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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Succession

Coffre-fort, bijoux et or dans une succession : ouverture, inventaire et déclaration

Le coffre du défunt s'ouvre en présence des héritiers ou du notaire. Bijoux et or se déclarent en plus du forfait mobilier de 5 %, selon des règles d'évaluation propres.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Le contenu d'un coffre bancaire loué au seul nom du défunt appartient à sa succession ; dès que la banque connaît le décès, elle en bloque l'accès, même à la personne qui détient la clé.
  • Le coffre s'ouvre ensuite sur présentation de l'acte de notoriété, en présence de tous les héritiers ou du notaire chargé de la succession, qui en inventorie le contenu.
  • Le forfait de 5 % couvre les seuls meubles meublants ; les bijoux, les objets d'art et l'or se déclarent en plus, pour leur valeur propre.
  • Les pièces et lingots d'or sont évalués au cours du jour du décès ; les bijoux et objets d'art, au moins à la valeur fixée dans un contrat d'assurance contre le vol ou l'incendie en cours, conclu moins de dix ans avant le décès.
  • Le contenu d'un coffre loué à plusieurs est présumé appartenir à parts égales à chacun des locataires, sauf preuve contraire (article 754 du Code général des impôts).

Repérer les coffres et les objets de valeur

Les familles ignorent parfois l'existence d'un coffre bancaire. Les banques déclarent pourtant les locations de coffres-forts au fichier national des comptes bancaires et assimilés, FICOBA, que nous interrogeons à l'ouverture du dossier. Les relevés de compte, qui font apparaître le prélèvement annuel de la location, et le courrier reçu par le défunt complètent la recherche.

Au domicile, un coffre-fort mural, une cassette ou un tiroir fermé réservent aussi des surprises : bijoux, pièces anciennes, lingots, espèces, montres, titres au porteur, parfois un testament. Le contenu d'un coffre domestique suit les mêmes règles que le reste de la succession. Ouvrez-le à plusieurs, dressez une liste datée et photographiez les objets : cette précaution protège chacun des héritiers. Les recherches sur les comptes sont présentées dans notre guide sur les comptes bancaires après un décès.

L'ouverture du coffre bancaire

Informée du décès, la banque bloque le coffre loué au seul nom du défunt : son ouverture est interdite, même à un proche qui en possède la clé ou qui disposait d'une procuration. L'accès est ensuite rouvert sur présentation de l'acte de notoriété, qui établit la liste des héritiers, et selon les modalités prévues par le contrat de location.

En pratique, l'ouverture a lieu en présence de tous les héritiers, ou du notaire qui les représente, et d'un employé de la banque. Un inventaire décrit chaque objet ; il sert à la déclaration de succession et prévient les contestations ultérieures. Les objets ne sont retirés qu'avec l'accord des héritiers, selon les instructions du notaire, ou restent dans le coffre jusqu'au partage. Lorsque la clé est introuvable, la banque fait forcer la serrure, aux frais de la succession.

Pour un coffre loué conjointement avec une clause de solidarité, le colocataire survivant peut en principe continuer à y accéder, sauf opposition des héritiers ou du notaire. Un contrat de location qui n'est plus utile est résilié par les héritiers ; les loyers dus jusqu'à la résiliation sont une charge de la succession.

Coffre loué à deux : la présomption fiscale

Pour le calcul des droits de succession, les sommes, titres ou objets trouvés dans un coffre loué conjointement à plusieurs personnes sont réputés leur appartenir conjointement et dépendre de la succession pour une part virile, c'est-à-dire à parts égales entre les locataires (article 754 du Code général des impôts). Pour un coffre loué par une mère et sa fille, la moitié du contenu est donc déclarée dans la succession de la mère.

La présomption tombe devant la preuve contraire : factures d'achat au nom du colocataire, certificats d'authenticité, bijoux reçus par donation déclarée, relevés d'achat d'or. Elle joue pour le seul calcul de l'impôt ; entre héritiers, la propriété réelle de chaque objet reste à établir par tout moyen. Un coffre loué au seul nom du défunt contient en principe des biens qui lui appartiennent, sauf à démontrer qu'un proche y avait déposé les siens.

