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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Immobilier

Acheter sans apport : ce qu'exigent les banques et ce que fait le notaire

Les règles qui encadrent un financement à 100 % ou plus, ce que la banque examine en l'absence d'apport, les moyens de réduire le besoin d'emprunt et le rôle du notaire jusqu'à la signature.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • Acheter sans apport est possible : aucune règle n'impose un apport minimal, mais les banques appliquent les normes du Haut Conseil de stabilité financière, soit un taux d'effort de 35 % des revenus au plus, assurance comprise, et une durée de 25 ans au plus.
  • Financer aussi les frais d'acquisition, qui représentent environ 7,5 à 8,5 % du prix d'un logement ancien en Eure-et-Loir, revient à emprunter plus que la valeur du bien : la banque examine alors de près l'épargne restante, la stabilité des revenus et la tenue des comptes.
  • Les banques peuvent déroger à ces normes pour 20 % de leur production trimestrielle, dont au moins 70 % au profit d'acquéreurs de leur résidence principale.
  • Le notaire reçoit les fonds du prêt, rédige ou reprend la garantie de la banque dans l'acte, et vérifie que la condition suspensive de prêt couvre l'intégralité du financement, frais compris.

Que signifie acheter sans apport ?

L'apport personnel désigne les fonds propres que l'acquéreur engage dans l'opération : épargne, don familial, produit d'une vente. Acheter sans apport signifie emprunter la totalité du coût de l'achat. On parle de financement à 100 % lorsque le prêt couvre le prix, et à 110 % lorsqu'il couvre aussi les frais d'acquisition et de garantie.

Dans un achat classique, les banques attendent souvent que l'apport couvre au moins les frais, parce que ces sommes ne se retrouvent pas dans la valeur du bien : revendu rapidement, un logement financé à 110 % ne permettrait pas de rembourser le prêt. Cette attente relève de la politique de chaque établissement. Aucune loi ne fixe de pourcentage d'apport obligatoire.

Les normes du HCSF : taux d'effort et durée

Depuis le 1er janvier 2022, les critères fixés par le Haut Conseil de stabilité financière s'imposent juridiquement aux établissements de crédit. Le taux d'effort, rapport entre l'ensemble des charges de remboursement et les revenus de l'emprunteur, ne doit pas dépasser 35 %, assurance emprunteur comprise. La durée du crédit est limitée à 25 ans ; un différé d'amortissement de deux ans au plus est toléré lorsque l'emprunteur n'entre en jouissance du bien qu'après l'octroi du crédit, notamment dans le neuf.

Chaque banque peut s'écarter de ces critères pour 20 % de sa production trimestrielle de crédits immobiliers. Au moins 70 % de cette marge est réservée aux acquéreurs de leur résidence principale, parmi lesquels les primo-accédants. Un dossier sans apport qui dépasse légèrement l'un des critères peut donc être accepté, mais il entre en concurrence avec les autres demandes de dérogation.

Le taux d'effort intègre tous les crédits en cours : prêt automobile, crédit renouvelable, prêt étudiant. Solder ou réduire ces crédits avant la demande de prêt immobilier améliore directement la capacité d'emprunt.

Ce que la banque examine en l'absence d'apport

Sans apport, la banque cherche d'autres gages de solidité. Elle regarde la stabilité des revenus et leur perspective d'évolution, le montant qui reste à vivre une fois la mensualité payée, la gestion des comptes sur les derniers mois et l'épargne qui subsistera après l'achat, qui montre votre capacité à faire face à un imprévu.

Un jeune actif en contrat à durée indéterminée, sans découvert ni crédit à la consommation, qui dispose d'une épargne de précaution qu'il préfère conserver, présente un profil plus rassurant qu'un ménage dépourvu de toute épargne. Le loyer que vous payez aujourd'hui, s'il est proche de la future mensualité, démontre aussi votre capacité à assumer cette charge.

  • Trois derniers bulletins de salaire et deux derniers avis d'imposition.
  • Relevés de tous les comptes sur trois mois, sans découvert ni incident.
  • Tableaux d'amortissement des crédits en cours.
  • Justificatifs d'épargne, y compris celle que vous conservez en réserve.
  • Projet d'avant-contrat et estimation des frais d'acquisition établie par le notaire.

Réduire le besoin de financement

Plusieurs leviers réduisent le montant à emprunter ou améliorent les conditions du prêt. Le prêt à taux zéro, réservé aux primo-accédants sous conditions de ressources, finance une partie du coût d'un logement neuf partout, ou d'un logement ancien avec travaux dans les zones B2 et C. Dans l'ancien, le statut de primo-accédant permet aussi de conserver en Eure-et-Loir le taux de droits de mutation de 4,50 % au lieu de 5 %, comme l'explique le guide sur le premier achat en Eure-et-Loir.

Une aide familiale transforme souvent un dossier sans apport en dossier finançable : don d'argent dans la limite des abattements, don exonéré pour un logement neuf jusqu'au 31 décembre 2026, ou prêt familial formalisé par une reconnaissance de dette. Le guide sur l'achat avec l'aide de ses parents en expose la fiscalité. Enfin, le mobilier vendu avec le bien, lorsqu'il est réel et justifié, est exclu de l'assiette des droits de mutation.

La garantie du prêt et son coût

La banque exige une garantie, dont le coût s'ajoute au budget : une hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers pour l'achat d'un bien existant, une hypothèque conventionnelle, ou la caution d'un organisme spécialisé. L'hypothèque légale spéciale, inscrite par le notaire, est exonérée de taxe de publicité foncière ; la caution évite toute formalité hypothécaire, et une partie de son coût peut être restituée en fin de prêt.

