a disparu, ou s'il advient qu'un intérêt plus important l'exige (article 900-1) : un déménagement professionnel, un logement devenu inadapté, une indivision à faire cesser.

Rédiger les clauses : les choix à faire au moment de la donation

Chaque clause suppose des choix précis, que nous passons en revue avec le donateur avant la signature. Pour le retour conventionnel : prédécès du donataire seul ou du donataire et de ses descendants, report éventuel sur les biens acquis en remploi, sort des améliorations financées par le donataire. Pour l'inaliénabilité : durée, étendue de l'interdiction, cas dans lesquels l'accord du donateur sera donné.

Dans une donation-partage, ces clauses peuvent être stipulées pour chaque lot, dans des termes identiques ou adaptés à la situation de chaque enfant. Lorsque deux parents donnent un bien commun, la durée de l'inaliénabilité s'étend souvent jusqu'au décès du survivant d'entre eux, et chacun stipule le retour pour sa part. La cohérence avec une éventuelle réserve d'usufruit et avec sa réversion au profit du conjoint survivant doit être vérifiée.

Les autres clauses utiles de l'acte de donation

Retour conventionnel et inaliénabilité se combinent avec d'autres stipulations que nous proposons selon la situation familiale. Leur cohérence importe davantage que leur nombre : une clause mal articulée peut bloquer une vente utile ou fragiliser la donation elle-même. Sans respect des charges prévues, la donation peut être révoquée par le juge, comme l'explique notre guide sur la révocation d'une donation.

  • Clause d'exclusion de communauté, lorsque le donataire est marié sous un régime de communauté universelle.
  • Réserve d'usufruit, avec ou sans réversion au profit du conjoint.
  • Clause d'administration par un tiers pour un donataire mineur.
  • Charge de remploi du prix en cas de vente autorisée.
  • Dispense de rapport ou donation hors part successorale, selon l'équilibre recherché entre les enfants.

Exemple chiffré

Un appartement donné à une fille mariée sans enfant

Des parents donnent à leur fille de 26 ans un appartement de 200 000 €. Elle se marie, sans enfant, et décède à 32 ans ; l'appartement vaut alors 220 000 €. L'appartement constitue l'essentiel de sa succession ; ses héritiers sont son mari et ses deux parents.

Valeur de l'appartement au décès
220 000 €
Sans clause : part reprise par les parents au titre du retour légal (un quart chacun)
110 000 €
Sans clause : part recueillie par le conjoint
110 000 €
Avec clause de retour conventionnel : part revenant aux parents
220 000 €
Avec clause de retour conventionnel : part recueillie par le conjoint
0 €

La clause de retour fait revenir l'appartement en totalité aux parents, hors succession. Sans elle, le conjoint recueille la moitié de la succession (article 757-1 du Code civil) et les parents exercent leur retour légal sur l'appartement dans la limite de leur quart chacun : la moitié de sa valeur revient au gendre.

Refaire le calcul avec vos chiffres : donation avec rappel fiscal

Questions fréquentes

Puis-je prévoir que le bien reviendra à mon conjoint ou à mes autres enfants ?

Le retour conventionnel profite au donateur seul (article 951). Pour faire passer le bien à une autre personne au décès du donataire, l'acte peut prévoir une libéralité graduelle, qui oblige le premier bénéficiaire à conserver le bien et à le transmettre, ou résiduelle, qui transmet ce qu'il en reste. Ces outils obéissent à des règles propres, présentées dans notre guide dédié.

Mon enfant pourra-t-il vendre le bien donné ?

Oui, avec votre accord, si l'acte contient une clause d'inaliénabilité ou une clause de retour : votre intervention à la vente lève l'interdiction et fixe le sort de vos droits sur le prix. Sans votre accord, il peut demander l'autorisation du juge dans les cas prévus par l'article 900-1. En l'absence de toute clause, il vend librement.

La clause de retour joue-t-elle si mon enfant laisse des enfants ?

Tout dépend de sa rédaction. Stipulée pour le prédécès du donataire et de ses descendants, elle ne joue que si le donataire décède sans postérité, ou si ses descendants décèdent aussi avant vous : vos petits-enfants recueillent alors normalement le bien. Stipulée pour le prédécès du donataire seul, elle joue même en présence de petits-enfants, ce qui est rarement souhaité.

Une clause d'inaliénabilité protège-t-elle le bien des créanciers de mon enfant ?

Pendant sa durée, la clause empêche le donataire de vendre ou d'hypothéquer le bien, et la jurisprudence en déduit en principe que ses créanciers ne peuvent pas le saisir. Cette protection est temporaire et suppose une clause valable, donc justifiée par un intérêt sérieux et légitime. Elle se combine utilement avec l'interdiction d'hypothéquer.

Ces clauses ont-elles un coût particulier ?

Elles sont rédigées dans l'acte de donation lui-même et publiées avec lui, sans acte séparé. Les droits de donation et les émoluments restent calculés sur la valeur du bien donné, présentée dans notre guide des frais d'une donation immobilière. La levée ultérieure d'une clause, par l'intervention du donateur à une vente, se fait dans l'acte de vente.

Premier rendez-vous

Vous envisagez de transmettre ?

Nous étudions avec vous la donation adaptée à votre famille et à votre patrimoine.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

Guides liés