L'essentiel
- Un enfant né hors mariage hérite de ses parents exactement comme un enfant né de parents mariés : même part, même réserve héréditaire, même abattement de 100 000 € sur les droits de succession (article 733 du Code civil).
- Depuis la loi du 3 décembre 2001, l'enfant né d'une relation adultère bénéficie des mêmes droits ; auparavant, sa part était réduite face au conjoint et aux enfants du mariage.
- L'égalité suppose que la filiation soit établie : la maternité l'est par la mention du nom de la mère dans l'acte de naissance, la paternité hors mariage par une reconnaissance, un acte de notoriété constatant la possession d'état ou un jugement.
- L'enfant peut agir en recherche de paternité jusqu'à ses 28 ans, contre ses héritiers si le père est décédé ; l'acte de notoriété se demande au notaire dans les cinq ans qui suivent le décès du parent.
L'égalité successorale entre tous les enfants
La loi ne distingue pas selon le mode d'établissement de la filiation pour déterminer les héritiers (article 733 du Code civil). Né de parents mariés, pacsés, concubins ou séparés, reconnu à la naissance ou vingt ans plus tard, l'enfant reçoit la même part que ses frères et sœurs. L'ordonnance du 4 juillet 2005 a d'ailleurs supprimé les notions d'enfant légitime et d'enfant naturel.
L'enfant né hors mariage est héritier réservataire : ses parents ne peuvent le priver de sa part minimale, qui dépend du nombre d'enfants (article 913), comme l'explique notre guide sur la réserve héréditaire et la quotité disponible. Sur le plan fiscal, il bénéficie de l'abattement de 100 000 € par parent et du barème en ligne directe, de 5 % à 45 %. Les enfants adoptés suivent des règles propres selon la forme de l'adoption.
2001 et 2005 : la fin des dernières différences
Jusqu'en 2001, l'enfant dit adultérin, né d'un parent alors marié à une autre personne, recevait une part réduite lorsqu'il venait à la succession avec le conjoint ou avec les enfants issus du mariage. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné cette différence dans l'arrêt Mazurek contre France du 1er février 2000.
La loi n° 2001-1135 du 3 décembre 2001, relative aux droits du conjoint survivant et des enfants adultérins, a aligné ses droits sur ceux des autres enfants. L'ordonnance du 4 juillet 2005, entrée en vigueur le 1er juillet 2006, a ensuite unifié les règles d'établissement de la filiation. Pour les successions ouvertes avant ces réformes, des règles transitoires s'appliquent : le notaire les examine au cas par cas.
Établir la filiation maternelle et paternelle
La filiation maternelle résulte de la désignation de la mère dans l'acte de naissance (article 311-25) : cette seule mention suffit, que la mère soit mariée ou non. La présomption de paternité s'applique en revanche au seul mari de la mère (article 312).
Hors mariage, le père établit sa paternité par une reconnaissance, avant ou après la naissance, à la mairie ou devant notaire (article 316). Elle est gratuite en mairie ; devant notaire, elle offre davantage de discrétion, comme l'explique notre guide pour reconnaître un enfant devant notaire. La reconnaissance peut intervenir à tout âge de l'enfant, même majeur, et produit ses effets depuis la naissance.
La possession d'état constatée par le notaire
Lorsque le parent n'a pas reconnu l'enfant mais l'a traité comme le sien, la filiation peut être établie par la possession d'état : l'enfant a été élevé et entretenu par ce parent, il était considéré comme son enfant par la famille et par la société, il porte parfois son nom (article 311-1).
Depuis la loi du 23 mars 2019, c'est le notaire qui délivre l'acte de notoriété constatant cette possession d'état, à la demande de l'un des parents ou de l'enfant (article 317). Il recueille les déclarations d'au moins trois témoins et tous documents utiles : photographies, courriers, justificatifs d'entretien. La demande doit être présentée dans les cinq ans qui suivent la cessation de la possession d'état ou le décès du parent prétendu. L'acte est mentionné en marge de l'acte de naissance.
Ce mode de preuve rend service lorsque le père, décédé brutalement, n'avait pas accompli la formalité de reconnaissance. La filiation ainsi établie peut être contestée par toute personne intéressée dans les dix ans de la délivrance de l'acte (article 335).
L'action en recherche de paternité
À défaut de reconnaissance et de possession d'état, la paternité peut être déclarée par le tribunal judiciaire (article 327), la représentation par un avocat étant obligatoire. L'action appartient à l'enfant seul ; pendant sa minorité, la mère l'exerce en son nom. Le délai est de dix ans, suspendu pendant la minorité : l'enfant peut donc agir jusqu'à ses 28 ans (article 321).
L'action est dirigée contre le père prétendu, ou après son décès contre ses héritiers, à défaut contre l'État (article 328). Le juge peut ordonner une expertise génétique ; après le décès, elle suppose que l'intéressé y ait consenti expressément de son vivant (article 16-11). La preuve se fait alors par tous moyens : correspondances, témoignages, photographies.
