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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Location

Louer à ses enfants ou à ses parents : loyer, fiscalité, aides au logement et risques

Louer un logement à un enfant ou à un parent est permis, avec un vrai bail et un loyer réellement payé. Fixation du loyer, fiscalité, pension alimentaire, aides au logement et précautions entre héritiers.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Vous pouvez louer un logement à votre enfant ou à vos parents par un bail d'habitation ordinaire, soumis à la loi du 6 juillet 1989, à condition que le loyer soit réellement payé.
  • Avec un loyer normal, les loyers sont des revenus fonciers, ou des revenus de location meublée, et les charges se déduisent selon le régime choisi ; un logement prêté gratuitement ne produit aucun revenu imposable, mais ses charges deviennent alors non déductibles.
  • Le locataire dont le bailleur est un ascendant ou un descendant ne peut percevoir d'aide personnelle au logement.
  • Un loyer très inférieur au marché ou une occupation gratuite peuvent constituer un avantage consenti à un enfant, à examiner au regard de l'égalité entre héritiers.

Un bail d'habitation comme un autre

La location à un membre de sa famille est permise. Le contrat est un bail d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989 dès lors que le logement constitue la résidence principale du locataire : bail écrit selon le modèle réglementaire, diagnostics annexés, état des lieux, dépôt de garantie, logement décent. Ces formalités, parfois négligées dans un cadre familial, protègent chacun en cas de mésentente, de décès ou de vente.

Le bail d'un logement vide consenti par un particulier dure trois ans ; le bail meublé, un an. Le bailleur peut donner congé à l'échéance pour vendre, pour reprendre le logement ou pour un motif légitime et sérieux, selon les règles exposées dans notre guide sur le congé donné par le bailleur. Un bail notarié donne en outre date certaine au contrat et force exécutoire à l'obligation de payer le loyer, ce qui écarte tout doute sur la réalité de la location.

Fixer le loyer : la référence du marché

Le loyer se fixe par comparaison avec des logements similaires du même secteur : annonces, références des observatoires locaux des loyers, avis d'un professionnel. À Chartres et dans son agglomération, un studio, un deux-pièces ou une maison ont des loyers de marché assez lisibles, qu'il est prudent de documenter au moment de la signature. Le loyer ainsi fixé est ensuite révisable chaque année selon l'indice de référence des loyers, si le bail le prévoit.

Une légère décote reste compréhensible dans un cadre familial, surtout si elle se justifie par une contrepartie : travaux réalisés par l'occupant, entretien d'un jardin, présence auprès d'un parent âgé. Un loyer symbolique, en revanche, fait perdre l'intérêt fiscal de la location et peut être analysé comme un avantage gratuit. Écrivez dans le bail les éléments qui justifient le montant retenu.

La fiscalité du bailleur selon le loyer pratiqué

Avec un loyer normal, effectivement encaissé, vous déclarez des revenus fonciers pour une location vide, au micro-foncier ou au régime réel, ou des bénéfices de location meublée. Les charges se déduisent comme pour toute location : intérêts d'emprunt, travaux, taxe foncière, assurance, au régime réel, ou forfaitairement par l'abattement du micro-foncier. Notre guide sur la location nue détaille ces régimes.

Lorsque le logement est prêté gratuitement, aucun loyer n'est déclaré, mais aucune charge ne peut être déduite, ni la taxe foncière, ni les intérêts d'emprunt, ni les travaux. Si le loyer est très inférieur à la valeur locative en raison du lien familial, l'administration peut remettre en cause la déduction de tout ou partie des charges, en considérant que le propriétaire consent en réalité un avantage gratuit. Un loyer proche du marché sécurise donc le régime fiscal de la location.

Aides au logement : exclues entre ascendants et descendants

L'aide personnelle au logement, versée par la CAF ou la MSA, est refusée lorsque le propriétaire est un ascendant du locataire, parent ou grand-parent, ou un descendant, enfant ou petit-enfant. Un étudiant logé par ses parents est donc privé d'aide au logement pour ce logement, même s'il paie un loyer. Les autres membres de la famille, frères et sœurs, oncles et tantes, neveux et nièces, restent en dehors de cette exclusion.

De la même façon, certains dispositifs fiscaux d'investissement locatif excluent la location à un membre du foyer fiscal du bailleur ou de sa famille proche, et les conditions varient d'un dispositif à l'autre. Avant de louer à un proche un logement acheté sous un régime de défiscalisation, vérifiez ces conditions : leur non-respect entraîne la reprise de l'avantage fiscal.

Loyer et pension alimentaire : deux flux distincts

Les parents peuvent déduire de leur revenu la pension versée à un enfant majeur dans le besoin, dans la limite de 6 855 € par enfant pour l'imposition des revenus de 2025, ou un forfait de 4 075 € lorsque l'enfant vit sous leur toit. Un enfant qui aide ses parents dans le besoin déduit la pension versée sans plafond fixe, à condition qu'elle reste proportionnée à ses ressources et aux besoins de ses parents ; lorsqu'il les héberge chez lui, un forfait de 4 075 € s'applique pour le logement et la nourriture.