Le forfait mobilier de 5 % : ce qu'il couvre, ce qu'il laisse de côté

L'article 764 du Code général des impôts fixe l'ordre d'évaluation des meubles : le prix d'une vente publique intervenue dans les deux ans du décès, à défaut l'estimation d'un inventaire établi dans les formes légales, à défaut la déclaration estimative des héritiers. Pour les meubles meublants, cette déclaration ne peut être inférieure à 5 % de l'ensemble des autres biens de la succession, sauf preuve contraire.

Les meubles meublants sont ceux qui garnissent et ornent le logement : mobilier, literie, vaisselle, linge, luminaires. Les bijoux, pierreries, objets d'art et de collection, l'or et les véhicules relèvent de règles distinctes et s'ajoutent au forfait. Déclarer un collier de valeur « dans les 5 % » expose à un rappel de droits. Le tableau ci-dessous résume les modes d'évaluation ; les autres biens sont traités dans notre guide sur la valeur des biens dans la déclaration de succession.

Le forfait mobilier de 5 % : ce qu'il couvre, ce qu'il laisse de côté
BienValeur à retenir
Meubles meublantsPrix de vente publique dans les 2 ans, sinon inventaire, sinon déclaration estimative, au minimum 5 % des autres biens
Bijoux, objets d'art et de collectionPrix de vente publique dans les 2 ans, sinon la plus élevée entre l'inventaire et l'évaluation du contrat d'assurance vol ou incendie de moins de 10 ans en cours au décès
Pièces et lingots d'orCours pratiqué le jour du décès
Véhicules et autres meubles corporelsValeur vénale au jour du décès (vente publique, inventaire ou estimation)

Évaluer les bijoux et l'or

Pour des bijoux ou objets de valeur, l'inventaire estimatif dressé par un commissaire de justice ou un commissaire-priseur, joint à l'inventaire notarié, donne une base solide. Le contrat d'assurance du défunt doit être examiné : lorsqu'il garantit spécialement ces objets contre le vol ou l'incendie, qu'il était en cours au décès et qu'il a été conclu moins de dix ans avant, sa valeur constitue un plancher, même si l'expert retient un montant inférieur.

Les pièces et lingots d'or sont imposés d'après les cours pratiqués le jour de la transmission. Conservez la cotation retenue, avec le nombre et la nature des pièces. Cette valeur servira aussi lors d'une revente : les héritiers qui cèdent de l'or acquittent soit la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, de 11 % du prix plus 0,5 % de contribution au remboursement de la dette sociale, soit, sur option, l'impôt sur la plus-value, à condition de justifier la date et le prix d'acquisition, ce que permet la déclaration de succession.

Les bijoux et objets d'art vendus plus de 5 000 € supportent de leur côté une taxe forfaitaire de 6 %, plus 0,5 %, ou, sur option et avec les mêmes justificatifs, le régime des plus-values, qui exonère les biens détenus depuis plus de vingt-deux ans.

Partager les bijoux et les souvenirs de famille

Les bijoux se partagent comme les autres biens : ils sont répartis entre les héritiers selon leurs droits, chacun recevant des objets dont la valeur s'impute sur sa part. Lorsque plusieurs héritiers désirent le même objet, un tirage au sort de lots équivalents ou une attribution contre une soulte départage les demandes. Un testament peut aussi léguer une bague ou une montre à une personne désignée.

Les tribunaux admettent en outre que certains souvenirs de famille, à forte valeur affective, comme des portraits, des décorations ou un bijou transmis de génération en génération, échappent au partage ordinaire et soient confiés au membre de la famille le mieux placé pour les conserver. Cette qualification reste exceptionnelle. Les règles du partage figurent dans notre guide sur le partage d'une succession.