Une filiation établie après le décès ou après le partage
La filiation établie par jugement ou par acte de notoriété produit ses effets depuis la naissance : l'enfant devient héritier comme s'il l'avait toujours été. Si la succession est encore en cours, le notaire rectifie l'acte de notoriété qui désigne les héritiers et recalcule les parts.
Si le partage a déjà eu lieu, l'héritier omis peut demander à recevoir sa part, en nature ou en valeur, sans annulation du partage (article 887-1). Les autres héritiers doivent alors lui restituer une fraction de ce qu'ils ont reçu, ce qui justifie, lorsqu'une filiation est en cours d'établissement, d'attendre l'issue de la procédure avant de partager.
Face au conjoint du parent et aux demi-frères et sœurs
Lorsque le défunt laisse un conjoint et au moins un enfant né d'une autre union, le conjoint reçoit un quart de la succession en pleine propriété, sans pouvoir opter pour l'usufruit de la totalité (article 757). L'enfant né hors mariage, comme les enfants du couple, se partage les trois quarts restants à égalité. Les droits du survivant sont présentés dans notre guide sur les droits du conjoint survivant.
Au décès d'un frère ou d'une sœur sans descendant, les demi-frères et demi-sœurs héritent seulement dans la ligne du parent qui leur est commun, tandis que les frères et sœurs germains viennent dans les deux lignes (article 752). Cet ordre général est rappelé dans notre guide qui hérite sans testament.
Exemple chiffré
Lucas, né hors mariage, et ses deux demi-sœurs
Jean décède, marié à Martine. Il laisse deux filles nées de ce mariage et Lucas, né d'une relation antérieure et reconnu à la naissance. Après liquidation du régime matrimonial, sa succession s'élève à 450 000 €.
- Part de Martine (enfant non commun : pas d'option pour l'usufruit)
- 1/4 en pleine propriété, soit 112 500 €
- Part de chaque enfant, Lucas compris
- 3/4 × 450 000 / 3 = 112 500 €
- Droits de chaque enfant : 112 500 − 100 000 = 12 500 € taxables
- 403,60 + 403,70 + 58,65 = 865,95 €
- Droits de Martine
- 0 € (conjoint exonéré)
- Si Lucas n'avait pas été reconnu et recevait 112 500 € par testament
- (112 500 − 1 594) × 60 % = 66 543,60 €
Une fois sa filiation établie, Lucas reçoit exactement la même part et paie les mêmes droits que ses demi-sœurs. Sans filiation, il resterait fiscalement un tiers, taxé à 60 %.
Questions fréquentes
Mon père ne m'a jamais reconnu : puis-je hériter de lui ?
Oui, si votre filiation est établie. Si votre père s'est comporté comme tel, demandez au notaire un acte de notoriété constatant la possession d'état, dans les cinq ans qui suivent son décès. À défaut, l'action en recherche de paternité reste ouverte jusqu'à vos 28 ans, contre ses héritiers. Sans filiation établie, vous ne pouvez recevoir que par testament, au tarif fiscal applicable entre personnes non parentes.
Mes demi-frères et sœurs peuvent-ils contester ma part ?
Votre part est fixée par la loi dès lors que votre filiation est établie, et l'égalité entre enfants s'impose à tous. Vos demi-frères et sœurs peuvent en revanche contester la filiation elle-même dans les délais légaux. Lorsque la reconnaissance est corroborée par une possession d'état d'au moins cinq ans depuis la naissance ou la reconnaissance, seul le ministère public peut encore la contester (article 333 du Code civil).
Un test ADN peut-il être réalisé après le décès du père ?
Seulement si le défunt y avait expressément consenti de son vivant (article 16-11 du Code civil). À défaut, le juge se fonde sur d'autres preuves : lettres, photographies, témoignages, participation à l'entretien de l'enfant. Les tests réalisés hors de toute procédure judiciaire sont interdits en France et sans valeur devant le tribunal.
Ma famille ignore l'existence de mon enfant : le notaire doit-il le mentionner ?
Oui. L'acte de notoriété désigne tous les héritiers, et un enfant dont la filiation est établie en fait nécessairement partie. Omettre un héritier exposerait le partage à être remis en cause. Vous pouvez en parler à votre notaire de votre vivant, en toute confidentialité : il vous conseillera sur la façon de préparer votre succession et, le cas échéant, d'informer vos proches.
L'enfant d'un premier mariage et celui d'un couple non marié ont-ils les mêmes droits ?
Oui. Tous les enfants dont la filiation est établie ont les mêmes droits dans la succession de leur parent, quelle que soit la situation de leurs parents à leur naissance. Seul le conjoint survivant voit ses droits varier : lorsque l'un des enfants n'est pas issu du couple, il reçoit un quart en pleine propriété, sans option pour l'usufruit.
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Sources
- Justice.fr, règles de l'héritage lorsque le défunt a des enfants
- Justice.fr, action en recherche de paternité
- Service-public.gouv.fr, reconnaissance d'un enfant
- Rapport du 121e Congrès des notaires, acte de notoriété constatant la possession d'état
- Service-public.gouv.fr, calcul des droits de succession