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Notaires de France, Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres

Assurance-vie

Clause bénéficiaire démembrée : conjoint usufruitier, enfants nus-propriétaires

La clause démembrée donne au conjoint la jouissance du capital et réserve aux enfants une créance de restitution ; elle allège la fiscalité des enfants au premier décès et, bien rédigée, au second.

Par Maître Vianney Coudière, notaire à Chartres · Mis à jour le

L'essentiel

  • La clause démembrée attribue l'usufruit du capital au conjoint et la nue-propriété aux enfants ; le capital étant une somme d'argent, le conjoint en dispose librement en quasi-usufruit et en doit l'équivalent aux enfants à son décès.
  • Pour le prélèvement de l'article 990 I, chaque enfant est taxé sur la valeur de sa nue-propriété, déterminée par le barème de l'article 669 selon l'âge du conjoint au décès de l'assuré ; le conjoint est exonéré.
  • L'abattement de 152 500 € se partage entre l'usufruitier et chaque nu-propriétaire selon le même barème : un enfant nu-propriétaire dispose de 106 750 € lorsque l'usufruit vaut 30 %, et la fraction du conjoint exonéré est perdue.
  • Au décès du conjoint, la dette de restitution se déduit de sa succession ; l'administration écarte ce cas de la restriction de l'article 774 bis du CGI.
  • Une convention de quasi-usufruit signée lors du versement du capital fixe la créance des enfants, lui donne date certaine et peut prévoir des garanties.

Le principe : protéger le conjoint sans déshériter les enfants

La clause type « mon conjoint, à défaut mes enfants » attribue tout le capital au conjoint, qui le transmettra ensuite dans sa propre succession. La clause démembrée partage les rôles dès le premier décès : le conjoint reçoit l'usufruit du capital et peut l'utiliser pour vivre, les enfants reçoivent la nue-propriété et deviennent créanciers d'une somme égale, payable au décès du conjoint.

Le capital d'assurance-vie étant une somme d'argent, l'usufruit du conjoint prend la forme d'un quasi-usufruit (article 587 du Code civil) : il en dispose comme d'un bien propre, à charge de restitution. Ce mécanisme convient aux couples qui veulent assurer le train de vie du survivant tout en fixant dès aujourd'hui la part des enfants. Les règles générales de rédaction d'une clause sont présentées dans notre guide sur la clause bénéficiaire.

Rédiger la clause démembrée

La clause désigne l'usufruitier et les nus-propriétaires avec précision : « l'usufruit à mon conjoint, la nue-propriété à mes enfants, nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales ». Elle prévoit toujours un rang subsidiaire : à défaut de conjoint au jour du décès, les enfants recueillent le capital en pleine propriété. La qualité de conjoint s'apprécie au jour du décès, ce qui écarte un ex-époux divorcé.

Elle précise la forme de l'usufruit. Un quasi-usufruit laisse au conjoint une liberté totale ; une clause de remploi impose au contraire de réinvestir le capital dans un support déterminé, par exemple un nouveau contrat souscrit en démembrement, sur lequel l'usufruit se reporte. La clause peut aussi prévoir la signature d'une convention entre le conjoint et les enfants lors du versement.

Rédigée dans le contrat ou dans un testament conservé à l'étude, la clause s'articule avec le reste de la transmission : régime matrimonial, donation au dernier vivant, droits du conjoint dans la succession. Une rédaction imprécise crée des difficultés au moment du paiement, notamment auprès d'assureurs qui appliquent leurs propres formulaires.

La fiscalité au premier décès

Pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, l'article 990 I du CGI considère l'usufruitier et les nus-propriétaires comme bénéficiaires au prorata de leurs droits, évalués selon le barème de l'article 669 à partir de l'âge de l'usufruitier au décès de l'assuré. Le conjoint est exonéré. Chaque enfant est taxé sur la valeur de sa nue-propriété : 70 % de sa part si le conjoint a entre 71 et 80 ans.

L'abattement de 152 500 € se partage selon les mêmes proportions entre l'usufruitier et chaque nu-propriétaire : l'administration applique autant d'abattements qu'il y a de couples usufruitier et nu-propriétaire. Un enfant nu-propriétaire dispose ainsi de 152 500 € × 70 %, soit 106 750 €, et la fraction de l'abattement correspondant à l'usufruit du conjoint exonéré reste inutilisée. Au-delà, le prélèvement est de 20 % jusqu'à 700 000 € de part taxable, puis de 31,25 %.

Les primes versées après 70 ans relèvent de l'article 757 B : elles sont soumises aux droits de succession au-delà de l'abattement global de 30 500 €, et la même répartition selon l'article 669 s'applique entre usufruitier et nus-propriétaires. Les règles générales de ces deux régimes sont exposées dans notre guide sur la fiscalité de l'assurance-vie au décès.

Au décès du conjoint : la créance de restitution

Au décès du conjoint usufruitier, les enfants réclament à sa succession le montant du capital qu'il a reçu en quasi-usufruit. Cette dette de restitution se déduit de l'actif successoral : les enfants recouvrent le capital sans nouvelle taxation, puisqu'ils ont déjà été imposés sur la nue-propriété au premier décès.

L'article 774 bis du CGI, entré en vigueur pour les successions ouvertes depuis le 29 décembre 2023, rend non déductibles certaines dettes de restitution. L'administration a précisé que l'usufruit institué par une clause bénéficiaire d'assurance-vie reste hors de son champ : la déduction reste acquise, à condition de prouver la dette. Lorsque les enfants sont aussi les héritiers du conjoint, l'article 773 du CGI exige un acte authentique ou un acte ayant date certaine avant le décès ; le fonctionnement de la créance est détaillé dans notre guide sur le quasi-usufruit.

