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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

International

Belgique : succession et donation de biens situés en France, convention de 1959

Comment la convention de 1959 répartit l'impôt sur une succession franco-belge, ce qu'elle laisse de côté pour les donations, et comment régler la succession à distance.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Une succession entre la France et la Belgique se règle selon le règlement européen n° 650/2012 pour la loi civile et selon la convention fiscale du 20 janvier 1959 pour l'impôt : un immeuble situé en France est taxé en France, et la Belgique, si le défunt y avait son domicile, peut l'inclure dans son impôt en imputant les droits français.
  • Les biens meubles, comptes et placements, ne sont imposables que dans l'État du dernier domicile du défunt (article 8 de la convention), même lorsqu'un héritier vit dans l'autre pays.
  • Les donations restent en dehors de la convention, qui ne leur étend qu'une clause de traitement réciproque : une donation d'un bien situé en France par un résident belge supporte les droits français.
  • Les deux pays appliquent le règlement européen : le certificat successoral européen, délivré dans l'État de la dernière résidence, prouve la qualité d'héritier en France comme en Belgique.

Quelle loi pour la succession ?

La France et la Belgique appliquent toutes deux le règlement européen n° 650/2012 aux successions ouvertes depuis le 17 août 2015. La loi applicable à l'ensemble des biens, meubles et immeubles, est celle de l'État de la dernière résidence habituelle du défunt. Une personne peut choisir, par testament, la loi de sa nationalité : un Français installé à Bruxelles peut ainsi soumettre sa succession à la loi française (article 22).

Le droit belge prévoit lui aussi une réserve au profit des enfants, dont l'étendue diffère de la réserve française. Avant le partage, le régime matrimonial est liquidé : pour des époux mariés en Belgique sans contrat, le patrimoine commun est partagé, et la succession ne porte que sur la part du défunt. Notre guide sur la succession internationale et le règlement européen expose le choix de loi en détail.

Un testament établi en Belgique est valable en France dès lors qu'il respecte la forme prévue par la loi du lieu de signature, de la nationalité ou du domicile du testateur. Nous relisons avec vous, avant tout décès, les effets d'un testament belge sur un bien situé en France, notamment lorsqu'il avantage le conjoint ou un enfant.

La convention du 20 janvier 1959 : qui taxe quoi ?

La convention franco-belge signée à Bruxelles le 20 janvier 1959 répartit l'impôt sur les successions selon la nature des biens. Son article 4 soumet les immeubles à l'impôt de l'État où ils sont situés. Son article 8 réserve les autres biens, comme les comptes bancaires et les titres, à l'État où le défunt avait son domicile. L'article 9 rattache les dettes aux biens qu'elles grèvent.

La convention l'emporte sur la loi interne. Pour un défunt domicilié en Belgique, la France taxe la maison située en France, et elle s'abstient de taxer les comptes belges, même si l'héritier vit en France depuis des années. La règle française qui impose tous les biens reçus par un héritier domicilié en France, décrite dans notre guide sur la succession des Français de l'étranger, cède ici devant la convention.

La convention du 20 janvier 1959 : qui taxe quoi ?
Bien du défunt domicilié en BelgiqueImposable en FranceImposable en Belgique
Maison ou appartement en FranceOui (article 4)Oui, avec imputation des droits français (article 10)
Immeuble en BelgiqueNonOui
Comptes, titres et autres meublesNon (article 8)Oui

L'imputation des droits français en Belgique

L'article 10 de la convention permet à l'État du dernier domicile de soumettre à son propre impôt les biens imposables dans l'autre État, à condition d'imputer sur l'impôt afférent à ces biens les droits prélevés dans cet autre État. Pour un défunt domicilié en Belgique, la maison située en France peut donc entrer dans la base des droits de succession belges, dont les droits français sont déduits dans la limite de l'impôt belge correspondant.

En Belgique, les droits de succession relèvent des régions, Bruxelles-Capitale, Flandre et Wallonie, chacune avec ses taux et ses exonérations. Le notaire belge établit la déclaration belge ; nous lui transmettons le montant des droits payés en France et la déclaration française, pour qu'il opère l'imputation. Les héritiers supportent ainsi, sur la maison, le plus élevé des deux impôts.

Les donations en dehors de la convention

La convention de 1959 vise les droits de succession. Pour les donations, elle ne contient qu'une clause de traitement réciproque : chaque État accorde aux ressortissants de l'autre les exemptions et réductions qu'il réserve aux siens. Une donation d'un bien situé en France par un parent domicilié en Belgique supporte donc les droits de donation français, avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans.

Côté belge, les droits de donation relèvent aussi des régions ; le traitement d'une donation d'immeuble situé à l'étranger se vérifie avec un notaire belge, notamment pour son effet sur des donations ultérieures. L'acte de donation est reçu par notre étude, et chaque partie signe à distance sa procuration authentique. Notre guide sur la donation entre la France et l'étranger détaille les règles françaises.