Verser une pension à l'enfant qui vous paie un loyer reste possible, mais chaque flux doit être réel et justifié : la pension répond aux besoins de l'enfant, le loyer rémunère l'occupation du logement et se déclare en revenus fonciers. Un montage dans lequel les sommes font un aller-retour sans autre justification expose à une remise en cause par l'administration. Nous vérifions avec vous la cohérence de ces flux.

Égalité entre les enfants et succession

Loger gratuitement ou à prix réduit un enfant, lorsque ses frères et sœurs ne bénéficient d'aucun avantage comparable, peut créer un déséquilibre. La Cour de cassation juge que l'avantage résultant de l'occupation gratuite d'un logement ne constitue une donation rapportable à la succession qu'en présence d'une intention libérale du parent, appréciée au cas par cas. Le débat surgit souvent au décès, lorsque les héritiers réclament une indemnité pour les années d'occupation.

Un bail à loyer normal, régulièrement payé, écarte cette difficulté. Si vous souhaitez au contraire avantager un enfant, faites-le ouvertement, par une donation ou une clause adaptée, en connaissance de ses effets sur l'égalité entre héritiers, présentés dans notre guide sur le rapport des donations. Au décès du parent bailleur, le bail se poursuit avec les héritiers, qui deviennent ensemble bailleurs de l'enfant locataire.

Exemple chiffré

Un studio de Chartres loué à un fils jeune salarié

Une mère, imposée dans la tranche à 30 %, possède un studio à Chartres dont le loyer de marché est de 550 € par mois. Son fils, jeune salarié, souhaite s'y installer. Elle compare une location au prix du marché et un prêt gratuit du logement. La taxe foncière s'élève à 650 €.

Location : loyers annuels (550 € × 12)
6 600 €
Revenu imposable au micro-foncier (abattement de 30 %)
4 620 €
Impôt (30 %) et prélèvements sociaux (17,2 %)
2 181 €
Gain net annuel pour la mère, avant taxe foncière
4 419 €
Prêt gratuit : revenu et impôt
0 €
Prêt gratuit : taxe foncière non déductible, à sa charge
650 €
Aide au logement du fils, dans les deux cas
Exclue

Le loyer de marché procure à la mère un revenu net et formalise une relation claire, sans avantage à régulariser entre ses enfants. Le prêt gratuit aide davantage le fils, mais constitue un avantage à examiner au regard de ses frères et sœurs, et laisse les charges du logement sans aucune déduction.

Questions fréquentes

Faut-il vraiment un bail écrit pour louer à son enfant ?

Le bail d'habitation doit être écrit, et il est dans l'intérêt de chacun qu'il le soit : il prouve la réalité de la location auprès de l'administration fiscale, fixe le loyer, organise le dépôt de garantie et les conditions de départ. Il évite aussi les contestations entre héritiers au décès du parent bailleur, lorsque les frères et sœurs s'interrogent sur les conditions d'occupation du logement.

Peut-on donner congé à son enfant locataire pour loger un autre enfant ?

Oui, le congé pour reprise peut bénéficier au bailleur, à son conjoint, à son partenaire de PACS ou à son concubin notoire depuis au moins un an, à leurs ascendants et à leurs descendants. Il se donne pour l'échéance du bail, avec un préavis de six mois pour un logement vide et de trois mois pour un logement meublé, et doit indiquer le nom du bénéficiaire et son lien avec le bailleur. Le motif doit être réel et sérieux.

Mes parents peuvent-ils me louer un logement dont ils gardent l'usufruit ?

Oui : l'usufruitier a le droit de louer le bien et d'en percevoir les loyers. Lorsque les parents ont donné la nue-propriété à leurs enfants en conservant l'usufruit, ils peuvent consentir un bail à l'un d'eux. Les loyers sont déclarés par les parents usufruitiers. Au décès du dernier usufruitier, le bail s'impose aux nus-propriétaires, dans les limites fixées par l'article 595 du Code civil pour les baux de plus de neuf ans.

Et si je loue à mon frère, à ma sœur ou à un neveu ?

La location à un collatéral obéit aux mêmes règles qu'une location à un tiers : bail d'habitation ordinaire, loyer déclaré, charges déductibles si le loyer est normal. L'exclusion des aides au logement vise uniquement les ascendants et descendants : un neveu ou un frère locataire peut donc percevoir une aide s'il remplit les conditions de ressources. Un loyer très bas reste un avantage à justifier.

Vendre le logement à l'enfant qui l'occupe est-il une bonne solution ?

C'est souvent l'issue naturelle d'une location familiale. La vente doit alors intervenir à un prix proche de la valeur réelle, faute de quoi l'écart peut être requalifié en donation, avec des droits et des conséquences successorales. Notre guide sur la vente à un enfant ou à un proche présente les précautions, et une donation-partage peut aussi équilibrer la situation entre tous les enfants.

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Sources

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