La convention de quasi-usufruit et les garanties

Nous recommandons de signer, dès le versement du capital, une convention entre le conjoint et les enfants. Elle constate le montant reçu, la date, la répartition entre les enfants et les modalités de restitution ; reçue par acte notarié, elle a date certaine et force probante. Elle peut prévoir une information annuelle sur l'emploi des fonds et une exigibilité anticipée dans certains cas, comme la vente d'un bien acquis avec le capital.

Les garanties protègent les enfants contre l'insolvabilité de la succession du conjoint : hypothèque sur un immeuble, nantissement d'un placement, obligation de remploi. Elles prennent tout leur sens dans une famille recomposée, lorsque les enfants nus-propriétaires, issus d'une première union, resteront étrangers à la succession du conjoint survivant. Lorsque les enfants sont mineurs, leur représentation dans la convention peut exiger un administrateur ad hoc, en cas d'opposition d'intérêts avec le parent usufruitier.

Quand préférer une autre rédaction

La clause démembrée suppose un conjoint capable de gérer le capital et une entente minimale entre les générations. Un conjoint très âgé, des enfants en difficulté financière ou un contrat modeste peuvent justifier une clause plus simple : capital en pleine propriété au conjoint, partage entre conjoint et enfants en pleine propriété, ou désignation des petits-enfants, dont chacun dispose de son propre abattement de 152 500 €.

Les versements eux-mêmes doivent rester proportionnés à vos facultés : des primes manifestement exagérées peuvent être réintégrées dans la succession à la demande des héritiers réservataires, comme l'explique notre guide sur les primes manifestement exagérées. Le choix des supports du contrat relève de votre assureur ou de votre conseiller en gestion de patrimoine ; nous rédigeons la clause, la convention et les actes qui l'accompagnent, à l'étude de Chartres ou à distance.

Exemple chiffré

Un contrat de 400 000 € transmis au conjoint et à deux enfants

Au décès de Jean, son contrat alimenté avant ses 70 ans vaut 400 000 €. Son épouse Claire a 78 ans. La clause attribue l'usufruit à Claire et la nue-propriété à leurs deux enfants par parts égales. Aucun autre contrat n'a été souscrit sur la tête de Jean.

Usufruit de Claire (30 %, article 669)
120 000 €, exonérés
Nue-propriété de chaque enfant (400 000 € × 70 % ÷ 2)
140 000 €
Abattement de chaque enfant (152 500 € × 70 %)
106 750 €
Prélèvement de 20 % par enfant sur 33 250 €
6 650 €
Pour comparaison, clause en pleine propriété aux deux enfants : prélèvement par enfant
9 500 €
Créance de restitution des enfants au décès de Claire
400 000 €, déductible de sa succession

Claire dispose des 400 000 € sa vie durant. Les enfants paient 13 300 € au total au premier décès, puis recouvrent 400 000 € au décès de leur mère sans nouveaux droits sur cette somme, à condition que la créance soit prouvée par une convention ayant date certaine.

Refaire le calcul avec vos chiffres : assurance-vie au décès

Questions fréquentes

Mon conjoint pourra-t-il dépenser le capital ?

Oui. Le capital étant une somme d'argent, votre conjoint exerce un quasi-usufruit : il utilise les fonds librement, pour vivre, acheter un logement ou aider un proche. Il doit en contrepartie restituer l'équivalent à vos enfants à son décès, et cette dette pèse sur sa succession. Une clause de remploi ou des garanties peuvent encadrer cette liberté si vous le souhaitez.

Que se passe-t-il si mon conjoint décède avant moi ?

La clause joue alors à son rang subsidiaire : vos enfants recueillent le capital en pleine propriété, chacun avec son abattement entier de 152 500 € pour les primes versées avant vos 70 ans. C'est pourquoi la clause démembrée se rédige toujours avec une mention « à défaut », qui désigne les bénéficiaires en l'absence de conjoint au jour de votre décès.

Quel âge retient-on pour calculer la valeur de l'usufruit ?

L'âge de l'usufruitier au jour du décès de l'assuré, date à laquelle naissent les droits des bénéficiaires. Le barème de l'article 669 du CGI fixe l'usufruit à 30 % entre 71 et 80 ans, à 20 % entre 81 et 90 ans. Plus le conjoint est âgé, plus la nue-propriété des enfants est élevée, et plus leur part taxable augmente.

La convention de quasi-usufruit est-elle obligatoire ?

Elle reste facultative, et elle sécurise la déduction de la dette au décès du conjoint. Lorsque les enfants sont ses héritiers, l'administration exige que la dette résulte d'un acte authentique ou d'un acte ayant date certaine avant le décès. Signée dès le versement du capital, la convention fixe le montant dû, la répartition entre les enfants et les éventuelles garanties.

La clause démembrée convient-elle à une famille recomposée ?

Elle y est particulièrement utile, puisqu'elle protège le conjoint tout en réservant le capital aux enfants d'une première union. Elle appelle cependant des garanties, car ces enfants resteront étrangers à la succession du conjoint survivant : si la succession de celui-ci est insuffisante, leur créance risque de rester impayée. Une hypothèque, un nantissement ou une obligation de remploi limitent ce risque.

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Sources

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