Dans un dossier sans apport, la banque peut se montrer plus exigeante sur la garantie, et c'est parfois l'organisme de caution qui refuse le dossier. Le guide sur les garanties du prêt immobilier compare les solutions et leurs coûts de sortie en cas de revente.

La condition suspensive de prêt : couvrir tout le financement

Lorsque l'acquéreur recourt à un crédit, l'avant-contrat est conclu sous la condition suspensive de son obtention, pour une durée d'au moins un mois (article L313-41 du Code de la consommation). Sans apport, cette clause doit viser le montant total nécessaire, frais d'acquisition et de garantie compris, avec une durée et un taux maximal réalistes au regard des conditions du marché.

Si la banque n'accorde qu'une partie du financement, par exemple le prix sans les frais, la condition n'est pas réalisée et vous récupérez le dépôt de garantie. Une clause rédigée pour le seul prix vous placerait au contraire dans une situation délicate. Le guide sur la condition suspensive de prêt détaille les obligations de l'acquéreur et le déroulé en cas de refus.

Le rôle du notaire jusqu'à la signature

Nous établissons, dès le projet d'avant-contrat, une estimation détaillée des frais d'acquisition, utile à votre banque pour dimensionner le prêt. Après l'émission de l'offre de prêt, que vous acceptez au plus tôt onze jours après sa réception, la banque nous transmet ses conditions et, selon la garantie choisie, l'acte de prêt est reçu en même temps que la vente.

Les fonds du prêt sont virés sur le compte de l'étude, qui les détient pour le compte de l'acquéreur jusqu'à la signature, puis règle le vendeur, les droits et les frais. Le choix de la banque vous appartient, et la décision de crédit à la seule banque ; le notaire veille à la concordance entre l'acte, l'offre de prêt et la garantie, et à l'information complète de l'acquéreur sur ses engagements.

Exemple chiffré

Une maison à Lucé financée à 110 %

Un acquéreur seul, primo-accédant, achète une maison ancienne de 90 m² à Lucé, au prix médian de la commune (2 168 €/m², ventes 2021-2025). Il finance le prix et les frais par un prêt sur 25 ans. Le taux de 3,40 % hors assurance et l'assurance de 0,30 % par an sur le capital emprunté sont des hypothèses retenues pour l'exemple.

Prix : 90 m² × 2 168 €, arrondi
195 000 €
Frais d'acquisition estimés, au taux primo-accédant
15 000 € environ
Montant emprunté
210 000 €
Mensualité hors assurance (3,40 % sur 300 mois)
1 040,08 €
Assurance emprunteur (0,30 % par an)
52,50 €
Mensualité totale
1 092,58 €
Revenus nets mensuels nécessaires pour un taux d'effort de 35 %
3 122 € au moins

Avec 3 122 € de revenus nets mensuels et sans autre crédit, le dossier respecte les critères du HCSF. Avec un apport de 15 000 € couvrant les frais, la mensualité totale tomberait à 1 015 € environ et les revenus nécessaires à 2 900 € environ.

Refaire le calcul avec vos chiffres : frais d'acquisition

Questions fréquentes

Peut-on emprunter les frais de notaire ?

Oui, si la banque l'accepte : la loi le permet. Le prêt couvre alors le prix, les frais d'acquisition et le coût de la garantie. Demandez-nous une estimation précise des frais dès l'avant-contrat, et veillez à ce que la condition suspensive de prêt vise ce montant total.

Un prêt personnel peut-il servir d'apport ?

Il peut financer une partie de l'achat, mais sa mensualité s'ajoute à celle du prêt immobilier dans le calcul du taux d'effort, plafonné à 35 %. La banque le considère donc comme une dette supplémentaire. Un prêt familial remboursable plus tard, ou une aide des parents, pèse beaucoup moins sur le dossier.

Les normes du HCSF s'appliquent-elles à toutes les banques ?

Elles s'imposent juridiquement à tous les établissements de crédit depuis le 1er janvier 2022 pour les crédits immobiliers aux particuliers. Chaque banque dispose de la même marge de dérogation, égale à 20 % de sa production trimestrielle, et l'utilise selon sa propre politique commerciale.

Sans apport, faut-il une hypothèque plutôt qu'une caution ?

Le choix dépend de la banque et de l'organisme de caution, qui étudie lui aussi le dossier. Pour l'achat d'un bien existant, l'hypothèque légale spéciale du prêteur de deniers est souvent la moins coûteuse des garanties inscrites. Comparez le coût total, y compris la mainlevée éventuelle en cas de revente anticipée.

Le notaire peut-il m'aider à obtenir mon prêt ?

La décision de crédit appartient à la seule banque. Nous vous remettons une estimation détaillée des frais et le projet d'avant-contrat, pièces que la banque demande, et nous adaptons le calendrier de la vente aux délais de votre financement. Vous pouvez prendre rendez-vous pour préparer ces documents.

Premier rendez-vous

Un achat immobilier en vue ?

L'étude vérifie le dossier et vous accompagne de l'avant-contrat à la signature.

7 rue Vintant, 28000 Chartres · 02 79 64 02 10
À l'étude ou en visioconférence. Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 9 h 30 à 18 h 30 ; mercredi et samedi de 9 h 30 à 12 h.

Sources

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