Le certificat successoral européen et les documents belges

Lorsque le défunt résidait en Belgique, les autorités belges sont compétentes pour délivrer le certificat successoral européen, qui prouve la qualité d'héritier et les pouvoirs de chacun dans tous les États liés par le règlement. Nous l'utilisons pour établir l'attestation de propriété du bien situé en France et régler les comptes français. Sa délivrance et sa durée de validité sont présentées dans notre guide sur le certificat successoral européen.

Les documents publics belges, actes d'état civil comme actes notariés, sont dispensés de légalisation et d'apostille en France par la convention des Communautés européennes du 25 mai 1987. Seule une traduction reste nécessaire lorsque l'acte est rédigé en néerlandais ou en allemand.

Déclarer et payer en France, signer à distance

Lorsqu'un immeuble situé en France dépend de la succession d'un défunt domicilié en Belgique, une déclaration de succession est déposée en France dans les douze mois du décès survenu hors de France. Les droits se calculent selon le barème français, après l'abattement de 100 000 € par enfant ; le conjoint survivant est exonéré. Nous établissons l'attestation de propriété du bien, publiée au service de la publicité foncière.

Chaque héritier signe à distance une procuration notariée, et un collaborateur de l'étude le représente pour les actes. Les fonds revenant aux héritiers leur sont virés en euros sur leurs comptes belges. Chaque étape est décrite dans notre guide sur l'héritier vivant à l'étranger.

Exemple chiffré

Une maison dans le Perche transmise par un père domicilié à Bruxelles

Marc, domicilié à Bruxelles, décède en 2026 veuf. Il laisse une maison dans le Perche estimée à 300 000 € et des comptes belges pour 250 000 €, à parts égales entre ses deux enfants, dont l'un vit à Chartres.

Biens imposables en France (article 4 de la convention)
Maison : 300 000 €
Comptes belges (article 8)
Imposables en Belgique seulement
Part de chaque enfant dans la maison
150 000 €
Part taxable après abattement de 100 000 €
50 000 €
Droits français par enfant
8 194,35 €
Droits français pour les deux enfants
16 388,70 €
Droits belges sur la maison
Calculés par la région, sous déduction des 16 388,70 € (article 10)

L'enfant qui vit à Chartres paie les mêmes droits français que son frère : la convention réserve les comptes belges à la Belgique. Le notaire belge impute les droits français sur l'impôt régional afférent à la maison.

Refaire le calcul avec vos chiffres : donation avec rappel fiscal

Questions fréquentes

Ma mère vivait à Liège et j'habite en France : ses comptes belges sont-ils taxés en France ?

Selon l'article 8 de la convention de 1959, les biens qui ne relèvent pas des articles 4 à 7, consacrés notamment aux immeubles, ne sont imposables que dans l'État du dernier domicile du défunt. Les comptes de votre mère relèvent donc des seuls droits de succession belges, même si vous résidez en France. La maison qu'elle possédait éventuellement en France reste imposable en France.

Je vis en France et je possède un appartement à Bruxelles : qui taxera ma succession ?

L'article 4 de la convention soumet l'appartement à l'impôt belge, puisqu'il se trouve en Belgique. Domicilié en France, vous restez imposable en France sur l'ensemble de vos biens ; l'article 10 oblige alors la France à imputer les droits belges payés sur cet appartement, dans la limite de l'impôt français correspondant. Vos héritiers déposent une déclaration dans chaque pays.

Qui délivre le certificat successoral européen ?

La juridiction ou le notaire compétent dans l'État de la dernière résidence habituelle du défunt. Pour un défunt domicilié en Belgique, un notaire belge le délivre en principe ; il sert ensuite en France, sans autre formalité, pour établir l'attestation de propriété du bien et débloquer les comptes français. Des copies certifiées, valables six mois et prorogeables, sont remises aux héritiers.

Puis-je donner ma maison en France à mes enfants depuis la Belgique ?

Oui. Nous recevons l'acte de donation à Chartres, et chaque partie signe à distance une procuration authentique. Les droits français se calculent après l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Avant de signer, votre notaire belge vérifie les incidences régionales d'une donation d'immeuble situé à l'étranger, notamment sur une donation ultérieure d'un bien belge.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits en France ?

En France, le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. En Belgique, le traitement du conjoint dépend des règles de la région compétente. Les droits français éventuellement payés par les autres héritiers sur le bien situé en France s'imputent sur l'impôt belge afférent à ce bien.

Dans quel délai faut-il déclarer la succession en France ?

Lorsque le décès survient hors de France, la déclaration se dépose dans les douze mois. Passé ce délai, des intérêts de retard s'appliquent. Nous la préparons à partir de l'estimation du bien et du certificat successoral européen, et coordonnons les dates avec le notaire belge chargé de la déclaration belge.

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7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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