Garder pour soi un bijou ou de l'or : les risques

Prendre un bijou ou des pièces avant le partage, ou taire leur existence, expose l'héritier aux sanctions du recel successoral : il est réputé accepter purement et simplement la succession et perd tout droit sur les biens détournés, qui reviennent aux autres héritiers, sans préjudice de dommages et intérêts (article 778 du Code civil).

Sur le plan fiscal, un bien omis dans la déclaration de succession donne lieu à un rappel de droits, augmenté de l'intérêt de retard de 0,20 % par mois et, en cas de manquement délibéré, d'une majoration de 40 %, portée à 80 % en cas de manœuvres frauduleuses (article 1729 du Code général des impôts). Déclarer l'ensemble dès l'origine, avec une évaluation sérieuse, reste la solution la plus sûre ; les règles de dépôt figurent dans notre guide sur la déclaration de succession.

Exemple chiffré

Un coffre bancaire à Chartres

Madame D., veuve, laisse trois enfants, une maison estimée à 300 000 € et 60 000 € sur ses comptes. Son coffre bancaire, loué à son seul nom, contient une bague et un collier estimés 9 000 € par un commissaire-priseur, mais assurés pour 12 000 € par un contrat de 2021, ainsi que vingt pièces d'or retenues, par hypothèse, pour 480 € l'unité au cours du jour du décès.

Bijoux (valeur d'assurance, plus élevée que l'inventaire)
12 000 €
Pièces d'or (20 × 480 €)
9 600 €
Maison et comptes
360 000 €
Base du forfait mobilier
381 600 €
Forfait mobilier de 5 %
19 080 €
Actif brut déclaré
400 680 €

Les bijoux et l'or s'ajoutent au forfait mobilier, calculé sur l'ensemble des autres biens. La valeur d'assurance, supérieure à l'estimation de l'expert, s'impose comme plancher. Si les enfants vendent ensuite les pièces, la valeur déclarée leur servira de prix d'acquisition.

Refaire le calcul avec vos chiffres : qui hérite et combien

Questions fréquentes

Un héritier qui a la clé peut-il ouvrir seul le coffre ?

Dès qu'elle connaît le décès, la banque interdit l'accès au coffre loué au seul nom du défunt, même à la personne qui en détient la clé. L'ouverture a lieu ensuite sur présentation de l'acte de notoriété, en présence de tous les héritiers ou du notaire chargé de la succession, qui dresse l'inventaire du contenu.

Faut-il déclarer l'or conservé à la maison ?

Oui. Pièces et lingots font partie de la succession, où qu'ils se trouvent, et se déclarent au cours du jour du décès. L'or échappe au forfait mobilier de 5 % : il s'y ajoute. Une omission découverte plus tard entraîne un rappel de droits, des intérêts et, selon le cas, une majoration, sans compter les sanctions du recel entre héritiers.

Peut-on réduire le forfait de 5 % ?

Oui, par un inventaire établi dans les formes légales ou par la vente publique des meubles dans les deux ans, ou en apportant la preuve contraire par écrit. Le défunt qui vivait depuis longtemps en établissement, dans une chambre meublée, laissait parfois un mobilier de faible valeur : l'inventaire notarié permet alors de déclarer la valeur réelle.

Les bijoux portés par ma mère appartenaient-ils à mon père survivant ?

Tout dépend de leur origine et du régime matrimonial. Des bijoux reçus par donation ou succession restent propres à celle qui les a reçus ; achetés pendant une communauté, ils sont en principe communs, mais les cadeaux d'usage entre époux obéissent à des règles particulières. Réunissez les factures et les courriers : nous qualifions chaque objet avant la déclaration.

Que devient le coffre après la succession ?

Les héritiers le vident et résilient la location, ou l'un d'eux reprend un contrat à son nom avec la banque. Les loyers échus jusqu'à la résiliation sont réglés par la succession. Le contenu est réparti lors du partage, avec les autres biens, selon les droits de chacun et la valeur retenue dans la déclaration de succession.

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Sources

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